Tenerife au-delà des resorts : vivre au rythme des Canariens

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Tenerife accueille 13 millions de touristes par an. La majorité d’entre eux ne voit que le même couloir : Las Américas, le Teide en bus, retour à la piscine. Pourtant l’île a un nord vert et brumeux, des vignerons qui servent à manger sur des tables en formica, des piscines volcaniques où les Canariens passent leur dimanche. Ce guide s’adresse à ceux qui veulent ralentir, manger comme un local à Tenerife et rentrer avec autre chose que du bronzage.

Le nord, d’abord

santa cruz

Crédit photo : Shutterstock – RossHelen

Le clivage est simple : le sud garantit le soleil, les hôtels en front de mer et les bars à shots. Le nord offre autre chose. Il est vert, parfois brumeux le matin, plus frais de plusieurs degrés, et culturellement bien plus dense. Les Canariens qui ont le choix habitent au nord et ce n’est pas un hasard !

La Laguna, ancienne capitale coloniale classée Unesco depuis 1999, compte environ 22 000 étudiants. Elle abrite une vie de quartier qui tourne toute l’année, pas seulement en haute saison. Ses rues étroites sans trottoirs larges ralentissent naturellement le pas. L’architecture a servi de modèle aux villes coloniales d’Amérique latine : La Havane, fondée en 1519, soit plus de 20 ans après La Laguna, en est l’une des héritières directes.

Santa Cruz, capitale de l’île et co-capitale de la communauté autonome des Canaries, complète le tableau avec son tramway, son marché couvert et ses quartiers résidentiels. Quand un nuage gris reste accroché aux crêtes au-dessus du nord, les Canariens l’appellent « panza de burro », le ventre de l’âne. Ce n’est pas de la pluie : c’est l’humidité qui nourrit ces forêts. Si vous arrivez depuis le sud, cela peut surprendre et c’est précisément ce qui rend le nord vivable.

Le Mercado de Nuestra Señora de África

Le Mercado de Nuestra Señora de África

Crédit photo : Wikimédia – Diego Delso

Ce marché couvert de Santa Cruz n’a rien d’un marché touristique. Les halles sont bien séparées : fruits et légumes locaux (bananes des Canaries, goyaves, papayes, mangues de saison), poissons du jour déchargés tôt le matin, fromages de chèvre, fleurs coupées. Les vendeuses ont l’habitude d’appeler leurs clients par leur prénom. Arrivez avant 10h : les étals de poissons sont pleins et l’ambiance est à son meilleur.

Le dimanche matin attire le plus de monde local à Tenerife. En semaine, le marché ferme l’après-midi. Commandez un « café leche y leche » debout au bar intérieur, moitié café, moitié lait concentré sucré. Repérez le gofio, cette farine de céréales grillées héritée des Guanches, vendue en plusieurs variétés selon la céréale de base. Les Canariens l’intègrent encore aujourd’hui dans les soupes, les escaldones et même les smoothies. C’est un aliment consommé au quotidien, pas une relique à mettre en vitrine. On le trouve ici pour quelques euros le paquet.

Les guachinches, l’institution qu’on ne trouve pas sur TripAdvisor

Manger local dans les Guachinches, Tenerife

Shutterstock – Salvador Aznar

À l’origine, des vignerons du nord qui avaient du vin en surplus l’ouvraient à la vente accompagné de plats maison. Aujourd’hui, les guachinches sont encadrés réglementairement, mais l’esprit reste intact. Vous trouverez une cuisine sans chichi, du vin local, une table en formica et du bruit. On les repère souvent à un panneau fait main planté en bord de route avec une flèche. Il n’existe pas d’application pour les localiser et c’est voulu.

Ces établissements se concentrent exclusivement dans le nord. Plus précisément dans la Valle de Acentejo qui regroupe les communes de Tacoronte, Santa Úrsula, El Sauzal, La Victoria de Acentejo et Acentejo même, ainsi qu’autour de La Orotava. On y mange des papas arrugadas con mojo (pommes de terre ridées cuites dans une eau très salée, servies avec sauce au piment ou au persil). Mais aussi du queso asado al miel de palme, de la carne fiesta et des garbanzas compuestas.

Deux points pratiques à retenir : la saison s’étend de novembre à avril-mai environ, les guachinches ferment le reste de l’année. Appelez avant de faire le déplacement. La carte bancaire n’est pas toujours acceptée, et l’anglais est inexistant. L’espagnol reste indispensable pour manger comme un local à Tenerife.

Les charcos plutôt que les plages à touristes

Garachico, Canaries

Crédit photo : Wikimédia – rene boulay

Les Canariens ne passent pas leur week-end à Playa de las Américas. Ils vont aux charcos : des piscines naturelles volcaniques creusées dans la roche par l’action des vagues, avec une eau claire et une baignade protégée. Pas de transats à louer, pas de DJ. Seulement des locaux qui déroulent leur serviette sur la roche noire avec leurs enfants. C’est un espace de sociabilité autant qu’un lieu de baignade, et c’est précisément ce qui distingue Tenerife de Playa de las Américas.

Citons trois adresses concrètes. Charco del Viento à La Guancha est fréquenté par les familles du nord-ouest, accessible à pied depuis le village. Garachico est une ancienne capitale commerciale détruite par une éruption en 1706. Reconstruite sur les coulées figées, elle intègre ses charcos directement dans le tissu du village. Venez tôt ou prenez la guagua ligne 363 depuis Puerto de la Cruz, le parking est vite saturé. Enfin, Punta del Hidalgo se situe au nord-est : bout du monde, falaises, quasiment aucun touriste étranger. Si on devait choisir, on sélectionnerait Garachico. Le village lui-même justifie le déplacement, les charcos en font un arrêt complet.

Anaga, la forêt oubliée

Le Parc rural d'Anaga

Shutterstock – sashk0

Le Parc rural d’Anaga occupe la pointe nord-est de l’île. Il abrite l’une des forêts de laurisylve les mieux préservées de la planète, classée réserve de biosphère. Cet écosystème se chiffre en millions d’années : cette forêt existait avant même les Alpes. Anaga n’est pas le Teide. Ici, pas de téléphérique, pas de boutiques à souvenirs, pas de cars organisés. C’est l’une des randonnées locales et authentiques à Tenerife les plus préservées qui soit.

Des chemins balisés traversent des crêtes couvertes de brume. Ils descendent vers des villages comme Taganana, accessible uniquement par une route en lacets déconseillée aux estomacs fragiles. En bas, Roque de las Bodegas est un village de pêche avec sa propre identité, quelques barques et un bar qui sert du poisson frais. Louez une voiture : c’est nécessaire pour accéder à Anaga. Le parking au Cruz del Carmen, point de départ de nombreux sentiers, est gratuit. Prévoyez au minimum une demi-journée, une journée entière si vous randonnez. La brume peut faire chuter la température de 10 degrés : emportez une couche supplémentaire même en été.

Fêtes et rythme : comprendre le calendrier local

Le Carnaval de Santa Cruz, Canaries

Crédit photo : Flickr – Mariusz Kucharczyk

Les Romerías sont des processions festives liées aux fêtes patronales des villages. Les habitants revêtent le costume traditionnel des « magos » (paysans canariens), décorent des chars tirés par des bœufs et distribuent nourriture et vin. Ce ne sont pas des reconstitutions folkloriques pour touristes mais des fêtes communautaires réelles qui existent depuis des générations. La Romería de La Orotava en juin est la plus connue. Celle de Tegueste, plus discrète, attire quasi exclusivement des locaux. Y assister en tant qu’étranger est bienvenu et une expérience à part entière.

Le Carnaval de Santa Cruz est l’un des plus grands au monde. Il est comparable à ceux de Las Palmas, Cadix ou Venise selon les critères retenus. L’événement dure deux semaines entre février et mars et mobilise plusieurs centaines de milliers de personnes sur l’ensemble de la période. L’élection de la Reine du Carnaval se tient dans l’Auditorium de Santiago Calatrava, en bord de mer.

Autre option moins spectaculaire mais franchement révélatrice : assistez à un match du CD Tenerife au stade Heliodoro Rodríguez López à Santa Cruz. Le club joue en deuxième division espagnole. Les billets sont accessibles et l’ambiance familiale du stade vous donne à voir l’île dans sa dimension la plus ordinaire et la plus vraie.

Quelques mots pour ne pas rester en dehors

Zaperoco, Canaries

Crédit photo : Flickr – JAPG 1100D

Trois mots changent vraiment quelque chose dans les interactions quotidiennes pour vivre comme un local à Tenerife. « Guagua » désigne le bus : dire « autobús » vous signale immédiatement comme étranger. « Chacho » ou « chacha » est un raccourci affectueux de « muchacho », utilisé comme ponctuation dans chaque phrase. Ce n’est pas péjoratif mais très familier. Commandez un « leche y leche » le matin au bar : café mélangé à parts égales avec du lait concentré sucré. C’est la commande locale par défaut à Tenerife.

Sur la langue : les Canariens ne prononcent pas le « c » et le « z » à la castillane. L’accent sonne plus proche de l’espagnol d’Amérique latine, et ils utilisent « ustedes » à la place de « vosotros ». Se faire comprendre en espagnol standard ne pose aucun problème. L’effort de vocabulaire n’est pas indispensable, mais il change la température d’un échange en guachinche ou sur un marché.

Se déplacer comme les habitants

Tramway, Santa Cruz de Tenerife

Crédit photo : Wikimédia – Diego Delso

Le réseau de bus interurbain TITSA, que tout le monde appelle « guagua », couvre l’ensemble de l’île y compris les villages ruraux. Les billets coûtent entre 1 et 3 € selon la distance. La carte rechargeable TEN+ donne accès à des tarifs réduits et évite d’avoir la monnaie exacte. Le tramway relie Santa Cruz à La Laguna en 35 à 45 min selon l’arrêt pour 1,35 €. C’est le trajet le plus utile du séjour si vous dormez dans le nord.

Soyons honnêtes sur les limites : pour Anaga, dénicher un guachinche en bord de route ou accéder à certaines criques isolées, la voiture est indispensable. Les horaires TITSA ne correspondent pas toujours aux besoins d’un voyageur autonome. Louer une voiture deux ou trois jours sur sept est une stratégie raisonnable. Le carburant est moins cher qu’en France métropolitaine grâce à la fiscalité spécifique des Canaries. Dernier point pratique à ne pas oublier : les Canaries sont en UTC+0 en hiver et UTC+1 en été, soit 1h de moins que la France. Cela peut paraître anodin, mais suffisant pour rater un bus ou une réservation si on n’y pense pas.

Entre les guachinches saisonniers du nord, les charcos volcaniques et les 22 000 étudiants de La Laguna, Tenerife a une vie locale dense et accessible. Commencez par le marché de Santa Cruz un dimanche matin pour vous immerger dans le quotidien des Canariens.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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