Les habitudes des habitants de Porto que l’on a finies par adopter

Les habitudes des habitants de Porto que l’on a finies par adopter

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Porto transforme ses visiteurs sans prévenir. Pas par ses azulejos ni par le son du fado, mais par des automatismes minuscules qui s’installent en quelques jours. On finit par commander au comptoir, par traverser le pont sans raison, par défendre une adresse de francesinha comme si on y avait grandi. Vivre comme un habitant de Porto, même temporairement, c’est adopter ces micro-habitudes quotidiennes sans jamais vraiment le décider. On rentre à la maison avec de nouveaux réflexes, et c’est là qu’on comprend que la ville a fait son travail.

Commander un cimbalino, pas un café

Cimbalino, Porto

Crédit photo : Flickr – Ancient Cycles

À Porto, demander « un café » vous désigne immédiatement comme touriste. Les locaux commandent un cimbalino. Il s’agit d’un terme dérivé de La Cimbali, la marque de machine italienne qui a équipé les bars de la ville dans les années 1960. C’est un expresso court et serré, qui se boit debout au comptoir en moins de 3 min. Comptez autour de 0,80 €, parfois moins dans les quartiers résidentiels.

Le rythme local tourne entre deux et quatre cimbalinos par jour. Pas par addiction au café, mais parce que chaque arrêt est une pause sociale de 5 min. On s’accoude au zinc, on échange quelques mots avec le serveur ou le voisin, puis on repart. S’asseoir à une table coûte souvent plus cher et ralentit tout. Adoptez le comptoir, et vous vous fondez dans le décor en deux jours.

Apprendre à jurer comme un Tripeiro

Portugais attendant le métro à Porto

Crédit photo : Flickr – Sergio FF

Les habitants de Porto s’appellent eux-mêmes les Tripeiros. C’est un surnom hérité d’une légende médiévale où ils auraient donné leurs viandes aux soldats partis conquérir Ceuta, ne gardant que les tripes pour eux. Le caractère qui va avec est réputé dans tout le Portugal : direct, rugueux dans la forme, sans la préciosité lisboète. L’expression la plus emblématique est « carago », équivalent approximatif de « bordel » ou « mince », qui ponctue les phrases comme une virgule.

On l’entend à chaque coin de rue, dans un contexte de joie, d’étonnement ou de frustration légère. Mais toujours sans agressivité. Les locaux de Porto apprécient quand un étranger ose l’utiliser au quotidien, même maladroitement. L’accent portuense lui-même est reconnaissable entre tous : plus traînant, plus tonique, très différent du portugais de Lisbonne ou du Brésil. Un signe que Porto tient à sa singularité, et ne cherche pas à la lisser.

Traverser le pont Dom Luís à pied pour rien

dom luis porto

Le pont Dom Luís I relie Porto à Vila Nova de Gaia en deux niveaux superposés. Les touristes le traversent une fois pour la photo, depuis le tablier supérieur à 60 m de hauteur, accessible à pied ou par le téléphérique côté Gaia. Les habitants, eux, le traversent parce que c’est le chemin. Pour aller acheter un vinho do Porto, pour redescendre vers Ribeira, pour rentrer chez eux.

On finit par en faire autant, sans chercher de justification. On traverse, on s’arrête au milieu pour regarder le Douro en contrebas, les barcos rabelos amarrés côté Gaia, les façades de la ville qui remontent vers la Sé. Puis on continue. Ce n’est pas une activité touristique, c’est une habitude physique qui relie deux rives de Porto. Le tablier inférieur est accessible directement depuis Ribeira et convient si les hauteurs vous pèsent.

Avoir une adresse de francesinha (et défendre son choix)

Francesinha, sandwich spécialité de Porto

Shutterstock — Rosshelen

La francesinha intimide au premier regard : un sandwich de pain de mie épais, garni de viande froide et de saucisse, recouvert de fromage fondu. Noyé dans une sauce tomate-bière légèrement épicée, elle est souvent couronnée d’un œuf sur le plat et accompagnée de frites. C’est lourd, c’est copieux, c’est clairement un plat de déjeuner. Le commander le soir est possible, mais vous le regretterez probablement.

Ce qui divise les Portuenses, c’est la sauce. Chaque établissement a la sienne, gardée secrète, et c’est là que se jouent les débats de quartier. Le restaurant Santiago, dans le centre, est une référence historique indiscutée. Brasão, plus récent, est cité comme valeur sûre et accessible. Choisissez votre camp, défendez votre adresse, et n’essayez pas de convaincre un local que vous avez mangé la meilleure francesinha à Lisbonne.

Boire un fino, pas une bière

Fino Super Bock, Porto

Crédit photo : Flickr – JohnVenice

À Porto, on ne commande pas « une bière ». On demande un fino : une bière pression servie dans un verre fin et haut, très froide, de la taille d’un demi français mais plus effilé. La marque qui s’impose partout est Super Bock, dont les usines se trouvent à Leça do Balio, à une dizaine de kilomètres du centre. Le patriotisme brassicole est sérieux : demander une Sagres, la marque rivale venue de Lisbonne, peut déclencher des commentaires.

On finit par commander le fino sans y penser, parce qu’il s’intègre à tout : le déjeuner, le début de soirée en terrasse, l’attente avant de passer commande. Le prix tourne entre 1 et 1,50 € en bar de quartier. C’est aussi simple que ça, et c’est précisément ce qui rend cette habitude locale à Porto si facile à prendre.

Faire son marché au Bolhão

Le célèbre Marché de Bolhão à Porto au Portugal

Shutterstock – Vitor Miranda

Le marché Bolhão, situé Rua de Fernandes Tomás, a rouvert après une longue rénovation en 2022. Il reste le marché de référence du centre-ville. Fruits, légumes de saison, poisson frais, bacalhau séché en piles impressionnantes, charcuterie, fromages du nord du Portugal. Les locaux qui tiennent à la qualité des produits continuent à y passer, même si la rénovation a accentué sa dimension vitrine. Ceux qui font vraiment leurs courses au quotidien se tournent souvent vers le marché de Matosinhos ou les étals de Campanhã.

Ce qui fait la différence, c’est le contact avec les vendeurs. On discute, on goûte un bout de fromage, on revient. Allez-y en semaine, le matin avant 11h, pour éviter la vague touristique de milieu de journée. Le week-end, l’ambiance est différente, plus dense, moins pratique pour faire ses courses. Le Bolhão reste un marché vivant, à condition de s’y rendre aux bonnes heures.

Aller « voir la mer » sans forcément se baigner

La plage de Matosinhos à Porto

Shutterstock –

Porto n’est pas une ville côtière, mais l’Atlantique est à 15 à 20 min en métro, ligne A, direction Matosinhos. Les locaux font ce trajet régulièrement, hors saison autant qu’en été, et sans forcément avoir l’intention de se baigner. On y va pour marcher sur la promenade, regarder les vagues, respirer l’air iodé. C’est une sortie de décompression, pas une excursion balnéaire.

Matosinhos est la plage la plus accessible et la plus prisée des habitants du centre, terminus de la ligne A. Foz do Douro, là où le fleuve rencontre l’océan, est plus résidentielle et calme. Mais elle ne se rejoint pas en métro : on y accède en bus, notamment par la ligne 500 depuis le centre. L’eau tourne autour de 18°C même en plein été : les baignades sont possibles mais courtes. Si vous attendez la Méditerranée, vous serez surpris. Si vous cherchez une côte sauvage et ventée, vous serez satisfait.

Manger des petiscos plutôt qu’un plat

Pataniscas de bacalhau, Porto

Crédit photo : Flickr – Felipe Corvello

Les petiscos sont l’équivalent portugais des tapas : des petites portions servies à mesure, à partager sans cérémonie. Pataniscas de bacalhau (beignets de morue), olives marinées, alheira grillée (saucisse élaborée au XVe siècle par les juifs portugais pour simuler des charcuteries de porc face à l’Inquisition, à base de pain et de gibier), fromage de la Serra, moelas en sauce (gésiers de poulet mijotés). On commande, on partage, on recommande si l’envie est là. Surtout, on prend le temps.

C’est une façon de manger qui s’étire naturellement sur 1h30, et qui revient souvent moins cher que de commander chacun son plat. On trouve les meilleurs petiscos dans les tascos de quartier, notamment à Bonfim ou dans les ruelles autour de Ribeira. Ce ne sont pas des restaurants vitrines : ce sont des salles de dix tables, parfois moins, où la carte tient sur une ardoise et change selon l’arrivage.

Accepter que les choses ne soient pas à la minute

La ponctualité n’est pas une priorité à Porto, et il vaut mieux l’intégrer dès le premier jour plutôt que de se crisper. Un bus en retard, un serveur qui prend son temps, un rendez-vous qui démarre avec un quart d’heure de décalage : ce n’est pas de la négligence. L’expression « logo se vê » (« on verra bien ») résume cet aspect de la culture et du mode de vie à Porto mieux que n’importe quelle explication sociologique.

On finit par ajuster son propre rythme, et c’est souvent là que Porto devient réellement agréable au quotidien. Prévoyez des marges dans votre agenda. N’enchaînez pas les visites à la demi-heure près, et ne choisissez pas Porto si vous avez besoin que tout soit calé au millimètre. En revanche, si vous êtes capable de lâcher prise quelques jours, la ville vous rend la pareille avec un rythme qui, une fois adopté, devient difficile à quitter.

Entre le cimbalino du matin bu debout au comptoir et le fino du soir en terrasse à Bonfim, Porto installe ses habitudes locales sans forcer. Partez en observateur, revenez en Tripeiro.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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