La brandade de morue est-elle nîmoise ou montpelliéraine ? On a tranché

La brandade de morue est-elle nîmoise ou montpelliéraine ? On a tranché

Brandade de morue, spécialité culinaire de Nîmes
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La première mention écrite de la brandade de morue remonte à 1786. Ce plat fait se battre deux villes du Languedoc depuis des décennies. Montpellier revendique parfois sa part. C’est compréhensible, mais c’est inexact. Les preuves historiques, la route du sel, le cuisinier qui a codifié la recette originale : tout pointe vers Nîmes. On a fait le tour des sources, et on tranche.

Une recette née d’un troc, pas d’un chef

Plat de brandade de morue

Crédit photo : Flickr – Robyn Lee

La brandade de morue n’est pas sortie de la tête d’un cuisinier inspiré. Elle est née d’un échange commercial. Les pêcheurs de l’Atlantique, qui descendaient de Terre-Neuve avec leurs cales pleines de cabillaud salé, avaient besoin de sel pour conserver leurs prises. Ce sel venait des marais de Camargue, et Aigues-Mortes en était la porte d’entrée. Nîmes figurait comme une étape naturelle sur cette route du sel.

La rencontre entre la morue séchée du grand large, l’huile d’olive locale et le savoir-faire méridional a produit un plat de nécessité, pas une création gastronomique. Montpellier n’est pas sur cette route du sel. Elle n’a aucun lien commercial ou géographique comparable avec ce circuit. Ce détail d’apparence anecdotique suffit à régler une bonne partie du débat sur l’origine de la brandade de morue.

1786 : la première trace écrite pointe vers le Gard

Ingrédients d'une brandade de morue

Crédit photo : Flickr – Marc Valery

C’est en 1786 qu’apparaît la première mention documentée de la recette dans la gastronomie du Sud. La tradition locale attribue l’idée de l’émulsion à l’huile au cuisinier du sieur Jourdan, figure nîmoise de l’époque. Il écrase de la morue salée avec de l’ail, de l’huile d’olive et un filet de lait, en versant l’huile en filet tout en travaillant vigoureusement la préparation au pilon dans un mortier en pierre. Pas de pomme de terre, pas de fioriture. Le plat se diffuse ensuite dans toute l’Occitanie, du Roussillon à la Provence, en passant par le Languedoc.

Montpellier fait partie de cette aire de diffusion. Pas de son point de départ. C’est exactement comme ça qu’une recette voyage. Elle naît quelque part, elle s’exporte, et les villes qui l’adoptent finissent parfois par oublier qu’elles n’en sont pas l’auteur. Quand on cherche l’histoire de la brandade de morue et ses origines réelles, Nîmes a les dates.

Charles Durand, le cuisinier qui a mis Nîmes sur la carte

Gros plan sur une brandade de morue

Crédit photo : Flickr – Goldelie

Sans lui, la brandade de morue serait peut-être restée un plat populaire sans étiquette. Charles Durand, natif d’Alès dans le Gard, actif à Nîmes, publie en 1830 Le Cuisinier Durand. Il s’agit d’un traité de cuisine qui codifie la recette, définit toute la bourgeoisie gastronomique nîmoise du XIXe siècle et propulse le plat à l’échelle nationale. Il est parfois surnommé le « Carême de la province », référence directe au plus grand cuisinier français de l’époque.

La brandade remonte jusqu’à Paris. Certaines sources la signalent à la table de l’Élysée. C’est à ce moment que l’appellation « brandade de Nîmes » s’ancre dans le vocabulaire gastronomique français pour de bon.

Le mot lui-même vient de la gestuelle, pas d’un lieu

Entrée brandade de morue

Crédit photo : Flickr – Robyn Lee

« Brandade » vient du provençal « brandar » : remuer, agiter. C’est le geste lui-même qui donne son nom au plat. Il renvoie à cette façon d’émulsionner la chair du poisson avec l’huile en travaillant vigoureusement la préparation au pilon dans un mortier en pierre. Ce terme appartient à tout l’espace occitan, ce qui explique que plusieurs villes du Sud aient pu se sentir concernées par l’origine de la brandade de morue.

Mais partager un vocabulaire ne suffit pas à revendiquer une paternité. L’appellation « brandade de Nîmes » est la seule à disposer d’une reconnaissance historique et commerciale documentée. Le mot est commun, l’origine ne l’est pas.

La vraie brandade n’a pas de pomme de terre (et c’est là que ça coince)

Brandade de morue

Crédit photo : Flickr – latiellesetoise

C’est le point de friction qui révèle tout. La vraie recette de la brandade nîmoise ne contient pas de pomme de terre : morue effilochée, huile d’olive, lait, parfois une touche d’ail. C’est tout. La version « parmentière », avec purée, s’est imposée plus tard, à Paris notamment, dans les foyers qui cherchaient à allonger le plat à moindre coût.

Aujourd’hui, c’est cette brandade parmentière qui domine les rayons de supermarché et les cartes de brasserie. Les puristes nîmois considèrent qu’ajouter de la pomme de terre, c’est déjà cuisiner autre chose. Ce détail en dit long sur la légitimité historique de chaque camp dans ce débat entre brandade de Nîmes et brandade parmentière.

Alors, d’où vient vraiment la confusion ?

Brandade de morue en gratin

Crédit photo : Flickr – Goldelie

Nîmes est entourée d’une région à forte identité gastronomique. La brandade de morue y est consommée et cuisinée depuis des générations dans tout le Languedoc. Cette diffusion large dans tout le bassin occitan explique que le plat ait fini par perdre, aux yeux de certains, son étiquette d’origine.

Quand une recette circule sur plusieurs siècles et plusieurs centaines de kilomètres, elle finit par être adoptée partout. Et les villes qui la cuisinent le mieux finissent parfois par absorber symboliquement des héritages qui ne leur appartiennent pas. Mais dans ce cas précis, la notoriété ne remplace pas les preuves. Le verdict reste nîmois.

Où manger une vraie brandade de Nîmes aujourd’hui ?

Le centre-ville de Nîmes reste le meilleur endroit pour goûter la recette dans sa version authentique, sans pomme de terre. Plusieurs restaurants du vieux Nîmes la proposent en entrée ou en plat, servie chaude sur du pain grillé frotté à l’ail, ou en bouchées à la reine, le grand classique dominical nîmois.

Pour repartir avec une version artisanale, on va aux Halles de Nîmes : chez le charcutier-traiteur ou le poissonnier, pas dans une épicerie fine. Deux maisons font référence depuis des générations : la Maison Raymond, fondée en 1879, et La Nîmoise de Christophe Mouton, deux adresses que les locaux défendent sans hésiter.

Pour l’accord, deux options solides :

  • Un Picpoul de Pinet, dont l’acidité tranche bien avec le gras de l’huile d’olive
  • Un blanc de Costières de Nîmes, plus rond, qui joue la carte de la cohérence régionale

Dans les deux cas, on sert le vin frais, entre 8 et 10°C, et on évite les rouges qui écrasent les arômes du poisson.

La brandade de Nîmes tient sa légitimité de 1786, d’une route du sel et d’un cuisinier gardois. Partez la goûter à la source, sans pomme de terre.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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