Vivre comme un local à Split : le marché le matin, la douceur du soir
3 000 personnes vivent encore dans le palais de Dioclétien. Pas dans un musée reconstitué, dans un palais romain du IVe siècle, avec leurs lessives aux fenêtres et leurs chats sur les marches. C’est ça, Split : une ville où l’histoire n’est pas mise sous verre. Inutile de chercher un itinéraire chargé ou une liste de monuments à cocher. Pour vivre à Split comme un local, il suffit d’un café trop long, d’un marché le matin et d’une promenade au coucher du soleil sur la Riva pour comprendre comment cette ville fonctionne vraiment.
7h au Pazar : le marché avant les touristes

Shutterstock – Ivan Klindic
Le Pazar ouvre à 7h, juste à l’est de la Porte d’Argent du palais de Dioclétien. Arrivez entre 7h et 9h, les étals sont pleins. Et les vendeuses venues de la Zagora, l’arrière-pays dalmate, sont encore là. Au choix : figues fraîches, fromage de brebis de l’île de Pag, miel de lavande, romarin et sauge en bottes, huile d’olive en bouteilles récupérées. Après 11h, les meilleures pièces ont disparu et l’ambiance avec.
Juste à côté, la Peškarija mérite 2 min d’arrêt même si vous n’achetez rien. Ce bâtiment de style sécession abrite le marché aux poissons. L’odeur de sel et de glace pilée raconte mieux la Dalmatie que n’importe quelle brochure. Daurades, loups, poulpes étalés sur la pierre froide : c’est une scène qui se répète chaque matin depuis des décennies.
La kava : ne rien faire est un art

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Les Dalmates ont un mot pour ça : la Fjaka. Ni paresse, ni fainéantise. Plutôt une suspension volontaire du temps, assumée et cultivée. Sur la Riva, le front de mer de Split et promenade principale de la ville, des habitués s’installent avec un espresso et n’en bougent pas avant 2h. En basse saison, c’est encore plus vrai. En juillet-août, la Riva appartient aux croisiéristes, et les habitués ont depuis longtemps trouvé d’autres tables, quelques rues à l’intérieur.
Ne restez pas sur les terrasses du bord de mer. L’espresso y coûte le double pour la moitié de l’ambiance. Quelques rues derrière la Riva, comptez 1,50 à 2 € le café, et une clientèle qui parle foot. L’Hajduk Split, fondé en 1911, est une religion locale. Mentionnez-le à n’importe quel habitué de café : la conversation durera aussi longtemps que vous voulez.
L’après-midi : Marjan ou Bačvice, selon l’humeur

Crédit photo : Shutterstock – Dreamer4787
La colline de Marjan se rejoint à pied depuis le centre en 20 à 30 min selon le point de départ. Les sentiers courent sous les pins et passent devant de petites chapelles médiévales perchées. Ils débouchent sur des panoramas remarquables sur l’archipel dalmate. La crique de Kasjuni, en contrebas, reste fréquentée des locaux, surtout hors saison. Pas de chaises longues, pas de bar de plage : c’est voulu, et c’est pour ça qu’on la préfère.
Vous cherchez de l’animation ? Descendez plutôt vers Bačvice, à 10 min au sud du centre. Cette plage populaire est le berceau du Picigin, jeu de balle inventé à Split au début du XXe siècle, inscrit au patrimoine immatériel croate depuis 2011. Les joueurs évoluent dans l’eau à hauteur de cheville avec des acrobaties et une coordination qui s’acquiert en années. Observez d’abord, ne vous improvisez pas participant lors de votre premier jour.
Le soir : le Đir, puis la konoba

Crédit photo : Flickr – Christopher Michel
Le Đir (prononcer « djir ») est une pratique sociale propre à la Dalmatie. On la résume parfois à la passeggiata italienne, mais elle a ses propres codes, ses propres horaires et ses propres générations. On s’habille un minimum, on sort, on tourne dans le centre historique sans destination précise. Puis, on s’arrête, et on repart. Pas d’objectif, pas d’application ouverte. Juste le mouvement et les mêmes visages que la semaine d’avant. C’est le rythme du soir à Split, et les voyageurs qui cherchent à faire comme un local passent une meilleure soirée que ceux qui cherchent un programme.
Pour dîner, dirigez-vous vers Varoš, le quartier au pied des remparts ouest du palais. Il s’avère nettement moins touristique que les ruelles du centre. Les konobe traditionnelles y servent du crni rižot (risotto à l’encre de seiche), de la pašticada (bœuf longuement braisé avec des pruneaux, du Prošek, un vin doux dalmate, et des épices comme le clou de girofle). Sans oublier des poissons grillés à l’huile d’olive.
Comptez 35 à 50 € par personne avec un verre de Pošip blanc de Korčula ou un rouge de Brač ou de Hvar. Depuis le passage à l’euro en janvier 2023, les prix ont nettement augmenté dans les konobe du centre. La fourchette basse n’existe plus vraiment. Mais ce sont les vins de l’archipel en face : inutile de chercher plus loin.
Finir la nuit sur le Péristyle

Crédit photo : Flickr – Denis Dajak
Le Péristyle est la place centrale du palais de Dioclétien. Des colonnes romaines du IVe siècle l’entourent sur trois côtés, accessibles librement à toute heure dans le cadre du centre historique de Split, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979. Le soir, des habitants s’y installent sur les gradins avec un verre. Parfois, un musicien improvise. Personne ne joue les figurants pour les touristes : ils seraient là même sans vous.
C’est ici que Split révèle ce qui la distingue de toutes les villes-musées du bassin méditerranéen. Les 3 000 personnes qui vivent dans ce palais romain ne le conservent pas, elles l’habitent. Toutefois, la pression touristique et la multiplication des locations de courte durée ont tendance à rogner ce chiffre chaque année. La nuit tombe, les pierres gardent la chaleur accumulée depuis le matin, et vous réalisez que vous n’avez pas visité Split. Revenez en septembre.
Du Pazar à 7h au Péristyle le soir, Split s’apprivoise en suivant le rythme local de ses habitants. Commencez par visiter le marché tôt le matin.
