Journées du patrimoine : l’app exod transforme vos pas en dons
En France, des milliers d’églises, de lavoirs, de moulins et de chapelles se dégradent faute de moyens. Pendant ce temps, nous marchons en moyenne plusieurs milliers de pas par jour sans que ça serve à rien d’autre qu’à nous. Une application française née à Montpellier a décidé de relier les deux. Elle s’appelle exod, elle est gratuite, et son principe tient en une phrase : vous marchez, et à la fin du mois c’est exod qui verse un don réel au projet de patrimoine choisi par les marcheurs de votre région.
Lancée à Montpellier, puis étendue à l’Occitanie, l’application est ouverte à toute la France depuis la mi-août 2026. Elle recense aujourd’hui plus de 20 000 lieux à découvrir et 74 projets patrimoniaux soumis à la communauté.
Le patrimoine que personne ne visite est celui qui disparaît le premier
Quand on parle de patrimoine en danger, on pense aux grands monuments. Ce ne sont pourtant pas eux qui posent problème. Les cathédrales et les châteaux classés attirent des visiteurs, des subventions et des mécènes.
Le patrimoine réellement menacé, c’est celui qui se trouve à vingt minutes de chez vous et que vous n’avez jamais visité : une chapelle romane fermée depuis dix ans, un lavoir communal envahi, un clocher qu’une commune de 400 habitants ne peut pas restaurer sur son budget annuel. Il n’y a pas de billetterie, pas de gardien, pas de photo Instagram. Il y a un devis, et une mairie qui ne peut pas le payer.
C’est exactement sur ce segment qu’exod s’est positionné, et le constat de départ est le même pour tout le monde. « On passe tous devant des lieux sans les voir. Une chapelle, un lavoir, une vieille halle : on passe devant toute sa vie sans jamais savoir ce qui s’y est passé, qui les a construits, pourquoi ils sont là », explique Eric Gérardin, cofondateur et CEO de l’application. « Et pendant ce temps, ce patrimoine disparaît petit à petit, sans que personne ne s’en rende compte. » La charte du patrimoine de l’application résume la conviction en une ligne : le patrimoine ne meurt pas faute d’argent d’abord, il meurt faute d’attention.
L’autre moitié de l’idée tient à un geste que personne n’a besoin d’apprendre : marcher est « la seule chose que tout le monde fait déjà, tous les jours, et que n’importe quel téléphone ou montre sait compter sans qu’on ait rien à installer ».
Le principe : quatre étapes, aucun paiement obligatoire

Une utilisatrice de l’application exod
La mécanique est volontairement simple, et elle se répète chaque mois.
1. Les marcheurs votent pour un projet de leur région. Chaque mois, une sélection de lieux de patrimoine en danger est soumise au vote des marcheurs d’une même région. Un seul lieu est retenu, pour que le montant versé compte vraiment plutôt que d’être saupoudré. Tout se passe dans l’application : les projets en lice de votre région y sont présentés, documentés, et c’est là que vous votez.
2. Vous marchez comme d’habitude. L’application compte vos pas via le podomètre déjà présent dans votre téléphone. Chaque pas génère des Oboles, la monnaie interne du jeu, qui s’accumulent dans votre solde.
3. Vous versez vos Oboles dans le trésor commun. Chaque soir, vous décidez de verser tout ou partie de vos Oboles dans le trésor commun de votre région. Ce trésor se remplit pendant tout le mois.
4. La Révélation, à la clôture de la collecte. À la fin du mois, le lieu retenu par le vote est révélé publiquement et le montant est annoncé. exod verse alors un don réel au porteur du projet : une association, une fondation, une commune ou un artisan identifié. L’avancement des travaux est ensuite documenté en photos.
Le mois suivant, nouveau vote, nouveau lieu. Un seul, jamais plus.
Autour de cette mécanique, l’application ajoute une couche de jeu et d’exploration : les monuments, lieux historiques et particularités locales autour de vous apparaissent au fil de vos déplacements, avec des collections à compléter et des défis à relever.
Et qui paie, au juste ?
C’est la première question que n’importe quel utilisateur d’exod peut se poser, et elle est légitime. « Le marcheur peut agir sans rien sortir de sa poche », répond Eric Gérardin. « Nous ne collectons rien auprès du public. C’est exod qui signe le chèque au porteur de projet, en tant qu’entreprise mécène. » Ce que le marcheur apporte, résume-t-il, c’est « son temps, sa passion pour le patrimoine et ses pas. C’est déjà beaucoup ».
Concrètement, l’application se finance sur plusieurs sources : publicité volontaire, achats optionnels dans l’application, partenariats avec des marques et des acteurs du tourisme, et affiliation. Une partie de ces revenus alimente les sommes reversées aux projets. Marcher, explorer et contribuer restent gratuits : il n’y a ni abonnement, ni frais d’entrée, ni obligation d’acheter quoi que ce soit pour participer à la collecte.
Cette distinction n’est pas cosmétique. Elle change le statut juridique de l’opération : le public ne donne pas, c’est l’entreprise qui verse. Et elle change ce que l’utilisateur peut attendre en retour, à savoir un usage gratuit et un don qui ne dépend pas de sa carte bancaire, mais du nombre de marcheurs.
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Ce que ça change concrètement quand on voyage
C’est là que l’application devient intéressante au-delà du geste symbolique, et qu’elle rejoint une tendance de fond du voyage de proximité.
Elle donne une raison de marcher là où vous êtes déjà. Un week-end en ville, deux jours dans les Cévennes, une semaine chez vos parents en province : les pas comptent partout en France, sans zone privilégiée. Marcher devient l’activité, pas le trajet subi entre deux activités.
Elle vous fait découvrir des lieux que vous n’auriez jamais cherchés. L’application recense aussi le patrimoine autour de vous, où que vous soyez en France : la chapelle au bout du chemin, le lavoir à la sortie du village, l’ancienne halle qu’on traverse sans lever les yeux. Chaque lieu est documenté, et un week-end ailleurs devient l’occasion de repérer ce qu’il y a à voir à deux rues de son hébergement. On y apprend plus sur une région qu’en trois visites guidées.
Elle transforme un trajet quotidien en engagement sans effort supplémentaire. C’est probablement l’argument le plus honnête à retenir : ce n’est pas équivalent à du bénévolat de terrain ni à un don direct. C’est un complément pour les gens qui n’ont pas le temps mais qui aimeraient que quelque chose se passe.
À l’approche des Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre, dont l’un des deux thèmes officiels est cette année « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer », le calendrier tombe plutôt bien. Les Journées durent deux jours ; la question que pose exod est celle du 21 septembre et des jours suivants.
Un premier cycle déjà bouclé, et 100 millions de pas
L’application n’en est plus au stade de la promesse. En moins de 25 jours après l’ouverture nationale, les marcheurs avaient déjà cumulé plus de 100 millions de pas. Le premier cycle complet s’est refermé fin août 2026.
Le lieu retenu par le vote : l’église Sainte-Marie-Madeleine de Saint-Salvadou, village de la commune du Bas Ségala, en Aveyron. Cette église néogothique aux dimensions inhabituelles pour le secteur est surnommée localement la « cathédrale du Ségala ». Le 15 août 2026, en pleine nuit d’orage, la foudre a frappé son clocher de 41 mètres. L’incendie a ravagé la partie haute de l’édifice et la flèche s’est effondrée sur la toiture. À l’intérieur, les voûtes ont tenu, mais les poutres sous le clocher ont brûlé et les cloches ont dû être descendues.
Un cas d’école du patrimoine rural qui bascule d’un coup, dans une commune qui n’a pas les moyens d’absorber un sinistre de cette ampleur. « Le Bas Ségala résume tout ce qu’on voulait montrer : une commune qui n’avait rien demandé, un orage, et une flèche à terre du jour au lendemain. Personne n’a de ligne budgétaire pour ça », souligne Eric Gérardin, qui retient aussi de ce premier mois une mobilisation obtenue « sans qu’on ait rien demandé non plus ».
À la clôture de la collecte, le montant a été annoncé : 708 euros versés à la commune pour contribuer à la reconstruction. Personne, chez exod, ne prétend que cette somme reconstruit un clocher. Restaurer une église de cette ampleur « se chiffre entre 1,5 et 3 millions d’euros », rappelle d’ailleurs le fondateur. C’est précisément ce qui explique le parti pris du lieu unique : « À cette échelle, si vous répartissez la collecte d’un mois sur vingt projets, vous n’avez financé aucun chantier, vous avez fait vingt gestes symboliques. Nous préférons un lieu, un don, et des travaux qui avancent pour de bon. »
Reste que le montant d’un premier mois dit surtout une chose : tout dépend du nombre de marcheurs. C’est la variable, et c’est assumé comme telle.
exod en pratique
Combien ça coûte ? Rien pour marcher, explorer et contribuer. Il existe des achats optionnels dans l’application, mais aucun abonnement et aucune obligation de payer pour participer aux collectes.
Sur quels téléphones ? iOS et Android.
Est-ce que ça vide la batterie ? L’application s’appuie sur le podomètre natif du téléphone, celui qui tourne déjà en permanence, et non sur un suivi GPS continu.
Est-ce que ça fonctionne partout en France ? Oui. Le comptage des pas est national, et même international. C’est le vote et le trésor commun qui sont organisés par région. Un classement des régions qui marchent le plus pour le patrimoine est d’ailleurs public.
Est-ce que je choisis moi-même le monument ? Non, et c’est un parti pris assumé. Vous votez depuis l’application, les marcheurs de votre région votent aussi, et un seul lieu est retenu. L’idée est qu’un montant concentré sur un projet produit un effet réel, là où un montant réparti sur vingt projets ne finance rien du tout.
Reste la question de l’échelle. « L’objectif des prochains mois, c’est d’avoir assez de marcheurs dans chaque région pour qu’un lieu soit sauvé partout en France, tous les mois », indique le fondateur. « Plus on est nombreux à marcher, plus le montant du don monte. C’est la seule règle. » Après la France, l’application vise les visiteurs étrangers, puis d’autres pays.
