Istanbul par grand froid : que faire ?

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Entre décembre et mi-mars, la capitale turque tourne entre 5 et 10 °C le jour, avec un vent de Bosphore qui fait descendre le ressenti bien en dessous. La neige tombe au moins une semaine par hiver à Istanbul, souvent en janvier ou février. Résultat concret : les files d’attente devant Sainte-Sophie et la Citerne Basilique disparaissent presque totalement. La ville ne ralentit pas, elle change de rythme. Voici comment l’occuper une journée froide, de l’intérieur comme de l’extérieur.

Ce que le froid change vraiment à Istanbul

Tramway circulant l'hiver à Istanbul

Crédit photo : Flickr – karsten zschache

Le thermomètre dit 7 °C, mais le vent qui remonte le Bosphore en fait ressentir 2 ou 3. C’est le poyraz, ce vent du nord-est qui souffle depuis la mer Noire et que les Stambouliotes connaissent par son nom. La nuit descend entre 3 et 5 °C. Quand la neige tombe, elle paralyse rapidement les bus et les taxis, peu équipés pour ces conditions.

Misez sur le tramway T1 (Sultanahmet, Karaköy, Eminönü) et le métro, qui roulent même par grand froid. Préparez des couches superposables et un coupe-vent imperméable. Sans oublier des chaussures à semelles antidérapantes : les pavés mouillés glissent franchement. Prévoyez aussi des chaussettes épaisses, les mosquées imposent de se déchausser et les sols en marbre sont glacés.

En contrepartie, c’est le seul moment de l’année où l’on visite Sainte-Sophie, Topkapi ou la Citerne Basilique sans bousculade. La fréquentation touristique chute nettement entre décembre et mi-mars. Les stambouliotes, eux, migrent vers les cafés et les meyhanes. Les terrasses se vident, les intérieurs se remplissent. L’ambiance change vraiment de registre.

Le hammam, activité numéro un par grand froid

Hammam Süleymaniye, Istanbul

Crédit photo : Flickr – Bronwen Lee

Le principe est simple : bain de vapeur, gommage en profondeur sur une dalle de marbre chauffée, massage à la mousse. On entre frigorifié, on ressort détendu et bien chaud pour quelques heures. La formule classique (entrée + gommage + massage) tourne entre 50 et 100 € selon l’établissement. Les hammams proches de Sultanahmet facturent plus cher que ceux fréquentés par les locaux, sans que la prestation soit nécessairement meilleure.

Trois références solides : le Kılıç Ali Paşa à Karaköy pour commencer. Construit en 1580 par l’architecte Sinan, il a été laissé à l’abandon pendant des décennies. Entièrement reconstruit et rouvert en 2012, l’endroit est superbe mais très fréquenté par les expatriés et touristes à budget moyen-élevé. Fort de ses 500 ans d’existence et de son cadre historique intact, le Çemberlitaş se trouve près du Grand Bazar. Mais c’est aussi le hammam le plus touristique d’Istanbul, avec des tarifs et une qualité de prestation en conséquence.

Pour finir, le Süleymaniye, est le plus accessible tarifairement et s’avère nettement moins touristique. Si on devait trancher, c’est celui-ci qu’on recommande pour croiser autre chose que des groupes en voyage organisé. Dans tous les cas, réservez en ligne à l’avance : les créneaux du milieu de journée partent vite, même hors saison.

Salep, boza et çay : s’installer dans un café pour de bon

Le salep, Istanbul

Crédit photo : Flickr – Irina Boldina

Le salep est une boisson chaude préparée à partir de poudre de racine d’orchidée, de lait chaud et de cannelle. La texture est épaisse, le goût réconfortant. L’exportation de poudre de sahlep pur est fortement régulée par la loi turque de protection des ressources naturelles. C’est donc ici qu’il faut en boire, pas ailleurs. On en trouve dans les cafés ainsi que chez des marchands ambulants dans les rues du centre.

Le boza, lui, est une boisson fermentée au millet, légèrement sucrée et épaisse, consommée surtout de septembre à mai. Rendez-vous chez Vefa Bozacısı, dans le quartier de Vefa, en activité depuis plus de 130 ans. Orhan Pamuk en a fait un symbole dans son roman Cette chose étrange en moi.

Le çay, thé noir turc servi dans ses petits verres en tulipe, coule à flots partout. Vous en trouverez dans les bazars, les lokantas, les épiceries. Les commerçants l’offrent volontiers, refuser serait maladroit. Pour s’installer vraiment, privilégiez Cihangir, Karaköy ou Beyoğlu. Les cafés y sont bien chauffés, les tables ne se libèrent pas facilement un samedi après-midi de janvier, et c’est exactement là qu’on veut être.

Les monuments à privilégier quand il fait froid

La Citerne Basilique

Crédit photo : Shutterstock – Sergey Dzyuba

Commencez par la Citerne Basilique (Yerebatan Sarnıcı) : souterraine, à température constante autour de 13 °C, protégée du vent et de la pluie. Réservez en ligne le matin même : les créneaux partent, même en hiver. Continuez avec Sainte-Sophie (entrée payante, mosquée active). L’intérieur immense abrite des mosaïques byzantines aux galeries supérieures et une acoustique saisissante. Chaussettes épaisses obligatoires, le sol en marbre est froid.

À Topkapi, évitez les grandes cours exposées au vent. Concentrez-vous d’abord sur les espaces couverts : le Harem (billet séparé), le Trésor impérial, les anciennes cuisines. Le Grand Bazar couvre 4 000 boutiques sur plusieurs hectares, entièrement couvert et réchauffé par la masse humaine. Il est fermé le dimanche : planifiez en conséquence.

Le Bazar des Épices (Mısır Çarşısı), plus compact, est très fréquenté par les locaux en hiver. Les vendeurs proposent des échantillons d’épices, de loukoums et de fruits secs. On y passe facilement 1h sans même chercher à acheter quoi que ce soit.

Les musées pour les journées vraiment grises

Le Musée archéologique de Sultanahmet, Istanbul

Crédit photo : Flickr – A G

Istanbul Modern, dans son bâtiment signé Renzo Piano sur les quais de Karaköy, consacre ses collections à l’art contemporain turc et international. La programmation change chaque saison, vérifiez le calendrier en ligne avant de vous déplacer. Le café avec vue sur le Bosphore fonctionne même par mauvais temps. Le Musée Pera, sur Meşrutiyet Caddesi dans Beyoğlu, abrite des collections orientalistes et des expositions temporaires de niveau international. Moins couru que les grands sites, il mérite une matinée.

Le Musée archéologique de Sultanahmet regroupe trois bâtiments et des collections antiques majeures. Citons notamment le sarcophage dit « d’Alexandre » et le traité de Kadesh (signé entre Ramsès II et les Hittites). Sans oublier des pièces grecques et romaines de premier plan. En hiver, les files sont quasi inexistantes dans ce musée d’Istanbul.

Un conseil pratique à retenir : ces trois musées sont dans des quartiers différents. N’essayez pas de les enchaîner à pied par grand froid. Un musée par demi-journée, avec un café entre les deux, c’est le bon rythme.

Manger chaud : les plats d’hiver qu’il ne faut pas rater

Poisson grillé à Istanbul

Crédit photo : Flickr – Simon Martin

La mercimek çorbası (soupe de lentilles corail) se commande dans n’importe quel lokanta pour quelques lires turques, soit une poignée d’euros au taux du moment. C’est le réflexe anti-froid des stambouliotes, et c’est très bien fait. Le soir, installez-vous dans un meyhane pour le rituel rakı balık. Le raki anisé accompagne du poisson frais, et la saison de pêche bat son plein de septembre à mars dans le Bosphore. Demandez le lüfer (tassergal, poisson propre au détroit) ou le kalkan (turbot) : ce sont les choix de saison, pas les poissons surgelés proposés à l’année.

Pour le déjeuner en extérieur, le kumpir (pomme de terre au four garnie) est une street food hivernale réconfortante. Le quartier d’Ortaköy en est la capitale à Istanbul. Mais attention : exposé directement au Bosphore, le quartier prend de plein fouet le poyraz en janvier. Privilégiez cette étape par une journée calme, pas par grand vent.

Les meyhanes de Beyoğlu, Karaköy et Kumkapı proposent en soirée des plats mijotés comme le hünkar beğendi ou le güveç, particulièrement adaptés aux nuits froides. Kumkapı, quartier historique des meyhanes de poisson, reste nettement plus authentique et moins orienté vers une clientèle branchée que ses concurrents du nord de la rive européenne.

Une traversée du Bosphore quand même

Croisière sur le Bosphore à Istanbul en Turquie

Shutterstock – AlexAnton

L’objection est légitime : pourquoi monter sur un ferry par vent et pluie ? Parce que les ferries publics Şehir Hatları disposent de salons intérieurs chauffés, avec service de çay à bord. La traversée Eminönü-Üsküdar ou Beşiktaş-Üsküdar dure 20 à 30 min pour quelques lires turques. Les croisières touristiques appliquent des tarifs bien supérieurs pour exactement la même chose. En hiver, la brume sur le détroit, les palais ottomans du bord de mer et parfois les toits enneigés d’Istanbul donnent un angle photographique qu’on ne retrouve pas en plein été.

Précision utile avant de planifier : les ferries peuvent être supprimés en cas de vent fort (force 7-8). Vérifiez le matin sur l’application Şehir Hatları avant d’organiser votre journée autour. Si vous passez côté asiatique, Kadıköy vaut le détour : marché couvert animé, cafés branchés, atmosphère locale très différente de la rive européenne. C’est une autre Istanbul, à 20 min de bateau.

Istanbul en hiver, c’est Sainte-Sophie sans queue, un hammam pour se réchauffer, du salep dans les rues de Beyoğlu et du lüfer frais dans un meyhane. Commencez par réserver votre créneau à la Citerne Basilique.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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