New York hors de Times Square : vivre comme les New-Yorkais

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Les New-Yorkais évitent Times Square comme on évite un embouteillage un vendredi soir. Ce n’est pas une posture : c’est du pragmatisme. La vraie ville se passe ailleurs, dans les rues de Williamsburg, les bodegas de Washington Heights, les salles de jazz minuscules du West Village. Ce guide ne liste pas des attractions. Il donne les réflexes, les quartiers et les codes pour vivre New York comme un local, dès le premier jour.

Les quartiers où vivent vraiment les New-Yorkais

Quartier de Williamsburg, Brooklyn, New York, USA

Shutterstock — Jumis

Oubliez Midtown. Pour découvrir les quartiers authentiques de New York, il faut regarder du côté de Brooklyn, du Queens, ou des zones de Manhattan que les itinéraires classiques ignorent. À Williamsburg, l’ambiance oscille entre friperies vintage sur Bedford Avenue et bars à bière artisanale qui s’animent dès 18h. Le week-end (printemps à automne), Smorgasburg transforme Domino Park en marché de créateurs culinaires. Cela se traduit par une centaine de stands, des files qui peuvent être longues en été, et des plats qu’on mange debout face à l’East River.

Fort Greene, plus au sud dans Brooklyn, a une vie culturelle portée par le BAM (Brooklyn Academy of Music). Mais aussi des rues bordées de brownstones habitées par des artistes et des enseignants. Park Slope et Carroll Gardens sont encore plus tranquilles. Ici, les gens restent 2h dans les cafés de quartier et les familles fréquentent des épiceries fines indépendantes. Dans le Queens, Astoria concentre une vie de quartier dense, grecque et moyen-orientale. Les restaurants servent jusqu’à minuit et les bars accueillent des habitués. Jackson Heights est l’un des quartiers les plus gastronomiquement divers au monde. Curry indien, empanadas argentines, et pho vietnamien, coexistent dans un rayon de trois blocs.

Côté Manhattan hors Midtown, le West Village garde ses rues pavées et ses brownstones du XIXe siècle. L’East Village et le Lower East Side fonctionnent plutôt la nuit (bars, live music, énergie brute). L’Upper West Side tourne autour de Central Park et des épiceries comme Zabar’s. Washington Heights, tout au nord, c’est New York dominicain : prix divisés par deux, bachata dans la rue le week-end, et une énergie que le reste de Manhattan a largement perdu. C’est là que se joue la vraie vie locale new-yorkaise, loin des circuits touristiques classiques.

Le petit-déjeuner, un rituel sacré

Absolute Bagels sur Broadway, New York

Crédit photo : Flickr – Maro Riofrancos

Le matin à New York ne se passe pas dans un buffet d’hôtel. Il se passe dans une bodega : une épicerie de quartier tenue par des familles immigrées (souvent yéménites ou dominicaines). Ouverte dès 5h du matin, elle se dresse à chaque coin de rue ou presque. Le bodega breakfast standard : bacon, egg and cheese sur un roll ou un bagel, café filtre dans un gobelet cartonné bleu et blanc. Le tout, pour 4 à 6 $. C’est ce que mange un livreur, un avocat et un infirmier qui finit sa nuit. Manger comme un local à New York commence là, au comptoir, en étant prêt à donner sa commande sans hésiter.

Le bagel mérite sa propre mention. Ne le faites pas griller s’il est frais du jour. C’est un signe que vous ne savez pas ce que vous faites. Allez chez un indépendant plutôt qu’une chaîne. Absolute Bagels sur Broadway (Upper West Side) ou Ess-a-Bagel font référence chez les locaux pour un bagel nature ou au cream cheese.

Russ & Daughters sur Houston Street (Lower East Side), fondé en 1914, est une institution d’un autre ordre. C’est un appetizing store, spécialisé dans le saumon fumé, l’esturgeon et le hareng, pas une bagel shop au sens strict. Les deux méritent le détour, mais pour des raisons différentes. Le week-end, le brunch est une religion locale. Attendre 45 min dehors devant un café de West Village ou de Williamsburg, c’est parfaitement normal, et les habitués le font sans s’en plaindre.

Manger à New York sans se ruiner ni se perdre

Union Square Greenmarket, New York

Crédit photo : Flickr – Erin Johnson

Le dollar slice reste l’institution de base. Une part de pizza margherita, mangée debout sur le trottoir, coûte entre 1,50 et 3 $ selon les quartiers. Joe’s Pizza sur Carmine Street à Greenwich Village est une valeur sûre pour la pâte fine et le fromage bien fondu. Sachez que l’adresse figure désormais dans tous les guides existants. Pour rester dans l’esprit local, une pizzeria sans nom dans le Bronx ou à Astoria fera souvent aussi bien avec deux fois moins de monde.

Les food carts halal « chicken over rice » sont présents partout dans Manhattan. Ils sont fréquentés par des livreurs, des costumes-cravates et des étudiants indifféremment. Une barquette coûte 7 à 9 $ et tient au corps. Il n’y a aucune raison de s’en priver. Vous souhaitez faire vos courses comme un local à New York ? Rendez-vous à l’Union Square Greenmarket (lundi, mercredi, vendredi, samedi) qui réunit des producteurs de la région. Smorgasburg à Brooklyn le week-end (de mai à octobre environ) permet de tester des plats de créateurs pour 8 à 15 $ la portion.

Le réflexe happy hour entre 16h et 19h donne accès à des bières et cocktails à moitié prix dans la majorité des bars. Sur le pourboire : 20 % au restaurant avec service à table, c’est la norme, pas une option. Au bar, comptez 1 à 2 $ par verre. Ce n’est pas négociable, et ne pas le faire fait de vous quelqu’un dont le serveur parlera à ses collègues.

Se déplacer comme eux (et pas comme les touristes)

Métro, New York

Crédit photo : Flickr – Jean Paul Margnac

Le métro d’abord. C’est le mode de transport des New-Yorkais, pas l’Uber. Le système OMNY permet de payer sans contact avec une carte bancaire ou un smartphone directement à l’entrée des tourniquets. Plus besoin de MetroCard physique ! Un trajet coûte 2,90 $. Attention aux lignes locales vs express ! Une ligne express saute des arrêts, et rater son stop dans le Bronx quand on voulait descendre à Harlem, ça arrive. Le métro fonctionne 24h/24, 7j/7, ce qui change tout par rapport à la plupart des villes européennes. C’est le premier conseil pratique que tout habitant donnerait à quelqu’un qui débarque à New York.

Le NYC Ferry mérite d’être connu. Pour le même prix qu’un ticket de métro, il relie plusieurs points entre Manhattan, Brooklyn et Queens avec une vue directe sur la skyline, sans bus de touristes. Le Citi Bike est une autre alternative. Ce vélo en libre-service est disponible à la course ou via un pass journée ou multi-jours. Il est pertinent pour longer l’Hudson ou traverser vers Brooklyn via le pont.

La marche reste le meilleur moyen de comprendre les quartiers et de sentir la texture authentique de chaque bloc. Un New-Yorkais parcourt facilement 10 à 15 km par jour. Sur le trottoir, on reste à droite, on ne s’arrête pas brusquement. Et surtout, on se range sur le côté pour regarder son téléphone. Ce n’est pas de l’impolitesse, c’est de la fluidité.

Les parcs, vraie vie sociale de la ville

Prospect Park à Brooklyn, New York

Crédit photo : Flickr – Randy Mendelsohn

Central Park existe, et il serait absurde de l’ignorer, mais il faut éviter ses zones saturées le week-end. Montez au-dessus de la 96e rue : les North Woods et les abords du Jacqueline Kennedy Reservoir sont pratiquement vides, même en haute saison. Prospect Park à Brooklyn a été dessiné par les mêmes architectes (Olmsted et Vaux). Ils considéraient d’ailleurs ce parc comme leur œuvre supérieure à Central Park, ce que tout Brooklynite vous rappellera avec une certaine fierté. Son ambiance est plus sauvage et plus locale.

Les week-ends d’été, des concerts gratuits s’y tiennent, et les pique-niques s’organisent dès le matin. C’est là que vous croiserez des New-Yorkais de Brooklyn, pas des groupes en excursion. Riverside Park longe l’Hudson sur toute la rive ouest de Manhattan. Courir, promener son chien, faire du vélo face au fleuve, c’est ce que font les habitants du West Side.

Washington Square Park à Greenwich Village fonctionne comme un salon collectif. Musiciens, joueurs d’échecs, étudiants de NYU : tout le monde cohabite autour de la fontaine centrale. Les parcs servent aussi de terrains de sport en plein air, basket, tennis, course en groupe. Cette vie extérieure est une partie essentielle de ce que New York est réellement.

Sorties, culture et vie nocturne hors des circuits

Smalls Jazz Club, New York

Crédit photo : Flickr – Berna

Pour le jazz, deux salles font référence sans tomber dans le spectacle pour touristes. Le Village Vanguard, au 178 Seventh Avenue South dans le West Village, programme des musiciens professionnels dans une salle de 123 places depuis 1935. Les sessions du soir commencent à 20h30, l’entrée tourne autour de 30 à 35 $. Le Smalls Jazz Club, à deux rues de là, propose des sessions jusqu’à 4h du matin pour une entrée à 25 $. Le stand-up comedy est une autre scène locale forte. Des open mics de l’East Village sont souvent gratuits et programment des comédiens qui n’ont pas encore leur nom dans les guides, ce qui est précisément l’intérêt.

Les speakeasies font partie du rituel nocturne new-yorkais. Please Don’t Tell (PDT) dans l’East Village se cache derrière une cabine téléphonique à l’intérieur d’un restaurant de hot-dogs. Les réservations partent en quelques minutes en ligne à partir de midi. Pour la culture hors des sentiers battus, deux musées parlent davantage aux habitants que le Met ou le MoMA. Le Tenement Museum sur Orchard Street (Lower East Side) raconte l’histoire de l’immigration à travers des appartements reconstitués et des visites guidées à une vingtaine de dollars. C’est ce qui explique pourquoi New York est New York.

La Frick Collection propose un rapport à l’art plus intime, dans l’ancienne résidence d’un industriel. Notez qu’après plusieurs années de travaux et un passage temporaire à la Frick Madison sur la 75e rue, la collection est revenue progressivement dans sa maison d’origine sur la 70e rue. Vérifiez les horaires d’ouverture avant de vous déplacer, la situation évolue encore.

Les codes non écrits de la ville

Dans le métro : laissez descendre avant de monter. Ne posez pas votre sac sur le siège voisin aux heures de pointe et regardez droit devant vous. Le contact visuel prolongé avec un inconnu n’est pas la norme ici, et personne n’y verra une marque de froideur. Sur le trottoir, la règle est simple : marchez vite et restez à droite. Ne vous arrêtez jamais au milieu du flux pour consulter votre téléphone ou prendre une photo. Bloquer l’entrée d’un couloir de métro avec un bagage est la façon la plus sûre de devenir impopulaire en 10 sec.

Les New-Yorkais ne sont pas froids : ils sont occupés. Si vous tenez une porte, on vous dit merci. Si vous demandez votre chemin, on vous répond avec précision et souvent avec un détail en plus. La ville est plus humaine qu’elle n’en a l’air depuis le carrefour de Times Square. Et loger dans un quartier résidentiel, que ce soit à Fort Greene, à Astoria ou dans l’East Village, change radicalement le registre du séjour. C’est là que la différence entre « visiter New York » et « vivre à New York comme un local » devient concrète.

Que vous commenciez par un bodega breakfast à Washington Heights ou une session de jazz au Village Vanguard, New York hors de Times Square se découvre quartier par quartier, à pied, en métro, sans itinéraire figé.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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