Parler darija au Maroc : le minimum à apprendre avant de partir

On peut très bien voyager au Maroc sans un mot d’arabe. Le français ouvre la plupart des portes dans les villes, l’anglais fait le reste là où passent les voyageurs. Et puis arrive ce moment que tout le monde connaît : un vendeur qui plaisante avec son voisin, un chauffeur qui vous raconte son quartier, une grand-mère qui vous tend un verre de thé. La conversation s’arrête exactement là où s’arrête votre vocabulaire. Quelques dizaines de mots suffisent à déplacer cette frontière. Pas pour négocier en virtuose ni pour discuter politique, simplement pour être reçu autrement.
La darija n’est pas l’arabe que vous avez peut-être appris

Crédit photo : Flickr – Anna Soffía Óskarsdóttir
La darija est l’arabe marocain parlé, celui de la rue, de la famille et des commerces. Elle diffère nettement de l’arabe littéraire enseigné dans les écoles et utilisé dans les médias : vocabulaire propre, prononciation différente, emprunts au français, à l’espagnol et à l’amazigh. Un manuel d’arabe classique ne vous servira donc presque pas pour commander un thé à Marrakech.
Autre particularité qui déroute au début : sur les messageries et dans la plupart des méthodes, la darija s’écrit en lettres latines, avec des chiffres pour les sons qui n’existent pas en français. Le 3 note un son guttural profond, comme dans 3afak, « s’il te plaît ». Le 7 note un h très soufflé, comme dans l7mdullah. Le 9 note un k prononcé au fond de la gorge, comme dans 9elb, « cœur ». Une fois ces trois chiffres apprivoisés, vous lisez tout le reste.
Les mots qui servent vraiment, du matin au soir

Crédit photo : Flickr – Vítor Ribeiro
Voici le socle. Il tient sur une carte de la taille d’un passeport et couvre l’essentiel des échanges d’une journée.
Saluer
- Salamou 3alikoum : la salutation universelle, à toute heure. On vous répondra Wa 3alikoum salam.
- Sba7 el khir : bonjour, le matin. Réponse habituelle : Sbah en-nour.
- Masa el khir : bonsoir. Réponse : Masa en-nour.
- Labas ? : ça va ? La réponse la plus courante est Labas, l7mdullah.
- Bsslama : au revoir, littéralement « en paix ».
- Tsba7 3la khir : bonne nuit, ou au moment de prendre congé le soir.
Être poli
- Shoukran : merci.
- Barak llahou fik : merci beaucoup, littéralement « que Dieu te bénisse ». Un cran au-dessus, très apprécié.
- 3afak : s’il te plaît. Le mot à glisser dans chaque demande.
- Sma7 liya : excuse-moi, pardon.
Se débrouiller
- Iyeh : oui. Lla : non.
- Mafhemtch : je ne comprends pas.
- Ma3raftch : je ne sais pas.
- Chwiya : un peu. Bezzaf : beaucoup, ou trop.
- Ch7al ? : combien ?
Se repérer
- Fen ja… ? : où se trouve… ? Par exemple Fen ja sbitar ?, « où se trouve l’hôpital ? ».
- Wach… b3id men hna ? : est-ce loin d’ici ?
- Sir nichane : va tout droit.
- Dour 3la limen : tourne à droite. Dour 3la liser : tourne à gauche.
Un dernier mot, le plus marocain de tous : nchallah, « si Dieu le veut ». Il accompagne presque toute phrase au futur. Dire « demain je passe » sans ajouter nchallah sonne étrangement sec.
Trois semaines suffisent, à petites doses

Crédit photo : Flickr – Daniel Guérin
Quinze minutes par jour pendant trois semaines suffisent largement pour ce socle, à condition de commencer par la prononciation. Les sons notés 3, 7, 9, kh et gh n’existent pas en français : les entendre et les répéter dès le premier jour évite de mémoriser vingt mots que personne ne comprendra.
Ensuite, apprenez par blocs d’usage plutôt que par listes de vocabulaire. Le bloc « saluer et remercier » se réutilise vingt fois par jour, il rentre seul. Le bloc « se repérer » s’apprend la veille du départ, quand il devient concret.
Dernier conseil, le plus efficace : répétez à voix haute. La darija est une langue orale avant tout, et une phrase lue mille fois sans jamais être prononcée ne sort pas le jour où on en a besoin.
Apprendre seul ou avec quelqu’un

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Les listes et les applications suffisent pour le vocabulaire. Elles montrent en revanche leurs limites sur deux points précis : la prononciation, que personne ne corrige, et la réaction en direct, quand votre interlocuteur répond autre chose que ce que la leçon avait prévu.
C’est là qu’un cours avec un professeur marocain change l’échelle. La plateforme française Targumi propose par exemple la darija en cours collectifs en direct, en petits groupes, avec des professeurs marocains, adossés à un parcours d’exercices et d’audios que l’on suit à son rythme. Elle couvre plus de cent langues, dont beaucoup qu’on ne trouve nulle part ailleurs, ce qui en fait une option pour d’autres destinations que le Maroc.
Pour préparer un voyage sans rien engager, leur kit de survie en darija rassemble une centaine de mots et une trentaine de phrases en PDF gratuit, à imprimer ou à garder dans le téléphone.
Une fois sur place, la vraie leçon commence

Shutterstock – Min Jing
Les premiers essais seront approximatifs, et c’est très bien ainsi. Personne ne vous corrigera sèchement : l’effort compte plus que l’exactitude, et la réaction la plus fréquente est un sourire suivi d’une phrase trop rapide pour vous. Demandez qu’on répète, notez le soir même les deux ou trois expressions entendues dans la journée, réutilisez-les le lendemain. C’est la méthode la plus rapide qui existe, et elle ne coûte rien.
Pour préparer le reste du séjour, villes, saisons et itinéraires, le guide Maroc de Generation Voyage reste le point de départ.