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Mon confinement en Colombie : récit d’un voyage imprévisible

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Voyager en Amérique du Sud et se retrouver bloquée en Colombie, à cause d’une pandémie mondiale. Non, il ne s’agit pas d’un scénario de film, mais celui de mon dernier voyage.

Octobre 2019, sur le départ pour réaliser un de mes rêves : partir à la découverte des merveilles de l’Amérique du Sud, seule avec mon sac-à-dos. Une décision mûrement réfléchie, mais pas pour autant organisée.

Un aller simple direction la Patagonie, un premier point de chute. C’est tout. Pas de cours d’espagnol, pas d’itinéraire tout tracé. Le but étant vraiment de se laisser porter. Pas de date bookée pour changer de pays. Du dernière minute, du “vivre au moment présent”, quelque chose qu’on oublie souvent.

À chacun sa façon de voyager. J’avais choisi la mienne : prendre le temps, rester ouverte aux opportunités qui croisent mon chemin. Et puis de toute façon, les choses ne se déroulent jamais comme on les imagine, n’est-ce-pas ?

En effet, si on m’avait dit que je finirais ce voyage en situation de crise mondiale, confinée dans un petit village de Colombie, j’en aurais ris. C’est pourtant cette expérience que j’ai vécue et que j’ai envie de vous partager aujourd’hui.

Des moments de doute, de peur, mais aussi de réel bonheur. Des rencontres avec les autres étrangers confinés, mais aussi avec les locaux. Je vous partage tout sur ces 3 mois de confinement passés à Salento, petit village coloré du Quindio.

Le début de mon aventure colombienne

Pourquoi la Colombie, et comment ai-je fini par rester confinée dans ce petit village de la région du Quindio ? Dans cette première partie, je vous explique tout sur le début de cette expérience inattendue.

La Colombie a toujours été un pays qui a su attirer mon attention, je ne pourrais pas exactement vous dire pourquoi. Mais ce qui est sûr, c’est que sa diversité et son atmosphère chaleureuse n’y sont pas étrangères.

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Medellin La Comuna 13 & la région de la Guajira Crédit photo : Camille Nagel

Ayant atterri en Patagonie argentine, la logique de mon voyage était de remonter le continent tranquillement, avec une petite idée derrière la tête de finir en Amérique Centrale. Mais comme je le disais précédemment, les choses ne se passent jamais comme prévu.

En effet, après quelques mois passés principalement en Argentine, j’ai décidé de prendre un avion pour la Colombie. En réalité, mon idée de base était de continuer le voyage au Pérou, sauf qu’à ce moment-là, la saison des pluies débutait. Finalement, j’allais commencer par la fin puis redescendre plus tard vers l’Équateur et le Pérou, le temps que la saison humide passe son chemin.

Ainsi, me voilà à l’aéroport de Bogota, début février 2020, après deux avions et une escale d’une journée au Panama. Tandis que le jour se lève à peine sur l’énorme capitale, un mélange d’appréhension et d’excitation grouille en moi.

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Vue de Bogota depuis le Montserrate Crédit photo : Camille Nagel

Durant le trajet en avion, j’ai fait la rencontre d’une Colombienne, qui devait être récupérée par son frère à l’aéroport. Finalement, ils m’ont pris avec eux et m’ont conduit jusqu’à mon hostel (auberge de jeunesse). Celui-ci ne pouvant encore accueillir personne au vu de l’heure matinale, ils m’ont amené chez eux, offert à manger et un lit pour me reposer.

Je n’aurais pu rêver d’un meilleur accueil en arrivant en Colombie. Preuve de la chaleur qui caractérise tant ce pays.

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Graffiti Tour Bogota Crédit photo : Camille Nagel

Pour revenir au sujet principal du confinement, j’ai eu la chance de pouvoir découvrir la Colombie pendant 1 mois, avant que tout cela ne commence. Mon parcours au départ de Bogota s’en est suivi par Salento, le village même ou j’allais passer le confinement. Sauf qu’à ce moment-là, j’étais très loin de m’imaginer la suite.

En voyageant, on fait un nombre incalculable de rencontres, mais certaines nous marquent plus que d’autres. Ça a été le cas pour moi à Salento. Je m’y serais bien éternisée un peu plus longtemps, mais le reste de la Colombie se faisait désirer.

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Salento, Quindío Crédit photo : Camille Nagel

L’aventure se poursuit donc à Medellín, jusqu’à la côte Caraïbe. Entre les petits villages perdus dans la nature, le Parc National Tayrona, un passage chez les indigènes en plein cœur de la Sierra Nevada et la découverte du désert de la Guajira, la Colombie m’en a fait voir de toutes les couleurs.

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Parc National Naturel de Tayrona & désert de La Guajira Crédit photo : Camille Nagel

Ma prise de conscience sur la situation

En quelque sorte, ma découverte de la Colombie s’est terminée à Carthagène des Indes, ville emblématique de la côte Caraïbe, au Nord du pays. Je venais de passer une semaine sur l’île de San Andres, île colombienne aux nuances de bleu incroyables, située proche des côtes nicaraguayennes.

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Île de San AndrésCrédit photo : Camille Nagel – Beatriz Gomes

Et c’est en débarquant à l’aéroport de Carthagène que j’ai commencé à comprendre que la crise sanitaire, qui à mes yeux n’était encore qu’une simple petite grippe restée de l’autre côté du monde, prenait plus d’ampleur que prévu.

En effet, un nombre non négligeable de personnes portaient un masque à l’aéroport, c’était la première fois que je voyais ça. Déroutée, je sortais de ma semaine idyllique sur l’île, sans trop comprendre ce qu’il se passait. Une ambiance oppressante commençait à se faire ressentir, pour ne pas dire apocalyptique.

Arrivée à l’hostel que j’avais réservé, les restrictions liées à la situation devenaient de plus en plus fortes. J’ai de justesse le temps de visiter la ville de Carthagène, vestige de l’époque coloniale.

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Ville de Carthagène des IndesCrédit photo : Shutterstock – RONEDYA

De là, j’ai pris la décision de vite retourner dans le havre de paix que j’avais découvert à Salento. Quitte à être bloquée, autant l’être là-bas, dans la nature et la tranquillité qu’offre ce petit village de la Zona Cafetera (région du café).

En effet, se retrouver coincée dans une grande ville ne m’inspirait guère, d’autant plus que contrairement à Salento, je n’avais pas eu le temps de faire des rencontres à Carthagène.

Les péripéties pour rejoindre Salento

Aussitôt la décision de retourner à Salento prise, il fallait vite agir. Le village étant situé à plus de 800 km au Sud de Carthagène, la solution la plus rapide et logique était l’avion. Celui-ci m’a emmené jusqu’à Pereira, ville qui se trouve à environ 1 heure de route de Salento.

Soulagée d’avoir passé l’étape la plus importante, je n’étais pas pour autant au bout de mes surprises. En effet, les restrictions se faisant de plus en plus fortes, l’entrée dans le village de Salento n’était plus autorisée à partir de 20h. Je suis malheureusement arrivée à l’aéroport de Pereira trop tard.

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Ville de Pereira – Quindío Crédit photo : Shutterstock – wamayar

N’ayant plus le choix, j’ai dû réserver dans la foulée une chambre privée dans un hôtel lambda. En effet, les auberges de jeunesse, où j’étais habituée à rester en temps normal, ne semblaient plus vraiment appropriées à la situation. D’autre part, de plus en plus d’auberges commençaient carrément à refuser les étrangers.

Ce soir-là, seule dans cette chambre d’hôtel, je prends vraiment conscience de la situation. L’idée horrible de rester coincée dans cet hôtel de ville, seule, me hantait l’esprit. Et pour couronner le tout, je ne me sentais pas très bien, pour ne pas dire que j’ai succombé au paracétamol. Bonsoir la psychose !

Dernière étape pour rejoindre Salento, un trajet de bus d’environ 1 heure au départ du Terminal de Transportes de Pereira. J’arrive au terminal avec la boule au ventre, de peur qu’ils me refusent le trajet. Parce que oui, les choses devenaient de plus en plus compliquées.

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Une nuit à PereiraCrédit photo : Camille Nagel

Pour me loger, j’avais essayé de réserver à deux endroits différents, avec à chaque fois un retour négatif. “Au vu de la situation, nous ne sommes plus en mesure d’accepter les touristes.” Heureusement que lors de ma première visite à Salento, j’avais gardé le contact des propriétaires de l’endroit où j’avais séjourné. Un couple franco-argentin, qui a tout de suite accepté de m’accueillir à nouveau dans leur hostel.

Comme je l’avais imaginé, prendre le bus pour Salento n’a pas été chose facile. Heureusement que je commençais à me débrouiller en espagnol pour pouvoir négocier le trajet. Il aura fallu bien argumenter avec le fait que j’avais un endroit où rester et que je connaissais du monde sur place. Je suis même allée jusqu’à me dissocier de mon étiquette de touriste. Finalement, nous étions 4 dans le bus, dont moi, la seule étrangère.

Le changement d’ambiance et le début du confinement

Une arrivée just-in-time au village

Assise dans le bus, j’admire avec émotion les paysages verdoyants de cette région, qui me sont maintenant familiers. J’étais heureuse et reconnaissante d’être retournée jusqu’ici, et d’aller retrouver ce que j’avais laissé lors de ma première visite, un mois plus tôt.

Vous l’aurez compris, je suis arrivée juste à temps à Salento. Nous sommes le 18 mars 2020. Par miracle, je ne me fais pas contrôler à la petite station de bus du village.

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Hostel Estrellas Sin FronterasCrédit photo : Camille Nagel

Finalement, j’arrive à l’Hostel Estrellas Sin Fronteras, où je peux enfin souffler. Quel soulagement de se retrouver à nouveau ici, on s’y sentirait presque comme à la maison. Un environnement qui m’était familier, où je ne craignais pas de rester bloquée.

Quand je vous disais que je suis arrivée juste à temps, il faut aussi souligner le fait que le village a fermé ses portes le lendemain de mon arrivée. Plus personne ne sort, plus personne ne rentre. Un timing effrayant et parfait à la fois.

L’heure du confinement a sonné

Bien heureuse d’être de retour à Salento, ce deuxième séjour s’annonçait pourtant bien différent de celui passé le mois d’avant. En effet, quelques jours après mon arrivée, l’heure du confinement a sonné.

À l’hostel, je fais la rencontre de trois françaises et une italienne, en comprenant que nous allons sans doute passer un petit bout de temps ensemble. Il est encore difficile de se rendre compte de l’ampleur de la situation à ce moment précis.

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Salento – Hostel Estrellas Sin FronterasCrédit photo : Camille Nagel

Rester coincées quelques semaines puis continuer le voyage ? Se voir obligées de rentrer en France ? Dans quelles conditions ? Autant de questions auxquelles nous n’étions pas en mesure de répondre. Il y avait au moins une chose réconfortante : nous n’étions pas seules. La présence du couple franco-argentin qui tenait l’auberge avait aussi un côté rassurant.

Malgré tout, l’atmosphère qui régnait restait pesante. Avec les nouvelles restrictions, il était seulement autorisé de sortir pour les besoins de première nécessité, sans oublier le masque et les gants. C’était nous les étrangers, qui avions en quelque sorte ramené le virus d’Europe. Une belle étiquette de contaminés.

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Confinement – Hostel Estrellas Sin Fronteras, SalentoCrédit photo : Camille Nagel

Un jour, les filles sont sorties ensemble, l’une pour faire des courses, l’autre pour aller à la banque. Un village reste un village, tout se sait très vite. Une fois les filles rentrées, la police du village n’a pas mis longtemps pour débarquer à l’hostel. Leur but était de prendre notre passeport en photo afin de recenser tous les étrangers du village.

Personnellement, les premiers jours n’ont pas été les plus faciles. Depuis la nuit passée à Pereira, je ne me sentais toujours pas “normale”. Moi qui prenais ce virus à la légère quelques semaines plus tôt, le retour de karma est vite arrivé. D’autant plus qu’à ce moment-là, mon assurance maladie venait d’expirer. Je n’arrivais plus à distinguer si ma tête était lourde à force de trop penser, ou si je me sentais réellement malade. À cela s’ajoutait la peur pour mes proches, à plus de 10 000 km de là. Et s’il arrivait quelque chose et que je n’étais pas en mesure de les rejoindre… La culpabilité m’envahissait.

Après ce début de confinement, l’ambiance s’est peu à peu détendue. De mon côté, avec un peu de repos, je me sentais à nouveau bien. Avec les filles de l’auberge, une petite routine commençait à s’installer. Organisation des courses et des repas, jeux de cartes, récits de voyages, appels quotidiens avec nos proches, séances de sport… Chacune de ces activités rythmaient notre quotidien.

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Confinement – Hostel Estrellas Sin Fronteras, SalentoCrédit photo : Camille Nagel

Deux semaines plus tard, je décide de changer de lieu de confinement. De là va commencer la deuxième partie de mon expérience confinée à Salento. Nouvel endroit, nouvel environnement et nouvelles rencontres.

L’évolution de mon confinement : ma bulle villageoise

Ce changement de lieu de quarantaine va marquer un deuxième tournant dans mon expérience de confinement en Colombie. Un nouvel environnement parsemé de belles rencontres, avec des locaux comme avec d’autres étrangers confinés.

Le mois d’avril s’entame donc dans un appartement qui va devenir ma nouvelle petite maison de confinement. Contrairement à l’auberge qui était en contrebas du village, ce nouvel endroit se situe à l’autre bout, dans la partie la plus haute. À quelques pas d’ici, se trouvent les escaliers qui mènent au mirador de Salento.

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Salento – Tabara ApartahotelCrédit photo : Camille Nagel

Cela faisait plusieurs mois que le rythme était plutôt intense, à dormir d’auberges en auberges, en partageant tout avec d’autres voyageurs. Il est vrai qu’avoir finalement un petit endroit rien qu’à moi, ne fut pas de refus. Le bonheur de se poser un peu, de pouvoir déballer le backpack entièrement.

Bien installée, une nouvelle petite vie de confinement commençait. Merci aux rencontres que j’ai faites lors de ma première venue à Salento. C’est grâce à elles que j’ai pu trouver ce logement pour un prix moindre malgré la situation.

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Salento, Quindío – Motmot houtouc (espèce d’oiseau)Crédit photo : Camille Nagel

À défaut d’un extérieur, l’appartement était constitué d’un balcon, qui donne sur la petite ruelle de maisons colorées qui font tout le charme de Salento. Perché à 2 000 mètres d’altitude, le village est entouré d’une nature verdoyante, que je pouvais admirer directement depuis la fenêtre.

J’éprouvais tellement de gratitude pour avoir eu la chance de visiter les alentours avant le confinement, notamment la vallée de Cocora. Cette fameuse vallée est en quelque sorte la raison pour laquelle Salento est si fréquenté par les touristes. Pour cause, elle abrite ces impressionnants Palma de Cera, soit les plus hauts palmiers du monde, qui peuvent atteindre jusqu’à 70 mètres de hauteur !

À cela s’ajoute la visite des fincas de café, pour y découvrir les étapes de fabrication du fameux café colombien, sans oublier sa dégustation.

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Vallée de Cocora, QuindíoCrédit photo : Camille Nagel

Revenons-en au confinement. Qui dit nouvel environnement, dit nouveaux voisins. Et la vie de village est différente de celle en ville. Ici, tout le monde se connaît et la proximité est bien réelle. Les volets ouverts, il n’y a pas de fenêtres, on peut tout observer.

Je me demande ce que vont penser les locaux qui vivent à côté. Pourquoi cette étrangère vient-elle emménager ici maintenant ? Vont-ils m’accepter ?

Ma rencontre avec les locaux

Peu à peu, je fais connaissance avec le voisinage. À côté vivent une famille del campo. Des agriculteurs qui élèvent des veaux, juste en dessous de ma fenêtre. Tous les jours, je les observe s’occuper d’eux et leur donner le biberon. J’ai envie de descendre avec eux et de les aider. Chose que je vais finir par demander.

Résultat, ils m’ont même proposé de venir de temps en temps avec eux dans leurs champs. Ces terres qui leur appartiennent accueillent d’autres de leurs animaux. C’est comme ça que je me suis quelquefois échappée de l’appartement pour aller goûter à l’air frais de la nature.

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Quindío, ColombieCrédit photo : Camille Nagel

Petite précision mais pas des moindres : un mois environ après le début du confinement, c’est officiel, le village n’accueille aucun cas de virus ! Voilà de quoi rassurer tout le monde. Malgré les restrictions toujours de vigueur, nous pouvons aller faire les courses beaucoup plus sereinement. D’autre part, la méfiance vis-à-vis des autres personnes se relâche également.

Outre mes voisins d’à côté, j’ai pu faire connaissance avec ceux d’en face. Une famille colombienne qui baigne dans l’art, avec un hostel tout à leur image. Réel coup de cœur pour ces personnes, qui détiennent une énergie positive incroyable et contagieuse.

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Salento, QuindíoCrédit photo : Camille Nagel

Des échanges à travers les balcons, le matin en buvant le café, ma routine préférée. Des petites attentions que je n’oublierai pas, comme ce jour où ma voisine est venue m’apporter un peu de son arroz con leche (riz au lait), un dessert qui se fait beaucoup là-bas.

Malgré la joie de vivre des Colombiens, la situation est tout de même difficile et pesante pour eux. En effet, Salento est un village qui vit purement du tourisme. Restaurants, hôtels, guides… sans les étrangers, il n’y a plus d’activité. C’est comme ça que mes voisins, comme beaucoup d’autres, ont malheureusement dû rendre leur hostel au propriétaire, et retourner vivre dans leur maison excentrée du village.

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Tupinamba – Salento, QuindíoCrédit photo : Camille Nagel

Cependant, j’ai été impressionnée par leur créativité et leur réactivité quand ils m’ont présenté leur nouveau projet : “Tupinamba”. Un condensé de saveurs de produits locaux, vendus dans des pots en verre. Des recettes exotiques qui composent confitures, pestos et bien d’autres délices. Je suis heureuse de suivre leur projet qui évolue encore à l’heure d’aujourd’hui grâce aux réseaux. Un bel exemple de rebond à cette situation de crise.

Un nouveau pilier de mon confinement

La Calle Real est la rue principale qui traverse le village, normalement bondée de monde. En cette situation spéciale, j’allais faire mes courses dans un Salento presque désert, une première historique ! Malgré les difficultés de la situation, ce vide rendait l’atmosphère agréablement paisible.

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Calle Real SalentoCrédit photo : Camille Nagel

Un jour où je faisais mes courses au Supercocora, seul supermarché du village, j’ai rencontré un nouveau français. Il m’a appris qu’ils étaient une dizaine d’étrangers confinés ensemble dans l’Hostel SOA. Et il se trouve que ce même hostel, se situe juste à deux pas de l’endroit où je logeais !

Vous l’aurez compris, cet endroit est devenu en quelque sorte ma deuxième maison. Salento n’étant pas touché par le virus, mes visites ne représentaient aucun danger sanitaire, malgré le fait qu’elles n’étaient pas très légales.

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SOA Hostel & Calle Real Salento Crédit photo : Camille Nagel

France, Russie, Croatie, Suisse, Colombie et Venezuela : nos repas, soirées et moments échangés formaient un beau mélange culturel. Nous étions tous ensemble dans cette situation étrange, mais si riche humainement parlant.

Dans ma petite bulle villageoise, j’étais heureuse et entourée de belles personnes, y compris celle que j’avais rencontré lors de mon premier passage à Salento.

Des escapades dans la nature environnante

Deux mois après le début du confinement, il est vrai que le besoin de sortir se faisait ressentir. Mais contrairement à la France, les règles étaient plus strictes. Nous n’avions que 2 jours de sortie autorisés dans la semaine. Ces jours étaient définis en fonction du dernier numéro présent sur le passeport. Et ce jour de sortie ne consistait qu’à faire des courses.

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Tolima, Colombie Crédit photo : Camille Nagel

Malgré cela, quelques personnes de l’hostel s’en allaient souvent marcher dans la montagne. Finalement, partir se ressourcer dans la nature ne fait de mal à personne. Ainsi, j’ai fini par sortir moi aussi et ces quelques escapades ont fait la beauté de la fin de mon expérience en Colombie. Je vous partage à la suite les deux plus belles d’entre elles.

La Carbonera : un immense paradis vert

La plupart des étrangers qui passent par Salento lors de leur voyage en Colombie viennent pour visiter la vallée de Cocora et ses fameux palmiers. Mais en réalité, il existe un endroit incroyable, encore plus grand, qui accueille des forêts de palmiers entières : La Carbonera.

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La CarboneraCrédit photo : Camille Nagel

Perché à 3 000 mètres d’altitude, ce paradis méconnu de la plupart des touristes sort clairement des sentiers battus. Vous allez sans doute vous demander pourquoi cet endroit est resté peu connu. La raison relève surtout de la logistique. En effet, la vallée de Cocora étant plus rapprochée du village, elle s’est vite créé sa renommée.

La Carbonera, quant à elle, nécessite environ 1h30 de trajet au départ de Salento. Pour celles et ceux qui aiment découvrir des endroits authentiques et moins fréquentés, la route en vaut clairement la peine.

Lors de mon premier passage à Salento, je n’avais même pas connaissance de l’existence d’un tel endroit. C’est durant le confinement que j’en ai entendu parler. Je me suis donc décidée à partir explorer la Carbonera avant l’heure de mon retour en France.

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La CarboneraCrédit photo : Camille Nagel

L’organisation a été plutôt simple. Avec d’autres personnes de l’hostel, nous étions un petit groupe de quatre. Nous avons réussi à trouver dans le village une de ces fameuses Jeep, qui amènent en temps normal les touristes à la vallée de Cocora. Après avoir expliqué notre idée, le propriétaire était partant pour nous réserver une journée et nous y conduire.

Le jour de l’escapade arrivé, l’excitation était à son comble. Pendant des semaines, les seules sorties étaient celles des courses. Et là, nous allions partir explorer un endroit incroyable, dans une situation plutôt privilégiée.

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La CarboneraCrédit photo : Camille Nagel

Debout à l’arrière de la Jeep, les paysages traversés sur le chemin étaient déjà un spectacle à eux tout seuls. Au-dessus du village, on monte encore plus haut en altitude, pour changer de vallée et accéder à la fameuse Carbonera.

Quel fut notre émerveillement en arrivant là bas… des forêts de palmiers à n’en plus finir, tous plus hauts les uns que les autres. Un endroit hors du temps. Point de rendez-vous fixé avec le chauffeur, nous avions le reste de la journée pour explorer les environs. Et le plus merveilleux dans tout ça, c’est que nous étions complètement seuls. Seuls au beau milieu de cette immensité.

La découverte du volcan Cerro Machín

Cette deuxième escapade est sans doute la plus folle. Quelle idée d’aller s’aventurer en moto pour trouver un volcan, dont nous savions uniquement le nom, en pleine période de confinement ! Ça reste pourtant l’un de mes meilleurs souvenirs.

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La Carbonera & au pied du Cerro Machín Crédit photo : Camille Nagel

Le Cerro Machín est un volcan qui se situe à Tolima, département voisin du Quindío.
En temps normal, des expéditions au départ de Salento peuvent s’organiser jusqu’au volcan. Cependant, celui-ci est situé à une distance non négligeable du village, ce qui rend l’excursion moins accessible que les autres incontournables à faire autour de Salento.

D’un jour à l’autre, nous voilà partis en moto dans le but de trouver ce volcan. Sans carte ni Google Maps, nous nous étions seulement renseignés sur la direction à prendre. Et il s’est avéré que le chemin qui mène au volcan passe par la Carbonera ! Cet endroit féerique que nous pensions avoir exploré la fois d’avant, est en réalité tellement plus grand.

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La CarboneraCrédit photo : Alberto Sosa – Camille Nagel

Quand je disais que cette idée d’aller découvrir le Cerro Machín était plutôt folle, c’est que nous avons bien mis 3 heures pour y arriver. Et cela sans compter l’état du chemin qui par moments n’était rien d’autre que de la boue, pas très rassurant à l’arrière de l’engin qui perdait en stabilité. Pour trouver le chemin, nous nous laissions guider par les familles des quelques fermes croisées sur la route.

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Sur le chemin du Cerro Machín Crédit photo : Camille Nagel

Finalement arrivés au pied du volcan, qui ressemblait plutôt à une montagne, nous nous retrouvons devant une ferme, sans trop savoir par où passer. Coup de stress, les propriétaires nous informent qu’il n’est plus autorisé de monter au volcan à cause de la situation. Après toute cette route, il nous a été impossible de repartir ainsi. Nous avons donc fini par réussir à négocier le passage.

Dans la brume qui s’était installée, nous entamions la montée du volcan. La traversée de la forêt, avec ses feuilles immenses et ses plantes étranges, semblait être une excursion au beau milieu de la jungle. Enfin, une odeur de souffre annonçait notre arrivée au sommet.

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Ascension du Cerro MachínCrédit photo : Camille Nagel

La particularité du Cerro Machín est qu’il ne possède pas de cratère. En échange, il respire en crachant sa fumée à travers ses cavités. Un spectacle naturel magique à observer une fois en haut. Grâce à l’activité du volcan, les pierres au sol sont agréablement chaudes, malgré l’humidité et le froid.

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Volcan Cerro MachínCrédit photo : Alberto Sosa – Camille Nagel

En Colombie, la nuit commence déjà à tomber vers 17h. Ainsi, le chemin de retour jusqu’à Salento ne s’annonçait pas des plus faciles. Avec l’altitude, le froid arrive vite et la brume présente par moments ne facilite pas le trajet. Si nous sommes arrivés exténués après cette journée de 6h de moto, l’expérience et les souvenirs créés sont ancrés dans nos mémoires.

Un retour en France compliqué ?

Ces dernières belles escapades autour de Salento ont marqué la fin de mon expérience en Colombie. En effet, des avions de rapatriement gérés par l’ambassade de France ont été mis en place durant la période pour permettre aux français de rentrer chez eux.

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Les derniers jours à Salento Crédit photo : Alberto Sosa – Camille Nagel

Ainsi, tous les Français bloqués en Colombie se sont vu attribuer une place dans une liste en fonction de leur situation. Par exemple, les personnes ayant des impératifs en France ou celles plus vulnérables sont placées en priorité. Donc si un français est parmi les 100 premiers dans la liste, il est sûr d’avoir son siège dans le prochain avion de rapatriement.

Petit à petit, j’ai vu partir la quasi totalité des français et des étrangers que j’avais connu à Salento. Quant à moi, j’avoue m’être un peu éternisée. Pourtant, j’aurais pu avoir ma place dans le tout premier avion. Mais qu’est ce que je m’y sentais bien, dans ma petite bulle villageoise. Tellement bien que je me suis vu refuser trois avions de suite, avant de finalement me décider à partir avec celui du 26 juin.

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Salento & aéroport de Bogota Crédit photo : Camille Nagel

En voyageant, il arrive toujours de rester un ou deux jours de plus dans un lieu qui nous plaît beaucoup. On explore les alentours, on rencontre de belles personnes, puis chacun reprend sa route.

Mais ce genre de départ, après avoir vécu tant de choses et noué des liens aussi précieux, c’est quelque chose de différent. C’est quitter un endroit et y laisser une partie de nous. Et en échange, repartir avec une âme pleine de souvenirs uniques. N’est-ce pas la plus belle des richesses ?

Les lecteurs de GV ont tous une histoire à raconter, pourquoi pas vous ?

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  1. avatar

    merci à toi d’avoir partagé cette expérience rare.

  2. avatar

    Hello, désolée, en voulant t’attribuer un 5, la note de 3 s’est sélectionnée. Ton article est super. Merci

    • avatar

      Bonjour Hallmeyer,

      Pas de problème tant que l’article t’ait plu ! 🙂

      Bonne journée,

      Louise de Generation Voyage

  3. avatar

    Superbe reportage photo ! Merci pour cette expérience partagée 🙂

    • avatar

      Bonjour Loïc,

      Merci beaucoup pour ton commentaire ! 🙂

      Je te souhaite une agréable journée,

      Louise de Generation Voyage

  4. avatar

    Merci beaucoup du partage , super de constater que malgré l’hystérie collective vous avez vécu des moments inoubliables.

    • avatar

      Merci à toi d’avoir pris le temps de me lire. ??

      Je te souhaite une belle journée,

      Camille de Generation Voyage

  5. avatar

    Bonjour Camille,
    J’ai apprécié lire ton aventure de confinement. Moi je ne peux m’aventurer ainsi, mais je l’ai ait à travers cette lecture et si j’étais plus jeune, c’est ce genre de voyage que je voudrais faire.
    Bonne continuité,
    Claire Delune

    • avatar

      Bonjour Claire,

      Contente d’avoir pu te faire un peu voyager à travers mon expérience, merci infiniment d’avoir pris le temps de me lire.

      Belle journée à toi,

      Camille de Generation Voyage

  6. avatar

    Merci infiniment d’avoir partagé ce beau voyage malgré les péripéties …. Magnifiques photos

    • avatar

      Bonjour Catherine,

      Un grand merci pour Camille, notre rédactrice !

      Je te souhaite une agréable journée,

      Louise de Generation Voyage

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