Dubrovnik hors des remparts : quartiers, habitudes et lieux où vivent les habitants
Dubrovnik reçoit jusqu’à 10 000 visiteurs par jour en haute saison. Une large partie débarque des bateaux de croisière et se concentre dans la vieille ville entre 10h et 18h. La plupart ne voient jamais les lieux et quartiers qui font réellement vivre la cité croate : Gruž, Lapad, Danče, le mont Srđ à pied, les cinémas en plein air. Cet article ne parle pas des remparts ni du Stradun. Il parle de la vie locale, et c’est souvent là que Dubrovnik devient intéressante.
Gruž, le quartier qui fait tourner la ville

Crédit photo : Flickr – Tony Coult
Le marché de Gruž mérite qu’on s’y lève tôt. Les producteurs arrivent des régions voisines, Konavle et Župa, avec des figues séchées, des fromages d’île, de l’huile d’olive et des poissons pêchés la nuit d’avant. C’est l’endroit le plus concret de Dubrovnik pour observer le habitudes locales des habitants, sans rabatteur ni menu-photo en vue. Le contraste avec la vieille ville, à 10 min de bus, est radical.
Le port de Gruž est aussi le point de départ pour les îles Élaphites, Lokrum et les ferries vers Split. Ambiance de port de travail, pas de mise en scène touristique. Les restaurants du quartier coûtent en moyenne deux fois moins cher qu’en vieille ville.
Lapad, la vraie péninsule

Crédit photo : Flickr – Marie Thérèse Hébert & Jean Robert Thibault
Lapad est le quartier résidentiel où les enfants vont à l’école et où les vieux passent leurs matinées en terrasse avec un café qui dure. La promenade d’Uvala Lapad longe un front de mer animé de Dubrovnik mais dans une ambiance locale. Cafés et glaciers accueillent des familles, pas de groupes organisés en file indienne. C’est aussi le meilleur endroit pour voir le coucher de soleil sur la mer, la colline de Lapad bloquant la vue côté ouest depuis la vieille ville.
Le parc forestier Veliki et Mali Petka est le plus grand espace vert de Dubrovnik. Il s’étend sur deux collines boisées avec des sentiers tracés, pas un parc urbain aménagé. Ce n’est pas un site adapté à des enfants en bas âge sans surveillance. À l’ombre des pins, avec des vues dégagées sur l’Adriatique et les îles, il offre une vraie respiration entre 14h et 17h, quand la vieille ville est au pic de la fréquentation touristique.
La plage principale d’Uvala Lapad est moins bondée que la plage de Banje et plus accessible aux familles avec enfants. Loger à Lapad revient nettement moins cher qu’à l’intérieur des remparts, pour un accès rapide en bus.
Danče, où se baignent ceux qui sont d’ici

Crédit photo : Shutterstock – Neli Azalea
Danče est une plage de rochers et de dalles à l’ouest de la forteresse Lovrijenac. Pas de sable, pas de transats, pas de location de parasol. Des gens jouent aux cartes, d’autres lisent, quelques-uns sautent à l’eau depuis les rochers. Elle est pratiquement absente des guides touristiques, ce qui explique pourquoi les locaux y tiennent autant. Allez-y en fin d’après-midi, quand les croisiéristes sont repartis et que la lumière devient bonne.
Le water-polo repose sur une culture locale forte à Dubrovnik, pas une activité de loisir. La Divlja Liga, championnat amateur joué directement en mer en été, est l’un des plus grands tournois amateurs de water-polo au monde. Les matchs attirent des supporters locaux avec une vraie ambiance de quartier. Si votre séjour tombe en juillet ou août, cherchez les dates. C’est le genre de soirée qu’on ne planifie pas mais qu’on retient longtemps.
Les cinémas en plein air, une habitude d’été

Crédit photo : Flickr – Zoran Mirković
Dubrovnik compte plusieurs cinémas en plein air, actifs de mi-juin à fin septembre. Kino Jadran dans la vieille ville et Kino Lapad dans le quartier résidentiel sont les deux références solides, actives chaque été depuis des décennies. D’autres salles en plein air ont existé selon les saisons, avec une activité plus irrégulière. Ce sont des institutions municipales, pas des attractions packagées pour touristes. Les habitants y vont entre amis ou en famille et les tarifs restent accessibles.
Les films passent en version originale sous-titrée en croate. La majorité sont en anglais mais vous tomberez parfois sur des films francophones. Le programme est annoncé environ une semaine à l’avance sur kinematografi.org. Vérifiez avant de partir si votre séjour tombe entre juin et septembre, pour caler une soirée. C’est le genre de détail qui change la couleur d’un voyage.
Le mont Srđ par le haut, sans passer par la caisse

Crédit photo : Flickr – Geson Rathnow
Le téléphérique monte en 4 min pour 30 € l’aller-retour. C’est une aberration tarifaire que la plupart des touristes paient quand même. L’alternative existe : la montée à pied du mont Srđ prend environ 1h20, soit 300 m de dénivelé sur un chemin tracé et accessible sans équipement particulier. Réservez cette montée aux matins tôt ou aux fins de journée : pas d’ombre, chaleur sévère en été. En groupe, un taxi ou un Uber monte pour 20 à 30 €, ce qui devient plus rentable que le téléphérique dès trois personnes.
En haut, le panorama donne une lecture différente de Dubrovnik hors des remparts. On réalise à quel point la vieille ville est petite dans l’ensemble urbain. On repère aussi les vestiges du fort Impérial, construit par les Français entre 1806 et 1814, reconverti depuis en mémorial du siège de Dubrovnik de 1991 à 1992. Le restaurant avec vue existe, mais les tables avec panorama se réservent des mois à l’avance et la note avoisine les 70 € par personne. À vous de décider si ça vaut le coup.
War Photo Limited, pour comprendre ce qui s’est passé ici

Crédit photo : Flickr – travelmag.com
Dubrovnik a subi un siège entre 1991 et 1992. Le centre historique a encaissé des bombardements. Beaucoup de touristes qui marchent sur le Stradun l’ignorent complètement. War Photo Limited est situé dans la vieille ville, mais il sort totalement du registre des musées d’artisanat et de folklore. Deux étages de photographies sur les guerres de Yougoslavie et d’autres conflits dans le monde, sans commentaires superflus ni mise en scène. Des photos, fortes, parfois difficiles. Format sobre et efficace.
L’entrée coûte 10 €, 6 € pour les étudiants. Comptez 45 min à 1h sur place. C’est l’un des rares endroits à Dubrovnik où l’on repart avec quelque chose à penser, pas juste des images à poster. Si vous n’avez pas l’habitude des expositions de photojournalisme de guerre, sachez-le avant d’entrer : certaines photos sont violentes.
Quelques réflexes pratiques pour s’en sortir
Le timing conditionne tout. Laissez la vieille ville aux croisiéristes entre 10h et 18h et occupez cet après-midi dans les quartiers extérieurs, Lapad, Gruž, Danče. Revenez le soir quand les groupes sont repartis : la vieille ville redevient vivable après 19h. Les bus Libertas, réseau orange très bien organisé, desservent Gruž, Lapad et Pile sans voiture. Ils sont inclus dans le Dubrovnik Pass, qui couvre aussi les remparts et plusieurs musées : utile si vous restez au moins 2 jours.
Logez hors des remparts. Les prix à l’intérieur sont élevés pour ce qu’on obtient, et Gruž ou Lapad offrent un meilleur rapport qualité-prix avec un accès rapide au centre. Ne louez pas de voiture pour circuler dans Dubrovnik. Le parking proche de la vieille ville monte à 40 € par jour et vous n’avez nulle part où aller avec. Le bus fait le travail.
Dubrovnik dépasse largement ses remparts ! Entre le marché de Gruž le matin, les matchs de water-polo de la Divlja Liga en mer et les cinémas en plein air de juin à septembre, commencez par sortir de la vieille ville pour découvrir Dubrovnik comme un local.
