Une odyssée berbère : road-trip à travers les traditions

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Explorez un environnement sauvage et découvrez le patrimoine berbère, aussi riche que fascinant. De leurs histoires légendaires à un voyage au cœur du Sahara, suivez le chemin tracé par notre rédactrice.

Ils peuplent l’Afrique du Nord depuis la nuit des temps : ce sont les « Imazighen », les Hommes Libres. Vous les connaissez peut-être sous le nom de Berbères : c’est ainsi qu’ils étaient nommés par l’Empire Romain, auquel ils ont appartenu pendant plusieurs siècles. Car les invasions, les guerres et autres colonisations ont ponctué l’existence des Berbères ! Pourtant cette gigantesque communauté et sa mosaïque de tribus sont parvenues à conserver leurs traditions, leurs folklores et leurs cultures pour les célébrer encore aujourd’hui.

Plongeons-nous ensemble dans l’Histoire des Berbères et leur ancrage avec le Sahara grâce à un road-trip dans le sud-est du Maroc. Du départ de Marrakech jusqu’aux dunes de Chegaga, je vous ferai traverser le Haut Atlas, terre ancestrale des Berbères marocains, afin de lever le voile sur le patrimoine amazigh aussi riche que méconnu.

Sur la trace des Imazighen…

Premiers occupants d’Afrique du Nord

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Drapeau Amazigh & peuple berbère – Crédits photo : Shutterstock – matias planas & Dan Baciu

Les vagues de colonisation arabe et occidentale, dont française, font souvent oublier que l’Afrique du Nord est historiquement la terre des peuples berbères. En effet, ils seraient les premiers occupants du Maghreb, ceux dont on retrouvera des traces concrètes avec l’art primitif et l’écriture dans la première moitié du premier millénaire avant notre ère.

Par ailleurs, les archéologues dénicheront des peintures rupestres identifiées comme Berbères sur les parois du massif montagneux de Tassili n’Ajjer, entre la Libye et l’Algérie, où vivent encore des tribus touaregs. Ces peintures mettent en avant les croyances des Berbères, portées sur la nature, le rapport au soleil et à la lune, et le pouvoir sacré des roches.

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Peinture préhistorique à Tassili N’Ajjer & désert du Tassili N’Ajjer – Crédits photo : Shutterstock – Dmitry Pichugin

Quant à la langue berbère « Tamazight », rassemblant plusieurs dialectes, elle daterait de 2 000 avant J.-C. Elle était parlée dans de nombreuses parties du Maghreb, jusqu’à la vallée du Nil.

Grandes civilisations et dynasties berbères

Les peuples berbères d’Afrique du Nord vivent au rythme des grands empires et civilisations. Cela débute avec la civilisation capsienne entre -9000 et -7000 avant J.-C, suivie par la civilisation carthaginoise.

Ainsi, les Berbères côtoient les phéniciens, ou encore les ibères espagnols. C’est à l’Antiquité, au IIIe siècle avant notre ère, que le plus grand royaume berbère émerge : la Numidie, actuellement l’Algérie, avec Cirta comme capitale (aujourd’hui Constantine). Elle est alors une alliée des romains contre Carthage, étendant même son pouvoir jusqu’à l’actuelle Tunisie. La culture berbère aura par ailleurs une réelle influence sur l’art et le mode de vie des Romains ! Par la suite, une addition de conflits partagent la Numidie, et les Berbères s’adaptent donc aux nouvelles gouvernances.

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Carte de la Numidie, berbère dans le Sahara – Crédits photo : Wikipédia – Mohamed Tlili & Shutterstock – Jake Hateley

Toutefois, c’est la Conquête musulmane du Maghreb aux alentours de 647 qui représente un changement majeur pour les populations berbères d’Afrique du Nord. Ces derniers, catholiques, juifs ou païens, se convertissent alors à la religion musulmane, quand d’autres tentent de maintenir leurs propres cultes.

Il faudra attendre plusieurs siècles pour que plusieurs grandes dynasties berbères se succèdent au pouvoir, parmi elles les Zirides en Algérie, les Almoravides, les Mérinides et les Almohades au Maroc. Ces dernières sont à l’origine de la Tour Hassan de Rabat !

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Tour Hassan à Rabbat, Maroc – Massifs de Djurdjura, Kabylie – Crédits photo : Shutterstock – kicimici & Alvarodz

Ainsi, les peuples berbères conservent donc un certain pouvoir qui s’étend également en Espagne (Al-Andalus) et en Sicile. Mais l’arabisation, l’islamisation, les luttes entre les dynasties, les soulèvements intestins, et les conflits avec les turcs écrasent l’influence des Berbères. In fine, certains peuples continuent de vivre en toute prospérité dans les montagnes d’Algérie (la Kabylie) par exemple, dans l’Atlas marocain, ou au Sahara.

Et aujourd’hui ?

Désormais, les anciens pays berbères héritiers de grandes dynasties sont tous arabes : Maroc, Algérie, ou encore Libye… Néanmoins, les peuples berbères et leur patrimoine ont survécu dans des endroits bien précis. On les retrouve dans certaines régions du Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye, au Niger, au Mali, en Mauritanie, au Burkina Faso, en Égypte, mais aussi dans les Îles Canaries. Quant à la diaspora berbère en dehors d’Afrique du Nord et de la région méditerranéenne, elle représenterait plus de 30 millions de personnes !

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Représentation traditionnelle des combats berbères, Maroc – Crédits photo : Shutterstock – Youness Fakoiallah & mohamed bahssine

De nombreux berbères se battent actuellement pour une meilleure reconnaissance de leur culture. Au Maroc, l’apprentissage de la langue amazigh est doucement intégré dans les programmes scolaires. Et en Algérie, le Nouvel An berbère, célébré au mois de janvier, est officiellement un jour férié ! Aussi, certaines traditions restent également très ancrées, comme la Fantasia, ou Jeu de la poudre, un spectacle impressionnant de cavalerie berbère qui simule des assauts militaires.

Road-trip au Maroc, à la découverte de la culture amazighe

J’ai eu l’opportunité d’explorer le Royaume chérifien pendant une dizaine de mois entre 2018 et 2019, alors que je travaillais dans la capitale, Rabat. Or dès mon arrivée au Maroc, je remarque que le nom de l’aéroport est écrit en arabe, en français et… dans un alphabet qui m’est parfaitement inconnu. Je pose alors la question au chauffeur de taxi, qui m’apprend l’existence de « l’alphabet des Berbères », le Tifinagh. L’écriture prend son origine dans les tribus touaregs, avant d’être standardisée dès le XXe siècle.

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Alphabet amazigh – Aéroport de Marrakech – Crédits photo : Shutterstock – Marko Rupena & EQRoy

Depuis la nouvelle Constitution marocaine de 2011, le Tifinagh s’introduit désormais dans les institutions du Royaume, sur la devanture des écoles, et sur certains panneaux de signalisation. Car avec 60 % des berbères dans le pays dont 40 % de berbérophones, il était nécessaire de valoriser la langue ! Et si certains berbères ont rejoint les grandes villes de Casablanca ou Rabat, les traditions prédominent davantage dans des régions marocaines bien spécifiques : dans le Rif au nord du Maroc (“les Rifains”), dans le Haut Atlas (“les Tamazights”), et dans le Souss au sud du Maroc (“les Chleuhs”).

Premiers contacts à Marrakech

🔺 Première étape : Marrakech
Durée : 1 jour
👁️ À voir : la médina, Palais El Badiî et Bahia, Place Jemâa el-Fna, la palmeraie, le Jardin Majorelle, Guéliz, les jardins de la Menara

C’est dans la ville ocre que commencera ce périple qui nous emmènera, à terme, au milieu des dunes du Sahara. En entrant par l’une des portes (“Bab”) de la vieille ville de Marrakech, je pénètre alors dans la Médina : cœur historique datant du XIe siècle et classé au patrimoine de l’Unesco. La Médina de Marrakech est également la plus peuplée du Maghreb !

C’est dans ce labyrinthe que se trouvent des souks, des riads, des cafés, un ancien quartier juif (le “Mellah”), et surtout des pièces d’artisanat berbère. Les marchands exposent sous mes yeux leurs trésors : de nombreux tapis, une multitude de poteries, et des valises de bijoux. Tous, ou presque, comportent des signes et symboles qui me sont encore peu familiers. Dans mon arabe hésitant, je demande quelques explications à un des marchands, originaire de Taroudant, ville fortifiée du sud-ouest.

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Ancien marché arabe – Chefchaouen, Maroc – Crédits photo : Shutterstock – Balate Dorin & Alessio Catelli

Ce dernier m’explique que les tapis, par exemple, sont faits en laine de mouton. Les symboles des tapis sont quant à eux proches des peintures rupestres, et renvoient à une signification précise. Par exemple, le “X” symbolise le corps de la femme, le losange fait référence au ventre et à l’utérus, et les spirales illustrent l’harmonie. Généralement, les motifs de l’artisanat berbère font tous références aux rapports homme-femme, à la fertilité, à la nature et, bien sûr, à la mort. Quant aux couleurs des artéfacts berbères, le rouge et le jaune prédominent !

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Tapis cousu main, géométrie berbère – Marchand de tapis traditionnel, Marrakech – Crédits photo : Shutterstock – CK Travels & Lukiyanova Natalia frenta

Je poursuis ma visite expresse de Marrakech à travers les Palais El Badiî et Bahia, la palmeraie, les jardins de l’Agdal, et le fameux Jardin Majorelle d’Yves Saint-Laurent. La nuit tombée, la vieille Médina de Marrakech s’apaise, et ce sont désormais les échos de la place Jamaâ-el-Fna et de son gigantesque marché qui résonnent. Je trouve une échoppe pour déguster la tanjia, un plat marrakchi de viande d’agneau aux épices qui cuit dans un pot de terre pendant environ 8 heures dans les braises d’un four à bois, « comme ceux des hammams » m’indique le chef. Bon appétit !

Du Haut Atlas au ksar d’Aït-ben-Haddou

🔺 Départ : Marrakech
🏁 Arrivée : Aït-ben-Haddou
Durée : 1 jour
👁️ À voir : col Tizi n’Tichka, Telouet, le ksar

Le lendemain matin, un thé à la menthe et une crêpe marocaine (« msemen ») engloutis, je prends la route du Haut Atlas, nommé le toit du Maroc, avec toujours l’objectif de rejoindre le désert quelques jours plus tard. Dans cette région montagneuse se trouve une partie des populations berbères semi-nomades qui évoluent encore dans un environnement très rural et traditionnel.

Ma première étape, le col Tizi n’Tichka (« col des pâturages » en Tamazight), se trouve à 2 heures de Marrakech. La route qui y mène est merveilleuse, parfois très aride, parfois plus fertile. Les paysages ocres et bruts défilent sous mes yeux malgré les 800 et quelques virages qu’il faut maîtriser jusqu’au col. Arrivée sur place, la vue est à couper le souffle – et dans les deux sens du terme, car nous sommes tout de même à plus de 2 300 mètres d’altitude !

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Col Tizi, dans les montagnes de l’Atlas, Maroc – Crédits photo : Shutterstock – Nick Fox & Mehdi Kasumov

De retour sur la route de montagne, je m’arrête dans quelques villages traditionnels berbères de la vallée de l’Ounila faire des provisions, et prendre en photo les vues incroyables. Un village précis retient mon attention : Telouet.

Je m’y arrête pour un déjeuner tardif, afin de tester le plat du coin, l’omelette berbère : une omelette cuite dans un plat à tajine avec des légumes, de l’huile d’olive et des épices (piment, gingembre, cumin…). C’est, comme prévu, un délice ! Repue, je pars explorer la kasbah de Telouet, classée parmi l’une des plus belles du Maroc. Dans la culture berbère, les kasbahs sont des citadelles fortifiées que l’on trouve dans la plupart des pays du Magreb, à l’instar des médinas.

Celle de Telouet, fondée au XVIIIe siècle par la tribu des Glaoua, est aujourd’hui abandonnée mais ouverte à la visite contre une dizaine de dirhams. Elle fut par ailleurs le palais de Thami El Glaoui, un richissime pacha qui l’a décoré avec un grand soin (comprenez, avec des zelliges et de la belle céramique).

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Telouet, village dans les monatgnes de l’Atlas, Maroc – Crédits photo : Shutterstock – Pav-Pro Photography Ltd

Je prends à nouveau la route pour me rendre à mon ultime étape du jour : Aït-ben-Haddou. En arrivant dans le village, je rejoins ma chambre recouverte de tapisseries berbères, située dans un petit riad, « Chez Rachid ». La vue de ma fenêtre donne directement sur le clou du spectacle : une immense kasbah, qui est en fait un ksar comme me corrige mon hôte, Rachid, donc.

Un ksar est une forteresse construite sur une paroi rocheuse, dans laquelle les habitations ont été creusées directement dans les roches. Des petites cellules étaient également aménagées pour stocker les denrées alimentaires. Cette forteresse servait aux berbères semi-sédentaires de se protéger contre les attaques d’autres tribus nomades. Par ailleurs, le ksar d’Aït-ben-Haddou, en flanc de colline est si somptueux, qu’il a été classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

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Village fortifié de Aït Benhaddou – Crédits photo : Shutterstock – Jose Ignacio Soto

Je décide de m’y aventurer pour atteindre son toit, et témoigner d’un coucher de soleil absolument épique. Quelques cafés ont investi le ksar, pour se restaurer tout en profitant de la beauté environnante. Je redescends du ksar avant la nuit, et je remarque en contre-bas une petite rivière entourée de palmiers où quelques dromadaires se reposent. La scène ressemble à un paysage du Nil dans un temps révolu. D’en bas, avec ce point d’eau, je me souviens de l’expression “le Mont-Saint-Michel des Chleuhs” lue dans un livre, et j’y trouve effectivement quelques similitudes.

Un décor mtyhique :
Le ksar d’Aït-ben-Haddou a servi de décor au tournage de plusieurs films et séries : Lawrence d’Arabie, Gladiator, Babel ou plus récemment de Game of Thrones.

Sur la route de Dadès, à travers la Vallée des Roses

🔺 Départ : Aït-ben-Haddou
🏁 Arrivée : Ouarzazate
Durée : 1 jour
👁️ À voir : Kasbah de Taourit, Atlas Corporations, Skoura, Vallée des roses, Gorges de Dadès

Dès l’aube, je repars en direction de Ouarzazate, qui n’est qu’à une demie-heure de route. C’est aussi la dernière grande ville avant le désert, d’où son sobriquet de “Portes du Sahara”. Je m’arrête pour un petit déjeuner beldi (traditionnel), à base de beaucoup d’huile d’olive et du fromage préféré des marocains : la Vache qui Rit. Je m’aventure par la suite dans ce Hollywood marocain, car Ouarzazate est connu pour ses studios Atlas Corporations où plusieurs grands films ont été tournés, et dont la visite vaut le coup d’œil !

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Atlas Corporation Studios film studio – Taourit kasbah, Ouarzazate – Crédits photo : Shutterstock – Yelo Jura & Francisco Javier Gil

Après cette séance ciné-tourisme, je reconnecte avec mon envie d’en apprendre encore davantage sur la culture berbère. Car c’était bien eux qui peuplaient historiquement Ouarzazate ! La kasbah de Taourit, datant du XVIIIe s’élève-là, toute aussi majestueuse que ses voisines du Haut Atlas.

À quelques pas, se trouve une vieille médina. C’est en rencontrant un guide local, que j’apprends le rôle historique de Ouarzazate : celui d’être un point de rencontre commercial entre les tribus berbères, mais aussi entre les différents peuples africains. Et spécifiquement après l’arabisation des territoires maghrébins, la ville de Ouarzazate était constamment traversée par des caravanes qui ont permis la prospérité économique de toute la région.

Après quelques heures à découvrir Ouarzazate, je décide de m’éloigner de mon itinéraire initial pour me diriger vers la Vallée des Roses et les Gorges de Dadès. Ce pas de côté ne me coûtera que quelques heures, et le détour vaut la peine.

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Vallée des roses, montagnes de l’Atlas, Maroc – Crédits photo : Shutterstock – Leonid Andronov & DELBO ANDREA

Située à 1h30 de Ouarzazate, la célèbre Vallée des Roses tient son nom de l’éclosion des roses entre avril et juin. Les haies de roses ont été pour la plupart importées au Xe siècle par des nomades et des pèlerins de la Mecque. Sa culture sert par ailleurs à produire de l’eau de rose, que vous pourrez acheter dans plusieurs échoppes du coin. Je m’arrête par ailleurs dans le village de Kelaat-M’Gouna, au pied de la vallée : c’est là-bas qu’est organisée la fête des roses chaque année, au mois de mai.

Faisant mon périple en février, je manque la chance de célébrer les fleurs, mais je découvre avec grand intérêt ce village et ses deux souks. Alors que je m’apprête à reprendre la route pour découvrir Dadès, une musique entrainante attire mon attention.

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Ahidous Talsint – Crédit photo : Wikipédia – Dounia Benjelloun-Mezian

Sur une petite place, se déroule un spectacle d’ahidous : une danse traditionnelle berbère sur fond de tambourins, de clappement de mains et de chants. Les hommes et femmes sont habillés en blanc, avec un turban coloré sur la tête. Les mouvements et leur synchronisation sont fascinants ! Aussi, cela me donne l’impression de découvrir un peu plus du folklore amazigh : les danses ahidous sont considérées comme une expression de victoire après un conflit ou une guerre.

C’est en fredonnant le rythme entêtant que je débarque dans les gorges de Dadès, situées dans la vallée portant le même nom, à 45 minutes de Kelaat-M’Gouna. La fameuse “route à lacets” est sinueuse, mais arrivée en haut des gorges, la vue est splendide !

C’est également dans ces gorges que se trouvent les “Doigts de Singe” : ces rochers à la forme de petits doigts potelés. Il est par ailleurs possible de passer la journée entière en randonné à travers les gorges de Dadès si vous en avez le temps.

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Gorge de Dadès, Maroc – Crédits photo : Shutterstock – Ryzhkov Oleksandr

Je dois malheureusement louper l’étape de Tinghir, ville où aurait vécu une communauté berbère juive inspirant le film Tinghir-Jérusalem de Kamal Hachkar. En effet, je dois rebrousser chemin pour ma nuitée dans le village de Skoura, voisin de Ouarzazate, célèbre pour sa palmeraie.

Là-bas, je trouve une auberge traditionnelle où je reste une nuit, emmitouflée dans mes couvertures en laine de mouton : car nous sommes en février, et si les journées sont douces, les nuits sont particulièrement fraîches.

J’ai la chance de découvrir Skoura à l’aube, en déambulant dans ses douars (petits quartiers, ou littéralement “villages”), ses marchés et ses kasbahs. Un thé à la menthe plus tard, il est temps de découvrir notre prochaine et dernière étape avant le désert !

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Skoura, Maroc – Crédits photo : Shutterstock – Philip Reeve & M. Vinuesa

De passage chez les Draouis

🔺 Départ : Skoura
🏁 Arrivée : M’hamid El Ghizlane
Durée : 1 jour
👁️ À voir : Zagora et son fameux panneau, le marché de M’hamid El Ghizlane

Je m’enfonce dans la Vallée du Drâa, faisant anciennement partie de la Numidie berbère, et dont la beauté des paysages continuent de me surprendre. En effet, des petits oasis jonchent la route, tranchant avec l’aridité du désert désormais très proche. Je découvre, au passage, la petite ville de Zagora, où il vaut mieux faire un dernier plein d’essence avant d’entrer dans une partie particulièrement isolée du pays.

Je sympathise avec quelques “Draouis” : les populations berbères qui habitent autour du fleuve Drâa. Ces derniers m’expliquent la signification d’un étrange panneau à l’entrée de la ville : “Tombouctou -> 52 jours”. Ainsi, il faudrait seulement 52 jours à dos de dromadaires pour rejoindre la ville malienne de l’autre côté du désert. “Une légende” rajoute l’un d’eux, en français.

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Célèbre panneau des 52 jours à Tombouctou, à Zagora – Crédits photo : Shutterstock – wolfgang44

Je poursuis ma route en direction de M’hamid El Ghizlane, en lisière du Sahara, où j’ai rendez-vous avec mon guide, Salah. Au téléphone, ce dernier m’indique qu’il faut traverser « deux montagnes en forme de plats à tajine » pour se rendre au village. Je le trouve sur le côté de la route : il se démarque par son turban et ses habits bleutés qui me font penser aux tenues touaregs, peuple berbère d’Algérie, surnommés « les hommes bleus ».

Ensemble, nous allons chez lui déposer la voiture, car notre prochain moyen de transport sera le dromadaire. La maison de Salah fait partie d’un douar, où toute sa famille habite, avec le Sahara en guise de jardin. Je remarque alors que la tante de Salah a des tatouages sur le visage : j’ai vu les mêmes inscriptions sur d’autres femmes lors de mon périple. J’interroge Salah, qui m’explique que les tatouages relient l’humain au spirituel, et qu’ils sont particulièrement important dans le folklore berbère.

Les femmes se tatoueront le menton par exemple, comme une barbichette, en hommage à un mari décédé. Aussi, comme elles représentent la terre, les femmes ont davantage de tatouages et d’inscriptions sur le corps que les hommes. Certains sont, par exemple, destinés à améliorer la fertilité ! Les tatouages jouent également un rôle de reconnaissance et permettait, il y a des milliers d’années, aux différentes tribus de se reconnaître.

Le maquillage berbère :
En plus des tatouages et du henné, les femmes berbères utilisent du maquillage à base de pigments. Les français populariseront dans l’Hexagone certains de ces produits de beauté lors de la colonisation.

Bivouac dans le Sahara

🔺 Départ : M’hamid El Ghizlane
🏁 Arrivée : Quelque part dans le Sahara…
Durée : 2 jours
👁️ À voir : la beauté des dunes, le coucher de soleil, et les étoiles

Après le thé de courtoisie, Salah et son accompagnateur, Brahim, chargent les dromadaires avec nos sacs à dos, des bidons d’eau, et de quoi survivre pour deux nuits dans le Sahara. Je grimpe ensuite sur la bête du nomade par excellence, et nous nous aventurons tous ensemble dans le désert pour plusieurs heures de route, avec, à l’ouest, la frontière algérienne qui se dessine.

Je demande à Salah comment il parvient à se repérer au milieu du désert : “on a le GPS berbère intégré au cerveau !” me répond-t-il. Il est certain que Salah connait le désert comme sa poche : il vient de la tribu semi-nomade Aït Atta, établie dans le massif désertique du sud-est marocain depuis le XVIe siècle.

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Désert du Sahara, Maroc – Crédits photo : Shutterstock – CherylRamalho

Quelques heures plus tard, la notion du temps relativement perdue, nous arrivons vers une plaine qui ne ressemble pas vraiment aux paysages du Sahara et à ses dunes orangés et irisés que j’imaginais. En effet, l’endroit me fait davantage penser à une sorte de savane. Ici, l’herbe pousse, dont de la salade, me dit Salah. Il me fait goûter une plante qui a, en effet, le goût exact de la roquette.

Dans cette plaine désertique, je rencontre les parents de Salah, des semi-nomades : ils passent environ 6 mois de l’année dans différentes parties du désert pour élever des chèvres. Le reste de l’année, ils habitent à M’hamid. Ils ne parlent d’ailleurs pas un mot de darija, le dialecte arabe marocain dont je maîtrise quelques bases après plusieurs mois passés au Maroc.

Ils s’expriment dans un dialecte berbère, ce qui demande pas mal d’imagination pour se comprendre. Nous dînons tous ensemble un couscous préparé dans la grande tente installée par le couple. Bien sûr, nous dégustons le plat à la main (droite ! sinon vous vexerez vos hôtes). Par ailleurs, Salah m’explique qu’il est aussi coutume pour les nomades du Sahara de cuisiner directement dans le sable, qui fait office de four. Le récipient sera quant à lui un estomac (vide) de chèvre.

Nous continuons la soirée dehors, à l’air très frais du désert, dont le silence est parfois brisé par quelques bêlements de chèvres. Alors qu’il fait nuit noire, Brahim enfourche son dromadaire pour rentrer dans le village de M’hamid, m’expliquant qu’il passera la nuit sur la bête, et que cette dernière connaît parfaitement le chemin de la maison.

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Homme berbère servant le traditionnel thé à la menthe, Maroc – Crédits photo : Shutterstock – Yavuz Sariyildiz

Le lendemain nous prenons le 4×4 pour arriver dans un bivouac moins traditionnel, mais aussi plus luxueux. Ce dernier se trouve à Erg Chegaga : un massif dunaire d’environ 40 km. Là-bas, il est possible de se relaxer dans l’un des hamacs, faire du sand-surf, ou encore un hammam de sable traditionnel : un trou est creusé dans le flanc d’une dune, dans lequel on s’allonge. Le sable chaud recouvre le corps et, pendant une dizaine de minutes, une sensation relaxante et de bien-être se répand.

Après l’expérience, il est possible de recevoir un massage avec de la graisse de chameau pour hydrater la peau, et il faut également boire beaucoup d’eau !

Le merveilleux coucher de soleil derrière les dunes laisse ensuite place à un ciel étoilé : sûrement le plus beau qu’il m’est été donné à voir. Et malgré quelques scarabés récaltictrants qui me grimpent dessus, je reste allongée sur le sable frais.

Le célèbre poète et penseur Ibn Khaldoun disait que “les Berbères racontent un si grand nombre d’histoires, que si on se donnait la peine de les mettre par écrit, on remplirait des volumes !“. Et il n’a pas tout à fait tort. Salah me récite quelques comtes locaux avec des pachas déchus et de riches princesses. Il me raconte aussi l’histoire de la grande reine Kahina : cette “prophétesse” berbère, grande guerrière et symbole de la résistance du VIIe qui s’est battue contre l’invasion arabe.

C’est donc la tête pleine d’histoires que je m’endors, ravie d’avoir fabriquée autant de souvenirs pendant ce périple en terres berbères, et d’avoir vécue, à mon tour, une trépidante aventure nomade.

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Questions / Commentaires à l'auteur
  1. Très intéressant

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