Rome loin du Colisée : le quotidien romain, quartier par quartier

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Rome reçoit plus de 35 millions de visiteurs par an, et la quasi-totalité se concentre dans un périmètre de 2 km autour du Colisée. Le résultat : des files d’attente, des prix gonflés, et une ville figée en décor. Mais Rome existe en dehors de ce périmètre. Elle a ses quartiers authentiques, ses marchés du matin, ses bars où personne ne parle anglais. Ce guide ne cherche pas à fuir les touristes par principe. Il cherche à montrer à quoi ressemble la ville quand elle vit et comment explorer Rome comme un local, loin des sentiers battus.

Testaccio, le quartier le plus romain de Rome

Entrée du marché de Testaccio à Rome, Italie

Shutterstock : Rarrarorro

Testaccio se trouve à 15 min à pied du Colisée, mais l’atmosphère n’a rien à voir. C’est un ancien quartier ouvrier, construit autour des abattoirs de la ville au XIXe siècle. Les familles y vivent depuis plusieurs générations, et ça se sent. Le Mercato di Testaccio, marché couvert ouvert du lundi au samedi jusqu’à 14h environ, est le meilleur endroit pour déjeuner sous 10 € : supplì frits, sandwichs alla coda (à base de queue de bœuf braisée), trippa. Ce n’est pas un marché pour touristes, c’est le marché local du quartier, l’un des plus représentatifs de Rome.

Le matin, les bars ressemblent à des scènes de village. Les gens se connaissent, commandent sans regarder la carte, et repartent en 2 min. Accédez-y facilement à pied depuis le Circo Massimo (métro ligne B) ou en bus depuis le centre. Si on devait choisir un seul quartier pour comprendre localement ce que Rome est en dehors des circuits touristiques, ce serait celui-là. Attention : les stands du marché ferment tôt, n’y allez pas après 13h30 en espérant trouver tout ouvert.

Garbatella, architecture et silence

Vue aérienne du quartier historique de Garbatella à Rome, Italie

Shutterstock : Stefano Tammaro

Garbatella est accessible directement en métro ligne B, station Garbatella. Le quartier a été conçu dans les années 1920 comme cité-jardin ouvrière, dans un contexte de construction publique de masse sous l’ère fasciste. Vous tomberez sur des ruelles en pente, des placettes fleuries, des immeubles aux façades colorées, du linge aux balcons. L’ensemble est cohérent architecturalement d’une façon que peu de quartiers romains peuvent revendiquer. Prévoyez une demi-journée à pied. Il n’y a rien à « faire » au sens touristique, et c’est précisément pour ça que ça vaut le déplacement.

Le quartier a servi de décor à plusieurs films et séries italiennes populaires, ce qui lui donne une identité forte pour les Italiens eux-mêmes. On s’assoit sur une marche, on observe, on marche. Quasi aucun touriste, pas de boutiques de souvenirs, pas de menu en plusieurs langues. C’est une parenthèse calme dans une ville qui ne l’est pas souvent, et l’un des rares quartiers de Rome à conserver un visage local. Notre recommandation : allez-y en matinée, quand les habitants font leurs courses et que la lumière passe entre les ruelles.

Pigneto, la soirée hors carte postale

Pigneto, Rome

Crédit photo : Flickr – Elena Alabiso

Pigneto se trouve à l’est de Rome, à 20 min à pied de Termini ou accessible en tram (lignes 5 et 14). C’est devenu depuis les années 2000 le quartier de la vie nocturne alternative. Il concentre bars avec terrasses sur rue, street art sur les murs, mélange d’étudiants, d’artistes et de familles du coin. Les restaurants y sont régulièrement meilleurs et moins chers qu’en centre historique, avec des additions souvent 30 à 40 % inférieures pour une qualité comparable.

Soyez lucides sur un point : Pigneto a changé vite. L’axe central de via del Pigneto ressemble par endroits à un couloir d’aperitivo pour jeunes expatriés et touristes « alternatifs ». Le vrai quotidien du quartier se trouve dans les rues perpendiculaires, pas sur l’artère principale. Le filtre le plus fiable reste le menu : s’il est en trois langues et plastifié, passez votre chemin. Allez-y en fin d’après-midi pour l’aperitivo, restez pour dîner. C’est là que Rome ressemble davantage à la vie locale qu’elle est au quotidien qu’à l’image qu’elle renvoie aux visiteurs.

Le rythme d’une journée romaine

Petit-déjeuner au comptoir à la romaine, Rome

Crédit photo : Flickr – gizzle

Commencez par le bar du matin. Debout au comptoir, commandez un caffè et cornetto pour moins de 2 €. S’asseoir à une table peut faire monter l’addition de 50 à 100 %. Ici, le service assis est souvent tarifé séparément, parfois sans que ce soit affiché. Les Romains ne s’attardent pas au petit-déjeuner, c’est un rituel rapide, presque mécanique. Vers 13h, les trattorie de quartier servent le pranzo di lavoro : entrée, plat, eau, pain, parfois un verre de vin, entre 10 et 14 €. C’est là que déjeunent les employés de bureau, pas les touristes. Vivre la vie locale et quotidienne à Rome commence là, au comptoir, pas devant un monument.

L’après-midi ralentit. Certains commerces ferment encore entre 13h30 et 16h, surtout hors du centre. Les parcs se remplissent. Il ne se passe pas grand-chose, et c’est très bien. L’aperitivo commence vers 19h : spritz, Negroni ou vin, avec des olives et quelques bouchées. Le dîner démarre rarement avant 20h30. Si vous arrivez dans une trattoria à 19h, vous serez seul ou presque, et le personnel vous regardera avec une légère perplexité.

Les marchés, pour voir Rome se ravitailler

Mercato Trionfale, Rome

Crédit photo : Flickr – CanadaGood Gregory Melle

Trois marchés valent le détour, chacun pour une raison différente. Le Mercato Trionfale, via Andrea Doria dans le quartier Trionfale (limitrophe de Prati, côté Vatican), est l’un des plus grands marchés couverts de Rome. Il expose fruits, légumes, poissons, fromages. Ouvert du lundi au samedi le matin, il est très fréquenté par les habitants du quartier. Rien de spectaculaire, juste la ville qui fait ses courses. Le Mercato di Testaccio, déjà cité, reste notre préféré pour manger sur le pouce à moins de 10 €. Il s’agit du marché local le plus représentatif du quotidien des habitants de Rome.

Porta Portese se classe dans une autre marché aux puces du dimanche matin à Trastevere est immense, chaotique, et très romain. Au choix : vêtements d’occasion, vinyles, bric-à-brac, antiquités douteuses. Arrivez avant 9h pour les meilleures trouvailles et moins de monde. Avertissement utile : c’est l’un des endroits de Rome où les pickpockets travaillent le plus activement. Gardez vos affaires devant vous, pas dans un sac à dos.

Les parcs, où les Romains respirent

Villa Ada, Rome

Crédit photo : Flickr – Giorgio Rodano

La plupart des visiteurs restent entre Villa Borghèse et les jardins du Pincio. C’est compréhensible, mais il existe deux alternatives nettement moins fréquentées pour qui cherche à explorer Rome localement, hors des sentiers battus. Villa Ada, au nord, est un parc immense et peu aménagé : joggeurs, chiens en liberté, familles en pique-nique, mare avec des canards. Accessible en bus, il n’y a rien de spectaculaire à y voir, c’est une vraie pause de verdure urbaine loin des circuits.

Le Parco della Caffarella, au sud-est en bordure de la Via Appia Antica, est encore moins connu. Des moutons paissent en liberté dans les espaces verts, des ruines romaines apparaissent dans l’herbe sans panneau ni clôture. Combinez-le avec la Via Appia Antica le dimanche : la route est fermée aux voitures ce jour-là, les Romains la parcourent à vélo ou à pied, et des loueurs de vélos s’installent sur place. C’est l’une des façons les plus agréables de passer un dimanche matin dans cette ville.

Quelques réflexes pour ne pas se trahir

Dans un bar, demandez si on paie avant ou après en commandant : les habitudes varient selon les établissements. Ne commandez pas de cappuccino après 11h si vous voulez passer inaperçu. Ce n’est pas une règle inventée par les guides, c’est simplement ce que les Romains ne font jamais. Le cappuccino est un café du matin, point ! Pour traverser la ville de Rome comme un local, prenez le bus ou le tram plutôt que le métro. Vous verrez Rome défiler, pas des couloirs souterrains.

Le ticket BIT à 1,50 € est valable 100 min sur tous les modes de transport en commun, correspondances comprises. Validez-le une seule fois au premier embarquement. Tenter de le composter à nouveau dans un second véhicule déclenchera une erreur de la machine, voire une amende au contrôle. Entrez dans une boutique ou un bar en saluant : « Buongiorno » le matin, « Buonasera » à partir de 16h-17h. Ce n’est pas du folklore, c’est de la politesse locale de base. Ne pas le faire, ça se remarque davantage que l’accent.

De Testaccio à Garbatella, des marchés de Porta Portese aux aperitivos de Pigneto : sortez des incontournables et découvrez le rythme local de Rome.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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