Livres et films pour préparer et prolonger une visite à Auschwitz

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Auschwitz reçoit plus de 1,7 million de visiteurs par an. La visite dure en général 3 à 4h et la plupart des gens en ressortent sans avoir eu les clés pour comprendre ce qu’ils venaient de voir. Cet article propose un parcours de lecture et de visionnage concret pour se préparer à visiter Auschwitz, près de Cracovie, en Pologne. Quels livres privilégier, quels films choisir, et quels titres populaires éviter parce qu’ils déforment la réalité historique d’Auschwitz ? Découvrez nos choix, avec nos raisons.

Trois livres à lire avant d’arriver

Porte d'Auschwitz le travail rend libre

Ces trois titres ne sont pas des « classiques à cocher ». Ils répondent à un besoin précis : comprendre l’organisation du camp et ce que vivaient les détenus au quotidien. Sans oublier le mécanisme de déshumanisation qui rendait tout cela possible. Lisez-les dans l’ordre proposé, surtout si vous partez de zéro.

Commencez par Auschwitz expliqué à ma fille d’Annette Wieviorka (Seuil, 7,50 €). L’autrice est une historienne spécialiste de la Shoah et ancienne membre du Conseil d’orientation du Mémorial de la Shoah. Ce livre fait moins de 100 pages et répond aux questions que la plupart des visiteurs n’osent pas poser. Exemples : quelle est la différence entre Auschwitz I, Birkenau et Monowitz ? Comment fonctionnaient les sélections ? Comment la Solution finale s’est mise en place progressivement ? C’est le point d’entrée le plus efficace pour préparer une visite à Auschwitz, quel que soit votre niveau de connaissance.

Si c’est un homme, de Primo Levi

Primo Levi était chimiste quand il a été déporté à Auschwitz III (Monowitz) en 1944. Il a écrit ce témoignage dès 1946. Mais le manuscrit a été refusé par Einaudi et publié par un petit éditeur en 1947 à 2 500 exemplaires, dont la plupart sont restés invendus. Le livre n’a été vraiment lu qu’à partir de la fin des années 1950. Ce livre décrit les règles écrites et non écrites de la survie, les hiérarchies entre détenus, la faim, le froid et l’épuisement physique. La précision quasi clinique du récit ne cherche jamais à émouvoir.

C’est le livre qui donne le mieux à voir ce que les bâtiments du musée ne montrent pas. Vous apprendrez ce qu’il se passait à l’intérieur, jour après jour. En poche chez Pocket : 7 €.

La Nuit, d’Élie Wiesel

Wiesel avait 15 ans quand il a été déporté depuis Sighet, ville de Transylvanie rattachée à la Hongrie au moment des faits en 1944, avec son père. La Nuit, dans sa version française publiée aux Éditions de Minuit, fait une centaine de pages. Mais le texte original en yiddish (Un di velt hot geshvign) était considérablement plus long. Wiesel l’a profondément remanié avant publication.

Ce témoignage de survivant d’Auschwitz a mis plus de 10 ans à trouver un éditeur après la guerre. Cela dit quelque chose sur le rapport collectif à la mémoire de la Shoah dans les années 1950. Il s’agit d’un livre complémentaire de Levi : là où Levi analyse avec distance, Wiesel ressent et transmet. Disponible aux Éditions de Minuit, 7,90 €.

Deux films à voir avant la visite

Valises et sacs des juifs à Auschwitz Birkenau Cracovie

On ne vous propose pas une liste de dix films sur la Shoah et les camps de concentration. On vous propose deux titres très différents l’un de l’autre, qui remplissent chacun une fonction précise dans la préparation à la visite d’Auschwitz.

Nuit et Brouillard d’Alain Resnais (1956) dure 32 min : moins qu’un épisode de série. Ce documentaire sur Auschwitz alterne des images d’archives de la guerre et des plans filmés dans les camps plusieurs années après la libération. La voix off est narrée par Jean Cayrol, lui-même déporté. Il a été censuré à sa sortie au Festival de Cannes sous pression du gouvernement allemand, qui refusait qu’un plan montrant un gendarme français figure dans le film. Ce contexte mérite d’être connu avant de le regarder. Accessible gratuitement sur Arte.tv.

La Zone d’intérêt, de Jonathan Glazer (2023)

Ce film de fiction, adapté du roman de Martin Amis et récompensé du Grand Prix à Cannes, fait le choix radical de ne jamais entrer à l’intérieur d’Auschwitz. L’histoire suit la vie quotidienne de la famille du commandant Rudolf Höss dans une villa construite juste derrière le mur du camp. On voit le jardin fleuri, les enfants qui jouent, les dîners en famille. On entend les sons du camp en permanence, on aperçoit la fumée au-dessus du mur, et la famille n’y prête aucune attention. C’est l’angle le plus déstabilisant pour préparer la visite : il montre que le mal peut coexister avec le banal, que la violence industrielle peut devenir un bruit de fond. Disponible en VOD.

Une précision sur La Liste de Schindler : ce film porte principalement sur le ghetto de Cracovie et les camps de Plaszow, pas sur Auschwitz à proprement parler. Si vous souhaitez le voir, aucune raison de ne pas le faire. Mais ce n’est pas le bon outil pour préparer la visite du site.

Deux titres populaires à lire avec méfiance

Ces deux livres sur l’Holocauste se vendent très bien. Vous les avez peut-être déjà lus. L’objectif n’est pas de vous dire que vous avez eu tort, mais de vous donner les clés pour les replacer dans le bon cadre avant votre visite.

Le Garçon au pyjama rayé de John Boyne est une fiction, pas un témoignage. Des historiens ont relevé plusieurs invraisemblances factuelles majeures : un enfant juif n’aurait pas pu se promener librement aux abords du camp, l’architecture décrite ne correspond pas à Birkenau. Le problème n’est pas que c’est une fiction pure, c’est que beaucoup de lecteurs le lisent comme un récit historique fidèle.

Même verdict pour Le Tatoueur d’Auschwitz d’Heather Morris. Le musée d’Auschwitz-Birkenau a publié une analyse détaillée des inexactitudes factuelles du livre, basé sur un témoignage oral recueilli sans supervision historique. L’histoire d’amour est réelle, le contexte est souvent romancé. Ces deux titres peuvent se lire après la visite, en connaissance de cause. Pas comme point d’entrée pour se préparer émotionnellement et historiquement à visiter Auschwitz.

Quatre titres pour prolonger après la visite

Une fois sur place, vous aurez des images en tête et des questions plus précises. Ces titres sont plus exigeants, plus longs, ou traitent d’angles spécifiques que la préparation n’impose pas d’anticiper.

Auschwitz et après de Charlotte Delbo (Éditions de Minuit, environ 7 € par volume) est une trilogie. Delbo était résistante française non juive, déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück. Le premier volume, Aucun de nous ne reviendra, est à réserver après la visite parce que son écriture fragmentée et très littéraire demande une disponibilité émotionnelle que la préparation n’autorise pas toujours.

Être sans destin d’Imre Kertész (Babel, 9,20 €) est un roman autobiographique d’un adolescent hongrois déporté à Auschwitz-Birkenau. Kertész a reçu le Prix Nobel de littérature en 2002. Ce qui rend ce livre glaçant, c’est que le narrateur ne comprend pas toujours ce qui lui arrive. Cette naïveté construite fonctionne précisément parce que le lecteur, lui, a les repères.

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Shoah et Le Fils de Saul

Shoah de Claude Lanzmann (1985) dure 9h. Ce documentaire de référence sur la mémoire de l’extermination ne contient aucune image d’archive. Vous verrez uniquement des témoignages de survivants, de bourreaux et de témoins polonais, filmés dans les lieux mêmes où les faits se sont produits. Lanzmann a fait le choix de refuser toute image d’époque : tout repose sur la parole et les visages. Arte le rend régulièrement disponible en streaming gratuit sur Arte.tv : inutile de tout regarder d’une traite, personne ne vous le demande.

Par-delà le crime et le châtiment de Jean Améry (Babel) est plus difficile d’accès. Non pas parce que le texte est hermétique, mais parce qu’il est douloureux. Ce sont des essais d’un rescapé autrichien sur la torture, le ressentiment et la culpabilité des survivants, écrits de l’intérieur. À réserver aux lecteurs qui veulent aller loin dans la compréhension de ce que la survie fait à ceux qui l’ont traversée.

Le Fils de Saul de László Nemes (2015, Oscar du meilleur film étranger) se déroule à Birkenau. Il met en avant le point de vue d’un membre du Sonderkommando. Voyez-le après la visite, pas avant : sans avoir vu physiquement les crématoires, sans avoir une idée de l’espace du camp, certaines scènes perdent une partie de leur impact. Disponible en VOD.

Dans quel ordre tout lire : notre conseil

Auschwitz-Birkenau, Cracovie, billet et visite

Avant la visite, lisez dans cet ordre : Auschwitz expliqué à ma fille d’abord, pour poser les repères historiques. Puis Si c’est un homme, pour comprendre ce que les bâtiments du musée ne montrent pas. Ajoutez La Nuit si vous avez le temps. Regardez Nuit et Brouillard la veille : 32 minutes, ça se fait. La Zone d’intérêt peut attendre l’après visite, mais reste utile avant aussi.

Si on devait vous conseiller un seul titre à lire avant de visiter Auschwitz, ce serait Si c’est un homme de Primo Levi. Après la visite, laissez-vous quelques jours avant d’enchaîner avec les titres plus exigeants. La visite est déjà une expérience en soi qui demande du temps de décompression. Le musée publie également des ressources pédagogiques gratuites sur son site officiel. Elles s’avèrent utiles pour approfondir certains aspects précis du camp. La réservation de la visite individuelle est obligatoire et gratuite. Mais sachez les créneaux partent vite : réservez plusieurs semaines à l’avance sur le site du musée.

Avant de visiter Auschwitz, prenez le temps de regarder un film ou de lire un livre sur le camp. La visite n’en sera que plus difficile à ignorer.

Plus d'inspiration

À travers GenerationVoyage, je partage ma passion des voyages depuis 2010. Un passe-temps au début, j'ai rapidement compris que mes articles pouvaient inspirer des voyageurs comme vous à mieux organiser leurs séjours. Une question sur une destination, une visite, un bon plan ? J'y réponds dans les commentaires.

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