Turin comme les Turinois : l’apéritif, le bicerin et les quartiers ignorés

Turin comme les Turinois : l’apéritif, le bicerin et les quartiers ignorés

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Turin n’est pas une ville qui s’impose. Elle se révèle par couches, à ceux qui ralentissent. La cité a inventé le vermouth en 1786 et le bicerin en 1763. Ce sont deux créations qui résument bien le rapport de la ville au temps : lent, précis, sans esbroufe. Les touristes passent par la Mole, les arcades de la Via Roma et repartent. Les Turinois, eux, vivent ailleurs : dans les bars de San Salvario, sur les places de Vanchiglia, au marché de Porta Palazzo le matin. Ce guide suit leur rythme, du premier café au dernier verre, pour visiter Turin comme un local.

Le bicerin : ce n’est pas juste une boisson

Le Caffè Al Bicerin, Turin

Crédit photo : Flickr – Kanki Su

Le bicerin, c’est trois couches dans un verre épais : chocolat chaud au fond, café dense au-dessus, crème de lait en surface. On ne mélange pas ! Les couches se traversent seules à chaque gorgée, et c’est précisément là que réside l’intérêt. La recette est née en 1763 au Caffè Al Bicerin, sur la Piazza della Consolata. Cet établissement est encore ouvert aujourd’hui et protégé par une IGP depuis 2001. Comptez entre 7,50 et 8,50 €. À boire le matin ou en milieu d’après-midi : après un repas, c’est trop lourd.

Le Caffè Al Bicerin reste la référence pour boire un bicerin à Turin. Le revers : huit tables maximum, une queue probable le week-end, et un accueil que plusieurs habitués qualifient de froid, voire expéditif. Notre recommandation : arrivez avant 10h ou en semaine pour éviter la cohue derrière le cordon.

Si l’ambiance du café historique vous suffit sans le cirque touristique, les cafés de la Piazza San Carlo ou de la Via Po servent aussi le bicerin dans un cadre qui mêle locaux et visiteurs. Le bicerin se retrouve également sous forme de glace, de gâteau ou de pâtisserie dans les bonnes maisons de chocolat de la ville. Et pendant que vous y êtes, achetez quelques gianduiotti chez Pfatisch, Gertosio ou Stratta. Ce chocolat aux noisettes du Piémont né à Turin au XIXe siècle ne s’achète pas dans une boutique à souvenirs.

L’apéritif turinois : le vermouth avant l’Aperol

L'apéritif turinois

Crédit photo : Flickr – Fred Romero

Turin a inventé le vermouth moderne. Antonio Benedetto Carpano l’a créé ici en 1786, et le Vermouth di Torino bénéficie d’une IGP depuis 2017. Ceci explique pourquoi l’apéritif turinois a une autre profondeur qu’ailleurs en Italie. Le rituel de l’aperitivo se tient entre 18h et 21h. Une boisson commandée s’accompagne presque toujours de stuzzichini, parfois d’un buffet complet. Dans certains bars, l’apericena tient lieu de dîner : charcuterie, focaccia, légumes marinés.

Ce que commande un Turinois : vermouth rosso sur glaçons avec une écorce d’orange, Negroni, Americano (vermouth et Campari), ou Barolo Chinato pour les amateurs de tanin. L’Aperol Spritz existe, et des locaux en boivent, notamment les plus jeunes. Mais ce n’est pas la boisson identitaire de la ville. Et dans un bar qui se respecte, personne ne vous le recommandera en premier.

La vraie question n’est pas tant « dans quel bar » que « dans quel quartier ». La culture de l’apéritif est très territorialisée à Turin, et chaque quartier a sa propre ambiance. La Piazza Vittorio Veneto reste le point de rassemblement classique en soirée, face à la colline et à la Gran Madre, avec les Alpes en fond par temps clair. Le Quadrilatero Romano, lui, concentre une vie de bar plus dense et plus mixte, avec locaux et visiteurs mélangés autour de caves à vin et de bars sans chichis. C’est là que se passe une bonne partie de la vraie vie nocturne du centre.

San Salvario : le quartier qui bouge vraiment

San Salvario, loger à Turin

San Salvario se trouve au sud du centre, coincé entre la gare de Porta Nuova et le Parco del Valentino, le long du Pô. Ancien quartier populaire avec une réputation difficile, il est devenu en 20 ans le cœur de la vie nocturne et de la scène créative locale à Turin. C’est là que les 25-35 ans turinois passent leurs soirées, pas à la Piazza San Carlo. Les rues Baretti, Sant’Anselmo et la Piazza Saluzzo concentrent les bars sans prétention. Misez entre 5 et 8 € un verre dans une ambiance qui ne joue pas à être branchée.

Le jour, ne ratez pas le marché de la Piazza Madama Cristina. Il s’agit d’un vrai marché de quartier, fréquenté par les habitants du coin, sans stand de savonnettes artisanales ni touristes en goguette. Le soir, prolongez côté Parco del Valentino si vous cherchez à flâner au bord du Pô avant de passer à table. San Salvario ne demande pas de programme, il suffit juste de s’y poser.

Vanchiglia : calme le jour, vivant le soir

La Fetta di Polenta dans le quartier Vanchiglia, Turin

Crédit photo : Flickr – votredame

Vanchiglia occupe l’espace entre la Mole Antonelliana et le Pô, au nord-est du centre. Quartier d’étudiants et de créatifs, moins dense que San Salvario, plus posé. Le Corso San Maurizio, la Via Santa Giulia et la Via Buniva concentrent des ateliers, des librairies indépendantes et quelques galeries qui changent régulièrement d’exposition.

Pour l’anecdote architecturale : la « Fetta di Polenta », un immeuble dessiné par Alessandro Antonelli (le même que la Mole), dont la façade ne mesure que 54 cm à son point le plus étroit, se trouve Via Giulia di Barolo. Un objet urbain improbable, à apercevoir en passant mais ce n’est pas ça qui fait Vanchiglia.

Ce quartier n’a pas de sites à cocher. C’est son intérêt. On y passe un après-midi sans agenda et on s’arrête dans un bar sur une place de quartier pour l’apéritif. La clientèle locale mélange étudiants, habitants et quelques visiteurs qui ont su éviter les circuits classiques de Turin. Les prix y sont raisonnables et l’accueil franchement plus détendu qu’au centre.

Aurora et Porta Palazzo : le ventre populaire de Turin

Porta Palazzo, Turin

Crédit photo : Flickr – Sabien

Porta Palazzo, c’est le plus grand marché à ciel ouvert d’Europe par superficie. Il est accessible à pied depuis la Piazza della Repubblica. Fruits, légumes, viandes, épices, vêtements : tout se mélange, bruyant, dense, sans mise en scène. Il ouvre tous les matins sauf le dimanche et il est fréquenté massivement par les habitants du quartier, pas par les cars de touristes.

À contraster clairement avec les marchés du centre historique. Chaque samedi matin, le Balon s’installe dans les rues adjacentes : marché aux puces avec vinyles, meubles anciens, objets industriels. Le Grand Balon, le deuxième dimanche de chaque mois, monte d’un cran avec des antiquités plus sérieuses.

Le quartier Aurora lui-même est en transition : anciennes usines reconverties, espaces culturels émergents, bâti plus brut que San Salvario. Derrière ce mouvement, il y a une histoire lourde. Turin, c’est Fiat, c’est Mirafiori, c’est une ville façonnée par l’industrie et qui en porte les traces dans chaque rue, chaque immeuble transformé. Le siège de Lavazza y a été entièrement redessiné par Cino Zucchi (la Nuvola Lavazza), avec un musée et un café ouverts au public. Ce n’est pas le Turin carte postale. C’est le Turin qui a construit l’Italie moderne, et ça mérite qu’on s’y attarde localement.

Borgo Po et la colline : la ville vue d’en haut

Vue sur Turin depuis le Monte dei Cappuccini

Crédit photo : Flickr – Jorge Franganillo

Borgo Po se trouve de l’autre côté du Pô, accessible par le pont de la Gran Madre. Ruelles calmes, maisons basses, escaliers qui disparaissent dans la végétation : le quartier ressemble à un village à 10 min à pied du centre. C’est davantage une porte d’entrée vers la colline qu’un quartier à vivre sur une journée. Les locaux y passent, montent, redescendent.

Le Monte dei Cappuccini, petite colline surmontée d’une église, offre le panorama de référence sur Turin avec les Alpes en fond. Le site est gratuit, accessible à pied, et bien moins fréquenté que la terrasse de la Mole. Les Turinois y emmènent souvent leurs invités. Si on devait choisir un seul point de vue sur la ville, ce serait celui-là, au coucher du soleil.

En excursion depuis Borgo Po, la basilique de Superga mérite le trajet en tramway à crémaillère depuis la station du Pô. Le panorama à 360 degrés sur la plaine et les Alpes est réel. Mais Superga, c’est aussi le lieu du crash aérien du 4 mai 1949 qui a tué toute l’équipe du Torino FC, la Grande Torino. Ce souvenir reste vif dans la mémoire collective locale, bien au-delà du football.

Comment organiser ses journées pour visiter Turin autrement

La logique d’une journée turinoise, pour visiter Turin dans la peau d’un local, commence debout au comptoir. Commandez cappuccino et cornetto dans un bar de quartier non touristique, pour moins d’1,50 €. Enchaînez par un Bicerin en milieu de matinée dans un café historique. Puis, déjeuner léger ou passage au marché. Après-midi dans un quartier authentique hors centre, sans programme serré. Apéritif à San Salvario ou Vanchiglia à partir de 18h30.

Les Turinois dînent tôt : entre 19h30 et 20h30. Si vous voulez une table dans un endroit qui compte, réservez ou arrivez à l’ouverture. Les habitudes du nord de l’Italie ne ressemblent pas à celles du sud. Sur le budget : comptez 5 à 10 € le verre à l’apéritif selon le quartier et si le buffet est inclus, 7 à 9 € pour un bicerin.

Turin reste très accessible comparée à Milan. Les prix des cafés, des restaurants et de l’hébergement sont sensiblement inférieurs. Dernier point, et il est essentiel : les quartiers de ce guide ne se traversent pas en 1h. Ils se vivent sur une demi-journée. Turin n’est pas une ville qu’on coche mais une ville qu’on habite, même pour quelques jours.

Entre le vermouth local né en 1786, les marchés de Porta Palazzo et les bars de San Salvario, Turin se comprend quartier par quartier. Commencez par un bicerin Piazza della Consolata, et laissez le reste venir naturellement.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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