Venise : que ramener dans sa valise ?
Autour de la Piazza San Marco, on trouve surtout du verre soufflé made in China, des masques en plastique moulé et des gondoles en résine vendues à prix d’or. Venise attire 13 millions de visiteurs par an, et l’industrie du souvenir médiocre s’en donne à cœur joie. Mais dans les quartiers résidentiels, loin des circuits balisés, la ville propose un artisanat sérieux : verre de Murano certifié, papeterie reliée à la main, friulane en velours, spécialités gastronomiques introuvables en France. Si vous cherchez quels souvenirs ramener de Venise, voici ce qui vaut vraiment la peine d’occuper de la place.
Le verre de Murano, à condition de faire le bon choix

Crédit photo : Flickr – Jean-Marc ORTEGA
C’est le souvenir le plus copié de Venise, et celui où les arnaques sont les plus fréquentes. Des centaines de boutiques vendent du « verre de Murano » qui n’a jamais approché l’île. Le seul moyen d’être sûr, c’est d’acheter directement à Murano. L’île est facilement accessible en vaporetto (ligne 4.1 ou 4.2 depuis Fondamenta Nove, environ 10 à 15 min de trajet).
Cherchez le label « Vetro Artistico Murano » : c’est la seule garantie officielle d’origine. Pour la valise, misez sur les formats compacts : perles de verre, bijoux, petits animaux soufflés, bouchons de carafe. Comptez 10 à 15 € pour un bijou simple, bien plus pour une pièce travaillée. Si vous craquez pour quelque chose de volumineux, faites-le expédier directement. Le risque de casse en avion est réel et les artisans sérieux proposent souvent ce service.
La dentelle de Burano, un achat à ne pas rater si on fait l’excursion

Crédit photo : Flickr – Au Nord du Jean-Luc
Burano mérite le détour pour ses façades peintes et ses canaux. Mais aussi pour sa tradition de dentelle au fuseau, documentée depuis le XVIe siècle. Le problème : la quasi-totalité de ce qui est vendu à des prix bas vient d’Asie. Un vrai mouchoir fait à la main dépasse facilement les 50 €, un napperon peut atteindre plusieurs centaines. Si le prix vous semble raisonnable, c’est qu’il s’agit d’une copie industrielle.
La seule adresse vraiment fiable pour acheter de la vraie dentelle certifiée à Burano reste la boutique du Museo del Merletto. Vous y trouverez des pièces réalisées par les rares dentellières encore actives. Les formats les plus réalistes à ramener comme souvenir typique prennent la forme d’un petit mouchoir brodé ou d’un éventail. L’île est à 40 à 45 min de Fondamenta Nove (vaporetto ligne 12). Planifiez une demi-journée complète si vous souhaitez visiter correctement Murano et Burano combinés. Les temps de trajet s’additionnent, et survoler les deux îles à la va-vite ne rend justice à aucune.
Les masques, entre kitsch et vrai artisanat

Crédit photo : Flickr – Jonathan Thiell
Le masque vénitien est emblématique du Carnaval. Mais 90 % de ce qui s’affiche dans les vitrines est du plastique moulé importé. Les vrais masques sont fabriqués en papier mâché, peints à la main par des artisans qu’on appelle « mascareri ». Cherchez dans les quartiers Dorsoduro et San Polo. On tombe encore sur des ateliers où le travail se fait sur place, loin des échoppes de la Piazza San Marco qui vendent de la camelote à la chaîne.
Cannaregio recèle aussi quelques bonnes adresses. Mais la Lista di Spagna, son artère principale, est aussi touristique que les abords de Saint-Marc : il faut s’en écarter. Pour la valise, évitez les grandes pièces volumineuses. Un demi-masque ou un petit format décoratif voyagent bien et coûtent entre 20 et 30 € pour un article artisanal correct. Les pièces très travaillées peuvent monter à 100 € et au-delà, mais elles le méritent.
La papeterie artisanale, le souvenir léger et original

Crédit photo : Flickr – arrigo
Venise a été un centre majeur de l’imprimerie européenne dès le XVe siècle, notamment grâce à Alde Manuce qui y installa son célèbre atelier en 1494. Il en reste une tradition de reliure et de papier marbré, technique héritée d’Orient et adoptée à Venise au XVIIe siècle, que quelques artisans perpétuent sérieusement. C’est l’un des rares souvenirs authentiques de Venise à la fois facile à transporter, incassable et abordable. Comptez 3 à 4 € pour une feuille de papier marbré, 10 à 15 € pour un carnet relié cuir simple.
Cherchez dans les ruelles de San Polo, autour du Campo dei Frari notamment. C’est là que se concentrent les vrais artisans relieurs, pas au Rialto qui reste avant tout un marché et un axe touristique. Les boutiques spécialisées en reliure artisanale sont facilement reconnaissables à leurs vitrines garnies de carnets et de feuilles colorées. Évitez les enseignes qui vendent aussi des aimants et des boules à neige : ce n’est pas le même métier.
Les friulane, les chaussons devenus tendance

Crédit photo : Flickr – just.Luc
Les friulane (ou pantofole) sont des chaussons en velours à semelle de corde, portés à l’origine par les gondoliers pour ne pas glisser sur les embarcations. Elles sont sorties des bateaux depuis longtemps et circulent aujourd’hui dans les cercles mode bien au-delà de Venise. Piedàterre, au Campo Santo Stefano, est la référence incontournable sur le sujet. Vous aurez le choix parmi des dizaines de coloris, des motifs imprimés, des versions pour adultes et enfants. Tablez sur 20 à 30 € la paire.
Légères, plates, elles prennent presque aucune place dans une valise. On en trouve aussi chez quelques cordonniers et petits créateurs dans le quartier du Rialto, à des prix comparables. C’est l’un des achats qui mérite le plus l’espace qu’il occupe, et l’un des produits typiques de Venise les plus portables au sens propre.
Les spécialités gastronomiques, ce qui passe bien en valise

Crédit photo : Flickr – Creamy Pet
Côté sec, trois achats s’imposent parmi les spécialités de Venise à rapporter. Les baicoli sont des biscuits vénitiens très fins, souvent vendus en boîtes métal jaunes, parfaits avec un café ou un vin doux. Les bigoli sont des pâtes épaisses locales, à cuisiner avec une sauce aux anchois ou à la sardine marinée (sarde in saor). Le Vialone Nano, riz du bas Véronais et de la province de Vicence, très utilisé dans la cuisine vénitienne traditionnelle, est moins connu que le Carnaroli mais très apprécié des cuisiniers exigeants.
Ajoutez les zaletti, biscuits à la farine de maïs et raisins secs, moins célèbres que les baicoli mais tout aussi représentatifs de la cuisine vénitienne. Tout ça passe sans problème en bagage cabine. Côté liquide, tout va en soute : les règles des 100 ml en cabine sont contraignantes, mais ça vaut le coup de prévoir. Le Select est l’amaro vénitien qui compose le vrai Spritz local, plus amer que l’Aperol et introuvable dans la plupart des épiceries françaises.
Le Prosecco DOC et DOCG vient de Conegliano-Valdobbiadene, à environ 80 à 90 km au nord de Venise. Les enoteche locales le vendent à des prix bien inférieurs à ce qu’on paie en France. La grappa de Bassano del Grappa complète le tableau pour les amateurs de spiritueux. Emballez soigneusement vos produits, les bagagistes ne ménagent pas les valises.
Ce qu’il vaut mieux éviter
Les aimants, boules à neige et gondoles en plastique représentent le degré zéro du souvenir vénitien. Fabriqués en Asie et vendus à prix touristique, ils sont oubliés dans un tiroir dès le retour. Tout ce qui s’affiche « verre de Murano » ou « dentelle de Burano » sans label ni certificat mérite la même méfiance. Les échoppes qui entourent la Piazza San Marco pratiquent des prix inversement proportionnels à la qualité de ce qu’elles vendent.
Rejoindre Dorsoduro ou San Polo suffit souvent à diviser les prix par deux et à trouver des adresses honnêtes. Enfin, si vous voyagez en avion sans bagage en soute, évitez les grandes pièces en verre. Elles ne survivent pas aux manipulations des bagages de cabine, et le risque de casse est quasi certain.
Verre de Murano certifié, friulane ou Select introuvable en France : Venise réserve ses meilleurs souvenirs à ceux qui s’éloignent de Saint-Marc et savent où chercher.
