Les 5 pistes d’atterrissage les plus courtes au monde

400 mètres. C’est la longueur de la piste d’atterrissage la plus courte au monde, nichée sur une île des Caraïbes entourée de falaises. Là où la marge d’erreur se compte en secondes et où chaque approche relève d’un véritable art. Ces aéroports existent pourtant pour une seule raison : relier des communautés isolées au reste du monde. Tour du monde des cinq pistes qui repoussent les limites de l’aviation civile (elles pourraient avoir leur place parmi ce classement).
Aéroport Juancho E. Yrausquin, Saba : la piste suspendue au-dessus du vide (400 mètres)

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Avec ses 400 mètres de bitume encadrés de falaises plongeant directement dans la mer des Caraïbes, l’aéroport de Saba détient le record absolu de la piste commerciale la plus courte au monde (à peine plus long que quatre terrains de football côte à côte). L’île elle-même n’offrait tout simplement aucune autre surface plane pour construire une alternative. Seuls les De Havilland Twin Otter et quelques bimoteurs légers y sont autorisés, pilotés par des navigants titulaires d’une qualification spécifique à cette approche. Les visiteurs arrivent généralement depuis Saint-Martin en moins de 15 minutes de vol, une liaison opérée quotidiennement par Winair. Atterrir ici, c’est poser les roues à quelques mètres d’une falaise et freiner en sachant que l’océan attend à l’autre bout.
Aéroport Tenzing-Hillary, Lukla, Népal : le seuil de piste face à l’Himalaya (527 mètres)

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Porte d’entrée quasi obligatoire vers l’Everest, l’aéroport de Lukla cumule les contraintes avec une logique implacable : une piste de 527 mètres inclinée à 11,7 % d’un bout à l’autre, nichée à 2 845 mètres d’altitude dans une vallée encaissée du Khumbu. Les appareils décollent vers le bas d’une falaise et atterrissent vers le haut d’un mur rocheux, sans aucune possibilité de remise des gaz en cas d’erreur. Les Twin Otter et Dornier 228 y assurent des rotations régulières depuis Katmandou (environ 25 minutes de vol), mais les conditions météo ferment fréquemment l’aéroport plusieurs jours d’affilée. Mieux vaut prévoir des jours de marge dans son itinéraire trekking. Nommée en hommage aux deux premiers alpinistes à avoir vaincu l’Everest, cette piste porte l’histoire de l’himalayisme dans chaque atterrissage.
Altiport de Courchevel, France : la rampe des Alpes (537 mètres)

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À 2 008 mètres d’altitude dans le massif de la Vanoise, l’altiport de Courchevel est une anomalie fascinante dans le paysage aéronautique français. Sa piste de 537 mètres affiche une déclivité de 18,5 %, ce qui en fait l’une des surfaces les plus pentues accessibles à des avions civils en Europe. L’approche s’effectue en montant (côté atterrissage) et le décollage se fait en descente pour gagner de la vitesse avant de s’élancer dans le vide alpin. Seuls les pilotes détenteurs d’une qualification montagne délivrée par la DGAC peuvent s’y poser, après une formation rigoureuse au ski… aéronautique. L’altiport est ouvert principalement en saison hivernale, d’environ mi-décembre à début avril. Les jets privés des résidents de luxe de la station voisinent ici avec des monomoteurs d’école, dans un ballet alpin assez unique.
Aéroport Gustaf III, Saint-Barthélemy : l’approche rasant la plage (646 mètres)

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L’aéroport de Saint-Barthélemy est devenu culte sur les réseaux sociaux pour une bonne raison : les avions survolent à quelques mètres la route nationale et la plage de Saint-Jean avant de toucher les 646 mètres de piste tracés sur un plateau surplombant la baie. Le relief de l’île, entièrement volcanique et vallonné, n’a pas laissé le choix aux ingénieurs. Les appareils autorisés se limitent essentiellement aux STOL légers de type Twin Otter ou aux petits turboprops, les jets régionaux étant exclus par la longueur disponible. Les vols réguliers arrivent depuis Saint-Martin, Guadeloupe et Antigua, avec des compagnies comme St Barth Commuter ou Tradewind Aviation. Les spectateurs se massent régulièrement côté plage pour observer les approches, transformant chaque atterrissage en événement à part entière.
Aéroport de Barra, Écosse : la piste que la marée efface (846 mètres)

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Barra, petite île des Hébrides extérieures, abrite l’un des aéroports les plus singuliers de la planète : sa piste d’atterrissage est une plage de sable cockleshell, recouverte par la mer à marée haute. Les 846 mètres disponibles disparaissent donc sous les flots selon les horaires de la marée, et les vols Loganair depuis Glasgow ou Benbecula sont planifiés en fonction du calendrier lunaire, bien plus que des créneaux aéroportuaires classiques. Aucune balise lumineuse ni marquage permanent : les pistes sont tracées à même le sable avant chaque opération. L’expérience en tant que passager est accessible à tous, et le vol depuis Glasgow dure environ 1 h 15. C’est le seul aéroport commercial au monde dont les horaires d’exploitation dépendent officiellement des marées.
Ces cinq pistes racontent toutes la même histoire : l’ingéniosité humaine pour refuser l’isolement, même là où la géographie semble avoir dit non, et si l’une d’elles figure déjà sur votre liste de voyages, il est grand temps de réserver.