10 anecdotes à connaître sur la Tour de Pise
La Tour de Pise est l’un des monuments les plus photographiés au monde. Et pourtant, la plupart des gens qui font la pose devant elle n’en savent presque rien. Elle a failli s’effondrer pendant sa construction, failli être redressée par un dictateur, failli être rasée par une armée alliée. Voici 10 anecdotes à savoir sur la Tour de Pise pour enrichir votre séjour à Pise.
1. Ce n’est pas une tour, c’est un clocher

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La Torre Pendente n’a jamais été conçue comme un bâtiment autonome. C’est le campanile de la cathédrale Santa Maria Assunta, construite pour abriter les cloches du complexe religieux. Elle fait partie de la Piazza dei Miracoli, aussi appelée Campo dei Miracoli, aux côtés du baptistère et du Camposanto, le cimetière monumental.
Beaucoup de visiteurs arrivent sur la place sans réaliser qu’ils entrent dans un ensemble architectural cohérent, pas juste dans un « parc à selfies ». Le terme « tour » s’est imposé par usage, pas par fonction. La cathédrale elle-même date du XIe siècle et mérite largement plus d’attention qu’elle n’en reçoit. Voilà ce que la plupart des guides ne prennent pas le temps d’expliquer à l’entrée de la place.
2. Elle a commencé à pencher avant même d’être terminée
La première pierre est posée en 1173. Dès 1178, au 3e étage, l’inclinaison est déjà visible. Pourquoi la Tour de Pise penche-t-elle ? La cause vient d’un sol composé d’argile, de sable et d’eau, avec des fondations creusées à seulement 3 m de profondeur. Les travaux s’arrêtent, reprennent en 1272, puis en 1350. L’inauguration du monument se déroule en 1372, soit après 200 ans de chantier.
Les architectes successifs ont tenté de compenser l’inclinaison en construisant les étages supérieurs légèrement plus hauts du côté qui s’enfonçait. Cela donne à la tour une courbure en « banane » visible à l’œil nu si on prend du recul. C’est cette anecdote sur la Tour de Pise qui contribue largement au succès du monument.
3. Les guerres l’ont involontairement sauvée

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Les longues interruptions de chantier, causées par les conflits entre cités-États italiennes, ont permis au sol de se tasser progressivement sous le poids des étages déjà construits. Ce phénomène de consolidation naturelle a renforcé la résistance du terrain avant que les niveaux suivants ne soient élevés.
Si la tour avait été construite d’une seule traite, le poids cumulé aurait très probablement provoqué l’effondrement total. Paradoxe net : ce sont les guerres, et non les ingénieurs, qui ont stabilisé les fondations. Aucun plan de construction ne l’avait prévu. C’est l’un des faits insolites de la Tour de Pise que même les passionnés d’histoire ignorent souvent.
4. Mussolini a failli la faire tomber
En 1934, Mussolini juge l’inclinaison de la tour humiliante pour le prestige de l’Italie fasciste. Il ordonne des travaux de redressement. 80 trous sont percés dans les fondations, et 90 tonnes de béton y sont injectées, produisant l’effet exactement inverse à celui recherché : le surplus de poids enfonce encore davantage la base dans le sol mou.
La tour s’incline encore un peu plus et l’opération est abandonnée sans résultat utile. L’intervention de Mussolini sur la Tour de Pise reste sans doute l’une des décisions architecturales les moins glorieuses du XXe siècle.
5. Les Alliés ont failli la raser en 1944
Pendant la campagne d’Italie, les soldats américains avaient pour ordre de détruire tout bâtiment pouvant servir de poste d’observation aux forces allemandes. La tour, haute de 56 m, était clairement dans leur ligne de mire. Les archives militaires attestent que l’ordre de tir était réel et imminent.
Selon les témoignages recueillis, un officier américain aurait renoncé à donner l’ordre après avoir été frappé par le monument. Il n’existe pas de version officielle de cette anecdote sur la Tour de Pise pendant la Seconde Guerre mondiale, mais la menace, elle, est documentée. La tour a été épargnée, probablement moins par stratégie militaire que par une décision humaine de dernière minute.
6. Galilée : légende ou expérience réelle ?
Galilée est né à Pise en 1564 et y a étudié. La tradition veut qu’il ait lâché 2 boulets de masses différentes depuis le sommet de la tour pour démontrer que la vitesse de chute est indépendante du poids de l’objet. C’est une belle image, et elle a traversé les siècles.
La majorité des historiens des sciences considèrent aujourd’hui l’expérience de Galilée à la Tour de Pise comme une expérience de pensée, et non pas une manipulation réelle. Ses résultats sont vérifiés, mais rien dans ses écrits ne confirme qu’il ait effectivement grimpé la tour avec 2 boulets. C’est une nuance que peu de guides mentionnent, et elle mérite d’être posée clairement.
7. Elle résiste aux séismes grâce à… son défaut
Le sol meuble qui a causé l’inclinaison joue, lors des tremblements de terre, le rôle d’amortisseur naturel. La structure n’est pas « secouée » de la même façon qu’un bâtiment ancré sur un sol dur. Dans le cas de la Tour de Pise, les ondes sismiques sont absorbées différemment, réduisant les contraintes transmises à la maçonnerie.
Une étude publiée en 2018 par une équipe internationale d’ingénieurs a établi que la Tour de Pise a survécu à au moins 4 séismes importants depuis le XIIIe siècle précisément grâce à ce mécanisme. Conclusion résumée en une phrase : c’est exactement ce qui aurait dû la faire tomber qui l’a protégée. L’ironie est totale.
8. Les travaux des années 1990 l’ont redressée de 40 cm
Entre 1990 et 2001, la tour est fermée au public. L’inclinaison avait atteint 5,5 degrés, un seuil jugé critique. Les ingénieurs retirent 70 tonnes de terre du côté le plus haut, à l’aide de tubes métalliques insérés en oblique sous les fondations. La tour se redresse d’environ 40 cm, revenant à son angle des années 1830, soit environ 4 degrés.
Les experts estiment qu’aucune intervention supplémentaire ne sera nécessaire avant plusieurs siècles. La Tour de Pise est rouverte à la visite depuis 2001, mais les places sont limitées et les billets partent vite, surtout en haute saison. Pensez à réserver en ligne bien à l’avance, idéalement plusieurs semaines avant votre passage.
9. Elle n’est pas la plus penchée du monde
Le record de l’édifice naturellement le plus incliné appartient au clocher de l’église de Suurhusen, en Allemagne. Ses fondations en chêne ont pourri avec le temps, provoquant une inclinaison supérieure à celle de Pise. L’histoire de la Tour de Pise et son record d’inclinaison sont donc à nuancer : Pise n’est pas recordman, même si c’est la version que tout le monde retient.
Et à Pise même, le clocher de l’église San Michele degli Scalzi dépasse l’inclinaison du célèbre monument, avec environ 5 degrés contre 4 pour la tour. Pise est une ville d’Italie qui penche sérieusement, pas seulement un monument. C’est un détail à connaître avant de poser pour la photo.
10. Ses cloches sonnent encore, mais avec précaution

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La tour abrite 7 cloches au sommet, dont la plus ancienne date de 1262. Chacune porte un nom propre. Elles ne sont plus actionnées manuellement depuis des décennies : les oscillations produites par le balancement fragilisaient une structure déjà précaire. Elles sont désormais activées par un mécanisme électronique à marteau, qui réduit les vibrations transmises à la maçonnerie.
L’une de ces cloches était traditionnellement sonnée lors des exécutions pour trahison, au Moyen Âge. Dante y fait écho dans la Divine Comédie avec l’épisode du comte Ugolino, condamné à mourir de faim avec ses fils dans une tour de Pise. La ville a une histoire bien plus sombre que ses touristes ne l’imaginent.
À travers ces anecdotes, vous savez désormais que la Tour de Pise a survécu à la guerre, à Mussolini et à elle-même. Pas mal pour un chantier raté !
