Les Îles Marquises, la Terre des aventuriers

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Herman Melville, Robert Louis Stevenson, Jack London, ces 3 auteurs ne vivaient que pour découvrir le monde qui les entoure. Au cours de leurs multiples pérégrinations, chacun a eu la chance de fouler le sol des Îles Marquises. Mais qu’est-ce que l’archipel polynésien peut bien renfermer pour attirer tout ce beau monde ?

Perdues dans les eaux turquoise de l’océan Pacifique, les Îles Marquises n’avaient pas pour vocation d’être découvertes. Au XVIème siècle, un conquistador espagnol du nom d’Álvaro de Mendaña tombe dessus, mais sa mort prématurée quelques mois plus tard leur permet de garder un anonymat relatif.

Deux siècles se passent avant qu’elles ne revoient la tête d’un navigateur en la personne de James Cook. A partir de ce moment-là, l’archipel voit débarquer plusieurs représentants d’Etats expansionnistes, désireux de revendiquer ces terres polynésiennes.

Faisant fi des querelles entre ces différents conquistadors, des aventuriers intrépides y font tout de même escale afin de découvrir la culture et la civilisation de ces îles. Partez donc sur leurs traces et, vous-aussi, tombez amoureux de cette partie du globe.

L’arrivée à Nuku-Hiva

Atterrir sur l’île de Nuku Hiva serait bien trop simple pour commencer votre expédition. Bien qu’un aéroport se situe au Nord-Ouest de l’île, la voie des Mers est bien plus attrayante. De plus, tout bon aventurier choisirait de voguer à travers les flots pour rejoindre la terre ferme.

La baie de Taiohae

A l’instar d’Herman Melville quand il était simple matelot sur l’Acushnet ou de Jack London à bord du Snark, votre voyage débute sur la baie de Taiohae. Le paysage a quelque peu changé depuis le temps de ces auteurs – il n’y avait aucune construction sur le rivage – pourtant, la nature luxuriante est encore bien présente et devrait titiller votre curiosité.

Avant de s’y enfoncer, prenez un peu de hauteur pour admirer l’entièreté de la baie. Vous la voyez, cette caldeira dans laquelle se lovent les Îles Marquises ? Vestiges d’un volcan entré en éruption il y a plusieurs millions d’années, elle est le premier témoin de ces terres.

Baie Taiohae

Vue sur la Baie de TaiohaeCrédit Photo : Shutterstock – angela Meier

Au-delà de l’explication scientifique, il existe une légende locale qui conte les Îles Marquises, celle d’Oatea et de sa femme Atanua. Perdu au milieu des mers, le couple voulait tout de même bâtir une habitation. Alors Oatea convoqua ses ancêtres les Dieux pour qu’un plancher terrestre apparaisse. Ils répondirent positivement à l’appel et, de là, les Îles Marquises sortirent réellement de terre.

Temehea Tohua

Depuis votre arrivée la jungle vous fait de l’œil, alors cédez enfin à la tentation. Aventurez-vous vers le Nord de Nuku Hiva où se cachent les vestiges de Temehea Tohua, demeure de la dernière reine de Taiohae.

Ce lieu est réputé pour abriter de nombreux tikis – c’est-à-dire une statue d’un dieu polynésien – de toutes tailles, mais surtout de toutes formes ! Si certains ont des grandes bouches, les autres ont un petit tronc. D’autres ont les têtes rehaussées d’un casque allongé et certaines ont les yeux globuleux.

Tiki Temeha

Crédit Photo : Shutterstock – Claire.Wanderlust

Ces représentations intriguent toujours autant les anthropologues. Sur quoi les Polynésiens se sont basés pour leurs tikis ressemblent autant à des extra-terrestres ? En attendant une explication rationnelle, vous pouvez vous amuser à penser que la vérité est ailleurs…

Il est temps de rentrer dans le vif du sujet et de partir à la découverte de nos aventuriers favoris.

Les grandes explorations

Vous voilà enfin sur les traces d’Herman Melville, de Robert Louis Stevenson et de Jack London. D’ailleurs, si London s’est aventuré dans cette vallée, c’est grâce au récit du premier cité dans son livre Taïpi.

La vallée de Taipivei

Comme évoqué précédemment, le jeune Merville s’engage sur le baleinier l’Acushnet. Lorsqu’il accoste sur l’île de Nuku Hiva, l’auteur de Moby Dick est subjugué par la beauté du paysage et le frisson de l’aventure lui parcourt l’échine. Epuisé par les ordres de son capitaine, il décide alors de fuir le bâtiment avec son compagnon d’infortune Richard Tobbias Greene.

Cependant, la magie des lieux est un léger trompe-l’œil. La jungle compte quelques pièges et Melville finit par se blesser à cause d’une chute. Pendant 3 jours, lui et son acolyte errent dans cette faune qui s’étend jusqu’à perte de vue. Fort heureusement, il tombent sur la tribu des Taïpi qui les recueillent et les soignent.

Vallée Tapivai

Crédit Photo : Shutterstock – angela Meier

Une fois sur pied, Melville ne veut pas quitter les lieux et s’intègre peu à peu à la tribu. Au fil des mois, le « Jardin d’Eden » comme il l’a baptisé, est un désenchantement. Pourtant, les Taïpi l’intègrent dans les us et coutumes de la tribu. Il prépare devant la popoi, une recette typiquement polynesienne composée de fruits de l’arbre à pain – également appelé Uru – auquel on ajoute le même ingrédient mais fermenté. Ensuite, grâce à un pilon, le tout se transforme en une espèce de pâte que chaque villageois se partage.

Mais ce n’est pas cette tradition qui effraie l’aventurier. Il découvre que ses hôtes sont anthropophages ! Et, à l’instar d’Hannibal Lecter, ils leur arrivent de consommer de la chair humaine ! Sauf qu’à la différence du serial killer, les Taïpi ne font pas cela par plaisir.

Ils ne s’adonnent qu’à ce rituel qu’en cas de guerre et lorsqu’ils capturent des prisonniers. En dévorant leurs ennemis, ils volaient ainsi leurs « manas » ou énergie mystique. Melville n’assiste cependant à aucun rituel de ce genre mais la paranoïa le guette. Et si après avoir été choyé, il devenait purement et simplement le repas du soir ? Profitant d’un moment d’inattention, il finit par fuir le village.

Le site archéologique de Kamuihei

Pour admirer ce que Melville a fui, il faut remonter vers le Nord de la Vallée où se cache le site archéologique de Kamuihei. Vous allez alors admirer un lieu intemporel dans le sens littéral du terme. En effet, aucune datation n’a pour le moment été réalisé.

La mousse qui recouvre les gros blocs basaltiques et les vestiges des plates-formes d’habitation démontre tout de même les affres du temps. Ils auraient pu être complètement engloutis par Mère Nature si l’archéologue Pierre Ottino-Garanger n’avait pas remué ciel et terre pour restaurer tout cela.

Sillonnez ce qui reste des lieux de festivités, admirez les pétroglyphes et les banians – ou arbres divins -, baladez-vous entre les fosses alimentaires de stockage et vous verrez apparaître devant vous les Taïpi en plein rituel. Peut-être même que si vous tendez l’oreille, vous pourrez entendre le pilon qui frappe le popoi.

Banians

Les fameux Banians ou arbres divins des polynésiensCrédit Photo : Instagram – air_tahiti

Kamuihei n’est pas le seul site du genre aux Îles Marquises. Un nombre important est disséminé à travers l’archipel et témoigne de la forte densité de population qui occupait jadis cette vallée. D’ailleurs, avant l’arrivée des explorateurs, James Cook avait estimé la population à 100 000 âmes, ils ne sont moins de 5 000 actuellement.
Finissez de remonter la vallée pour tomber sur la magnifique baie de Hatiheu.

Baie de Hatiheu

Sur la plage d’Hatiheu, le ressac des vagues vous berce. Allongez sur le sable ou sur une chaise longue, vous vous reposez enfin. Sachez que vous n’êtes pas le premier à ressentir cette impression de quiétude.

Baie Hatiheu

Crédit Photo : Shutterstock – angela Meier

Plus de 130 ans auparavant, Robert Louis Stevenson se tenait à votre place, en train de ressentir les mêmes émotions. Sa venue est concomitante à la mort de son père en 1887. Il décide donc de quitter les États-Unis afin de parcourir le monde avec sa femme. Tout comme London, Stevenson met le cap sur les îles Marquises pour en apprendre plus sur Melville.

Lorsqu’il y arrive enfin, il est saisi par la beauté des lieux. Nuku Hiva a la chance d’être sa première escale depuis son départ du continent américain et, comme il le décrit, elle devient l’émotion d’une première expérience qui ne peut se répéter. De ses propres mots, les îles Marquises restent à jamais graver dans sa mémoire. Elles sont pour lui « le premier amour, le premier lever de soleil, la première île du Pacifique qui restent à jamais des souvenirs à part ».

A l’instar de Melville, Stevenson se mêle aux populations locales. Qu’importe la barrière de la langue et l’aspect sauvage des habitants qu’il rencontre, il veut découvrir le monde polynésien. Cette expérience sera différente de celle de Melville. Les Européens ont commencé à imposer certaines règles comme l’interdiction des tatouages maoris. Heureusement, il en faut plus pour faire disparaître des coutumes plus que millénaires.

Stevenson griffonne inlassablement dans son carnet pour garder intact les moments qu’il vit avec son épouse. Il décrit minutieusement les paysages des îles qu’il parcourt à bord de sa goélette appelée le Casco. De cette escale naîtra son livre « Les Marquises », finalisé quand il se ressourçait aux Samoa, son dernier lieu de résidence.

Vivre sa propre aventure

Les tribus sauvages ne peuplent malheureusement plus l’île de Nuku Hiva. Malgré cela vous avez pu découvrir leurs cultures. Mais pourquoi ne pas réaliser votre propre aventure en découvrant les trésors naturels du Mont Tekao et de la Cascade de Vaipo.

Mont Tekao

De Taiohae, empruntez la route vers le Nord en direction du Mont Tekao. Le majestueux massif surplombe le plateau de Toovi. Culminant à 1 224m, il vous permettra d’avoir une vision globale sur les Îles Marquises. Mais la randonnée prévue à cet effet ne sera pas de tout repos. Les dénivelés s’avèrent raide et il faudra redoubler d’efforts pour passer le col.

Passé·e·s ces obstacles, vous comprendrez une fois en haut que cela en valait bien la peine. Vous aurez une vue imprenable sur les plateaux verdoyants de Toovi composés de pins majestueux et de bosquets qui donnent des allures de forêt enchantée.

Les aiguilles d’Aakapa s’offrent aussi à vous. D’ailleurs, elles ont attiré des aventuriers des temps modernes. Des Français rêvaient de tendre un fil entre deux pics pour réaliser un numéro d’équilibriste sur celui-ci. Malheureusement, le projet n’a pas pu être mené à son terme. Entre la dengue et le déferlement des éléments naturels, les organisateurs ont préféré jeter l’éponge.

Aiguille Aakapa

Vue aérienne sur les Aiguilles d’AakapaCrédit Photo : Shutterstock- le bouil baptiste

A la fin de votre escapade, mieux vaut retourner à Taiohae pour se reposer car votre prochaine destination nécessite que vous soyez en forme.

La Cascade de Vaipo

Elle est l’apothéose de votre voyage. Pour pouvoir l’admirer, enfoncez-vous dans la vallée de Hakaui – à l’ouest de la baie de Taiohae – où une randonnée de 5 kilomètres vous attend. Mais rassurez-vous, elle convient à tout type de marcheurs.

Mis à part finir avec les pieds humides, vous ne risquez rien, seulement en cas de pluies diluviennes. Mieux encore, le chemin est déjà tout tracé. Une des reines de la vallée a eu la riche idée d’ériger une voie « royale » qui mène quasiment jusqu’à la cascade.

Sur le chemin, vous croiserez des habitations anciennes car, à l’époque, rien n’était construit sur le rivage par peur de voir un tsunami tout raser. Il n’y a pas que les anciennes demeures des vivants qui jalonnent votre parcours mais aussi celles des morts. Des tombes sont présentes sur les flancs des falaises, dont les cordages de nape tressée tiennent toujours après toutes ces années.

Arrivé·e·s au 2/3 de votre balade, vous devriez apercevoir la cascade dans son intégralité. Haute de 350 mètres, elle est la chute d’eau la plus élevée de la Polynésie et se classe à la 202ème place dans le monde. Admirez autant que faire se peut et laissez-vous transporter par le bruit de l’eau qui s’écoule.

Cascade de Vaipo

Crédit Photo : Instagram – danilora
danilora

Ce n’est pas pour autant qu’il faut rebrousser chemin. Continuez jusqu’à vous retrouver au pied de la cascade, là où l’eau termine sa course dans une grande vasque creusée dans du basalte noir. Si vous n’avez pas trop traîné en route, vous arriverez au moment où le soleil inonde le bassin naturel à la base de la cascade. Y piquer une tête est tentant, cependant, à cause d’éventuelles chutes de pierre, la baignade est interdite.

Au pied de la cascade de Vaipo

Crédit Photo : Instagram – shanahs1

Votre aventure touche donc à sa fin. Vous auriez donc compris que c’est le dépaysement total et la découverte d’une culture éloignée qui ont charmé aussi bien Melville, Stevenson et London. Comme eux, il vous faut donc rentrer mais avec plein de souvenirs gravés à jamais.

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