Corfou côté habitants : là où va la vraie vie de l’île

Corfou côté habitants : là où va la vraie vie de l’île

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Corfou reçoit chaque année plus de 650 000 croisiéristes, dont la grande majorité ne quitte pas la vieille ville pendant les quelques heures d’escale. Résultat : une poignée de rues sont saturées, et le reste de l’île vit à un autre rythme, celui de ses 100 000 habitants permanents. Pour découvrir la vraie vie locale à Corfou hors du tourisme de masse, voici où les trouver, et comment s’y glisser sans forcer.

Le Campiello, le seul quartier de la vieille ville qui vit vraiment

Bâtiments historiques dans le quartier historique du Campiello à Corfou

Shutterstock – P.Brunclik

Le Campiello forme le cœur résidentiel de la vieille ville de Corfou. Les habitants appellent ses ruelles les kantounia. Elles restent trop étroites pour accueillir les groupes de croisière. Du linge sèche entre les fenêtres. Des enfants jouent sur les petites places. Des grands-mères discutent sur le pas de leur porte. À quelques mètres, la Liston et son esplanade attirent une foule continue. Ici, l’ambiance change complètement. Le dialecte corfiote conserve des mots directement hérités du vénitien. « Stráta » désigne la rue, « káza » désigne la maison. Ces termes rappellent les quatre siècles de domination de la République de Venise.

Après 18 h, les autocars repartent vers le port de croisière. Le quartier retrouve alors son calme. Profitez-en pour flâner sans itinéraire précis. La matinée offre aussi de bonnes conditions de visite. En revanche, entre 10 h et 17 h en juillet et en août, le Campiello subit lui aussi l’affluence touristique. Oubliez les circuits organisés et laissez-vous guider par les ruelles. Les habitants ont façonné ce quartier pour leur quotidien, pas pour les visiteurs. Vous découvrirez ainsi l’un des derniers secteurs de Corfou-ville où la vie locale reste bien présente.

La volta de Garitsa, le rituel du soir corfiote

Baie de Garitsa, Corfou

Crédit photo : Flickr -Radek Kucharski

Les Grecs pratiquent la volta, une promenade rituelle en fin de journée. À Corfou, les habitants se retrouvent le long de la baie de Garitsa. Ils marchent ensuite jusqu’au quartier d’Anemomylos. Ce n’est pas sur la Spianada bondée que les familles corfiotes viennent marcher, c’est ici. Les cafés, les glaciers et les terrasses bordent la promenade. Aucun commerce ne cherche à divertir les touristes. Les restaurants de quartier accueillent surtout une clientèle fidèle. Certains ne proposent même pas de carte en anglais.

Vous profiterez davantage de cette tradition en mai, en juin ou en septembre. Le tourisme laisse alors plus de place à la vie locale à Corfou. En août, le quartier reste malgré tout plus agréable que le centre historique. L’ambiance perd toutefois une partie de son authenticité pendant les pics d’affluence. Comptez environ 1h pour rejoindre le vieux moulin à vent d’Anemomylos et revenir. Les Vénitiens ont construit ce moulin, qui a ensuite donné son nom au quartier.

Les villages de l’arrière-pays : Agios Mattheos, Sinarades, Chlomos

Village de Sinarádes à Corfou

Shutterstock –

Ces trois villages du centre-sud de Corfou vivent toute l’année sans dépendre du tourisme. À Agios Mattheos, les habitants occupent le kafeneio central du matin au soir. Ils jouent au tavli (backgammon) pendant des heures. Les producteurs locaux continuent aussi de faire vivre la filière de l’huile d’olive.

À Sinarades, des habitants gèrent un petit musée folklorique. Ils y conservent des objets du quotidien corfiote des XIXe et XXe siècles. Le village a également préservé son architecture médiévale. Plus au sud, Chlomos domine les collines et la mer. Ses ruelles restent trop étroites pour laisser circuler les voitures. Vous pourrez seulement stationner à l’entrée du village. Aucun de ces trois villages ne propose de menu en anglais ni de signalétique bilingue.

C’est justement ce qui rend ces villages intéressants. Vous découvrirez une vie rurale encore intacte. Aucun décor n’a été pensé pour les visiteurs. Louez une voiture pour explorer cette partie de l’île. Les transports en commun desservent très mal l’intérieur de Corfou. Depuis Corfou-ville, comptez entre 30 et 45 min de route jusqu’à Chlomos ou Agios Mattheos selon le trafic.

Lefkimmi, la ville que les touristes ne voient jamais

Lefkimmi, Corfou

Crédit photo : Wikimédia -Florival fr

Lefkimmi est la deuxième ville de Corfou par la population. Pourtant, la plupart des guides touristiques l’ignorent complètement. Un canal traverse le centre-ville. Des bateaux de pêche y restent amarrés toute l’année. Des ponts en pierre relient les deux rives. Les habitants n’ont pas transformé les maisons pour attirer les visiteurs. La ville fonctionne toute l’année avec ses commerces, ses cafés, son marché hebdomadaire. Vous pourrez aussi goûter plusieurs spécialités locales dans les tavernes du centre.

Commandez un bourdeto, un ragoût de poisson épicé à la tomate. Essayez également la pastitsada, un coq mijoté servi avec de larges pâtes. Les restaurants travaillent surtout pour les habitants. Beaucoup ne proposent ni photos ni menus traduits. Soyons clairs : Lefkimmi ne cherche pas à impressionner les touristes. Vous ne trouverez ni monument majeur ni plage accessible à pied depuis le centre. L’intérêt du lieu repose ailleurs. Vous découvrirez une vraie ville grecque du sud, loin du tourisme de masse. Louez une voiture pour rejoindre facilement Lefkimmi depuis le nord ou le centre de l’île.

Les panigyria : fêtes de village ouvertes à tous

Panigyria

Shutterstock – Ververidis Vasilis

Les panigyria célèbrent le saint patron d’un village selon la tradition orthodoxe. Les habitants transforment ensuite cette fête religieuse en grand repas collectif. Ils installent des tables dans les rues, servent des grillades, du vin local et accueillent des musiciens. Les danseurs enchaînent les pas du syrtos. Ces événements sont ouverts à tous, sans invitation ni entrée payante. Chaque village célèbre sa propre fête entre juin et la mi-août. Le calendrier liturgique orthodoxe fixe les dates.

Les habitants honorent aussi Saint-Spyridon, le saint patron de Corfou, quatre fois par an. Ils organisent alors une procession des reliques dans la vieille ville. Les célébrations ont lieu le dimanche des Rameaux, le Samedi saint, le 11 août et le premier dimanche de novembre. Vous trouverez difficilement un calendrier complet en ligne. Mieux vaut demander conseil à un local qu’à la réception de votre hôtel à Corfou. Un séjour de 10 jours en juillet ou en août permet souvent d’assister à plusieurs panigyria. Acceptez une invitation à vous asseoir : ce geste fait pleinement partie de la tradition d’accueil corfiote.

Le marché de la rue Desylla et les produits locaux

variété de fruits tropicaux frais sur un marché de Corfou

Shutterstock – Pranav Kukreja

Le marché (laiki) anime la rue Desylla, derrière la Nouvelle Forteresse de Corfou. Les habitants y font leurs courses, loin des supermarchés des quartiers touristiques. Les producteurs vendent le poisson du jour, les oranges et les citrons de Corfou, les olives et les légumes de saison. Les commerçants échangent principalement en grec. Le rythme reste soutenu tout au long de la matinée.

Repérez surtout le noumboulo. Il s’agit d’une charcuterie locale fumée au romarin et aux baies de genévrier, unique en Grèce. Goûtez aussi la liqueur de kumquat. Les Britanniques ont introduit cet agrume au XIXᵉ siècle. Il est devenu l’un des emblèmes de Corfou. L’huile d’olive locale mérite également votre attention à Corfou. Les oliveraies couvrent près de 30 % de l’île, héritage direct de la politique agricole de la République de Venise.

Le marché ouvre uniquement le matin en semaine. Arrivez avant 10 h pendant la haute saison, les meilleurs étals se vident rapidement. N’attendez pas un marché conçu pour les visiteurs. Les habitants viennent avant tout s’y approvisionner. C’est justement ce qui fait tout son intérêt.

Les plages des locaux : loin des transats

Le lac Korission

Crédit photo : Shutterstock – Simon Dannhauer

Les Corfiotes ne vont pas à Sidari ou Glyfada en août. Ils fréquentent des spots moins accessibles, moins équipés, et beaucoup moins chargés. Agios Georgios Pagon, au nord-ouest, reste une grande plage peu aménagée. Les familles locales viennent en semaine tôt le matin ou hors saison, même si les touristes européens l’ont découverte depuis plusieurs années.

Erimitis, au nord-est, est une zone côtière sauvage accessible par sentier depuis la route. Sans infrastructure balnéaire d’aucune sorte, elle est au cœur d’un long combat mené par des habitants et des associations environnementales corfiotes contre des projets immobiliers. Pour les Corfiotes, c’est autant un symbole qu’une plage. Le lac Korission, dans le sud-ouest, est une lagune naturelle bordée de dunes. Des flamants roses fréquentent le site depuis le début des années 2000, sans un transat à l’horizon.

Ces trois spots hors des sentiers battus demandent une voiture. Parfois, vous devrez marcher sur des chemins non balisés sans forcément tomber sur un bar de plage à l’arrivée. C’est le prix à payer pour éviter les files d’attente pour un transat à 15 € la journée. Comptez une demi-journée minimum pour chacun de ces sites, le temps de trajet inclus.

Palaià Peritheia, le village fantôme qui se réveille

Palaià Peritheia, Corfou

Crédit photo : Flickr – Cristina Palmarini

Palaià Peritheia est le plus vieux village de l’île. Il fut fondé au XIIIe siècle dans les hauteurs du nord, au pied du mont Pantokrator (906 mètres). Le village a été construit loin du littoral pour se protéger des pirates, avec une vue dégagée sur la mer depuis ses crêtes. Les habitants l’ont quitté dans les années 1960 pour rejoindre les zones côtières. Il a été classé monument historique en 1966. Depuis le début des années 2010, cinq tavernes ont rouvert dans des maisons de pierre restaurées par des Corfiotes. Ils ont fait le choix de réinvestir le patrimoine de leurs familles.Vous verrez huit églises, des ruelles pavées, et aucun résident permanent.

La dualité du lieu mérite d’être dite clairement. Ce n’est pas un village vivant au quotidien mais un village abandonné qui a trouvé une seconde fonction autour de la restauration. L’endroit reste remarquable pour son architecture et son silence en semaine. Il est ccessible depuis Kassiopi ou Barbati par une route de montagne étroite, en voiture uniquement.

Des 100 000 Corfiotes qui vivent sur l’île toute l’année aux tavernes de Palaià Peritheia rouvertes par leurs propres habitants, Corfou hors des sentiers battus a une vie locale qui existe en dehors des circuits de croisière. Expérimentez le Campiello un soir après 18h.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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