Le cassoulet : Castelnaudary, Carcassonne ou Toulouse ? On a tranché

Cassoulet, spécialité culinaire française
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En 1929, Prosper Montagné définit le cassoulet comme une trinité : Castelnaudary est le Père, Carcassonne le Fils, Toulouse le Saint-Esprit. Près d’un siècle plus tard, le débat n’a pas bougé d’un millimètre. Chaque ville revendique sa légitimité, ses ingrédients, parfois son ego. Voici ce qui différencie vraiment le cassoulet de Castelnaudary, de Carcassonne et de Toulouse, et lequel mérite de finir dans votre assiette.

La légende de Castelnaudary : des fèves, des soldats, et un Lauragais à reconquérir

Le Cassoulet de Castelnaudary

Crédit photo : Wikimédia – Diru

La version fondatrice du cassoulet remonte à la guerre de Cent Ans. Les habitants de Castelnaudary, assiégés par les Anglais, rassemblent ce qu’il reste dans la ville : des fèves sèches, des viandes de toutes sortes. Le plat qui en résulte nourrit suffisamment les troupes pour repousser l’ennemi et libérer le Lauragais. Cela reste une légende, pas un document d’archives.

Ce qui est plus solide historiquement, c’est l’évolution de la recette. Les fèves sèches d’origine ont été remplacées par les haricots lingots ou tarbais, importés d’Amérique du Sud par les explorateurs espagnols après le XVIe siècle. Cette substitution est précisément ce qui donne naissance au cassoulet tel qu’on le connaît aujourd’hui. Sans les Amériques, pas de cassoulet.

Castelnaudary : les ingrédients, la cassole, et pourquoi c’est le point de départ

Cassoulet de Castelnaudary

Crédit photo : Flickr – L.S.Photos

La recette chaurienne est la plus sobre des trois. Elle repose sur :

  • des haricots lingots du Lauragais, cultivés localement
  • du confit de canard ou d’oie, préalablement cuit dans sa graisse
  • du jarret de porc, de la couenne dégraissée qui tapisse le fond de la cassole et lie le plat à la cuisson
  • une saucisse fraîche pur porc locale, dite saucisse chaurienne, coupée en morceaux (pas de saucisse de Toulouse dans la cassole chaurienne)
  • un bouillon long, infusé aux os de porc, à la carcasse de volaille, à l’ail, aux oignons, aux carottes et au bouquet garni

La « cassole » est un plat en terre cuite fabriqué à Issel, à une vingtaine de kilomètres de Castelnaudary. C’est elle qui donne son nom au plat. Il ne s’agit pas d’un détail anecdotique ! La forme tronconique et évasée du récipient influence la cuisson, l’évaporation et la formation de la croûte. Cette dernière se constitue naturellement grâce à la gélatine des couennes et au bouillon, sans chapelure.

Les défenseurs de Castelnaudary ont un argument simple. Au XIXe siècle, les paysans du Lauragais vivaient en autarcie complète. Tous les ingrédients du cassoulet de Castelnaudary étaient disponibles sur place. Toulouse et Carcassonne ont adapté une recette qui existait déjà ici. C’est d’ailleurs la Grande Confrérie du Cassoulet de Castelnaudary qui garantit et inspecte aujourd’hui la recette authentique. Elle continuer de la faire rayonner partout dans le monde.

Carcassonne : le mouton, la perdrix, et pourquoi ce cassoulet reste méconnu

Cassoulet de Carcassonne

Crédit photo : Wikimédia – BrokenSphere

La recette de Carcassonne part de la même base que celle de Castelnaudary. Mais elle introduit un ingrédient qui change la donne : du mouton, collier ou poitrine, qui apporte une saveur plus marquée et une texture différente. Historiquement, on y trouvait aussi de la perdrix rouge, gibier typique des garrigues de l’Aude. Ou alors, du faisan selon la saison et ce que la chasse avait donné.

Mais soyons clairs : la perdrix est aujourd’hui quasi introuvable sur les cartes des restaurants de Carcassonne, même en hiver. Définir le cassoulet de Carcassonne uniquement par la perdrix rouge, c’est vendre une illusion. La vraie signature de cette version, c’est le mouton.

La version est plus rustique, marquée par les saveurs du terroir. Elle est aussi beaucoup plus confidentielle que les deux autres, ce qui explique que beaucoup de Français ne connaissent pas le cassoulet de Carcassonne. Si vous tombez sur un cassoulet « de Carcassonne à la perdrix » sur une carte en juillet, posez des questions avant de commander.

Toulouse : les haricots tarbais, la saucisse, et la chapelure qui divise

Cassoulet au Confit de Canard

Crédit photo : Wikimédia – ZhengZhou

La recette toulousaine est la plus riche des trois et la plus débattue. Elle utilise :

  • des haricots tarbais (plus fondants et plus crémeux que les lingots du Lauragais)
  • de la cuisse de canard confite
  • de la saucisse de Toulouse, pièce maîtresse indiscutée, reconnaissable à sa forme de grande brasse continue
  • des morceaux de porc, des oignons cloutés de girofle, de l’ail, des carottes
  • parfois de la chapelure pour gratiner

C’est précisément la chapelure qui fait hurler les puristes de Castelnaudary. Sur la tomate, le purisme toulousain rejoint d’ailleurs celui de Castelnaudary. Les recettes sérieuses l’excluent, même si quelques vieilles versions toléraient une cuillère de concentré pour la couleur. Toulouse est aussi la ville qui a le plus exporté et popularisé le plat, ce que ses rivales lui reprochent autant qu’elles lui envient. La saucisse de Toulouse, elle, ne fait l’objet d’aucune contestation. C’est l’ingrédient qui porte le mieux la signature de la ville dans le cassoulet toulousain.

Chapelure, tomate, bouillon : ce sur quoi tout le monde se dispute (et ce sur quoi personne ne s’oppose)

Le Cassoulet de Carcassone

Crédit photo : Wikimédia – Juan Emilio Prades Bel

Le fond du désaccord entre les trois versions du cassoulet se concentre sur deux points précis. La chapelure d’abord : Toulouse en met, Castelnaudary la refuse catégoriquement. Elle forme une croûte dorée, c’est indéniable, mais elle change la texture du plat et absorbe le gras différemment. Pour les puristes chauriens, c’est une altération, pas une amélioration. La tomate ensuite : même logique, même rejet du côté de Castelnaudary et Carcassonne, et des vraies tables toulousaines.

Sur un point, en revanche, les cuisiniers sérieux des trois villes s’accordent : le bouillon est le vrai secret du cassoulet. Sa richesse, sa longueur de cuisson, la qualité des os et des aromates qui l’infusent, c’est là que tout se joue. Et puis il y a une règle que personne ne conteste : un bon cassoulet ne se mange jamais le jour même. Il faut au minimum une nuit de repos, idéalement deux jours. Le plat se bonifie en reposant. C’est valable pour les trois versions.

Castelnaudary, Carcassonne ou Toulouse : on tranche

Grande Confrerie du Cassoulet de Castelnaudary

Crédit photo : Wikimédia – APB11

Voici notre verdict, sans ambiguïté :

  • Vous voulez l’original historique et la version la plus sobre ? Allez à Castelnaudary. Les arguments historiques tiennent, la recette est la plus cohérente avec les origines du cassoulet. Prosper Montagné lui-même lui accorde la primauté de « Père » dans sa trinité.
  • Vous voulez quelque chose d’ancré dans le terroir du Sud-Ouest ? Choisissez Carcassonne, mais dans un restaurant qui travaille vraiment le mouton et qui ne vous vend pas une perdrix introuvable hors saison. En dehors des adresses sérieuses, passez votre chemin.
  • Vous êtes à Toulouse et vous voulez manger un cassoulet généreux avec une belle saucisse ? Toulouse fait très bien le travail. Mais évitez les brasseries touristiques autour du Capitole : le cassoulet industriel y est servi chaud du jour et réchauffé à la va-vite. Demandez si le plat a reposé.

Notre verdict éditorial : Castelnaudary remporte le titre de l’original. Toulouse remporte celui de la popularité. Carcassonne mérite nettement plus d’attention qu’elle n’en reçoit.

Le vin qui tient la distance face au cassoulet

Vin Corbières

Crédit photo : Wikimédia – iamericat

Un cassoulet appelle un rouge du coin, tannique et solide. Trois appellations à retenir, toutes produites à proximité des trois villes :

  • Cabardès : une AOP produite littéralement entre Castelnaudary et Carcassonne, des rouges structurés à base de grenache, syrah et cabernet. L’accord géographique le plus logique qui soit
  • Malepère : autre AOP du couloir audois, légèrement plus souple, dominée par le merlot et le cabernet franc. Une option sérieuse si vous préférez un vin un peu moins imposant
  • Corbières : plus accessible en prix, avec une belle profondeur aromatique, produit dans l’Aude à 1h de route de Castelnaudary

Évitez les vins trop légers ou trop fruités. Ils disparaissent au contact du gras et des épices du cassoulet avant même le deuxième verre. Les blancs fonctionnent si vous cherchez le contraste, mais ce n’est pas la direction naturelle du plat.

Que ce soit à Castelnaudary avec ses lingots du Lauragais, à Carcassonne avec son mouton du terroir, ou à Toulouse avec ses haricots tarbais, le cassoulet se choisit, se planifie, et s’accompagne d’un Cabardès ou d’un Corbières.

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Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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