Etna : les grottes de lave du versant nord, une randonnée souterraine méconnue

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Pendant que les cars déversent leurs groupes côté sud pour rejoindre le téléphérique, le versant nord de l’Etna reste presque silencieux. Sous les coulées solidifiées, des tunnels de lave creusés par d’anciennes éruptions attendent d’être explorés. Pas besoin d’être spéléologue pour visiter ce volcan de Sicile, il faut juste savoir où aller et quoi emporter. Cet article explique comment se forment ces grottes de lave de l’Etna, lesquelles valent vraiment le détour sur le versant nord, et comment organiser la sortie concrètement.

Ce que sont vraiment les grottes de lave

Touristes au Mont Etna

Crédit photo : Shutterstock – vvoe

Lors d’une éruption, la surface d’une coulée refroidit et se solidifie en premier. Dans le même temps, le magma continue de circuler à l’intérieur comme dans un tuyau. Quand l’éruption s’arrête, la lave s’écoule vers le bas. Le tunnel se vide alors et laisse une galerie dans la roche. La lave laisse derrière elle une enveloppe de basalte creuse. Certaines galeries atteignent plusieurs mètres de hauteur. Dans d’autres, il faut avancer à quatre pattes.

Les parois révèlent les conditions de refroidissement. Certaines présentent une surface lisse, presque vitrée, là où la lave a refroidi rapidement. D’autres montrent des « cordes de lave » ou des « dents de chien ». Des gouttes de lave encore chaude ont créé ces formations pointues au plafond en se solidifiant. On observe aussi des blisters sur les parois. Des gaz piégés pendant le refroidissement ont formé puis fait éclater ces bulles.

Contrairement aux grottes karstiques, ces tunnels ne présentent pas de stalactites calcaires. La lave contient trop peu de calcium. Les visiteurs confondent parfois certaines formations avec des stalactites, mais la lave figée les a créées. Chaque tunnel possède ses propres caractéristiques. La hauteur des voûtes, la longueur et la lumière naturelle varient d’une galerie à l’autre.

Pourquoi choisir le versant nord

Le versant nord ne dispose pas de téléphérique. La remontée mécanique de Piano Provenzana, détruite par l’éruption de 2002, n’a jamais été totalement reconstruite. Ceci explique en grande partie pourquoi ce versant est resté à l’écart du tourisme de masse. On y croise infiniment moins de monde que côté sud, et c’est précisément ce qui rend l’expérience différente. Pour ceux qui cherchent une activité originale sur l’Etna hors téléphérique, c’est l’angle idéal. Le paysage est aussi plus varié : des forêts de pins, de hêtres et de bouleaux de l’Etna (Betula aetnensis, espèce endémique à ce volcan) tranchent avec la lave noire. Ce contraste visuel frappe dès les premières minutes de marche.

L’altitude de départ est moins élevée que côté sud, rendant l’approche physiquement plus accessible. Les tunnels de lave du versant nord de l’Etna sont issus de plusieurs éruptions historiques différentes, ce qui donne une diversité géologique réelle d’une grotte à l’autre. Le point de départ principal est le Refuge Citelli, à 1 741 m d’altitude. On y accède depuis Linguaglossa, véritable porte d’entrée du versant nord, par la SP59i. Il s’agit d’une route étroite et sinueuse dont les 15 derniers kilomètres peuvent prendre 45 min en haute saison. Depuis Catane, comptez environ 1h30 de trajet ; depuis Taormine, un peu moins.

Les grottes à connaître

Anciens cratères inactifs éteints sur la pente du volcan Etna

Shutterstock – aappp

La Grotta di Serracozzo est considérée comme l’une des plus belles du versant nord. On y accède en courte randonnée depuis le refuge Citelli. Quelques mètres après l’entrée, une ouverture naturelle dans le plafond (un skylight) laisse entrer la lumière du jour. Selon l’heure, les contrastes entre l’obscurité de la galerie et ce faisceau de lumière sont saisissants. Elle se combine facilement avec une randonnée vers la Valle del Bove et les cratères de 1928. Mais prévoyez une journée bien chargée pour les deux.

La Grotta dei Lamponi est l’une des plus longues du massif, autour de 700 m. Elle s’atteint depuis la zone de Piano Provenzana, sur un terrain profondément reconfiguré par les coulées de 2002. Les accès ont changé et les distances réelles varient selon l’itinéraire praticable au moment de votre visite. Pensez à vérifier les conditions auprès d’un guide local avant de partir. Les textures de cordes de lave sur ses parois sont parmi les plus lisibles de l’Etna. La Grotta del Gelo est la plus spectaculaire mais aussi la plus exigeante. Un glacier pérenne s’y est accumulé au fil des siècles, ce qui en fait le glacier le plus méridional d’Europe.

Il recule rapidement depuis plusieurs décennies. L’accès depuis Piano Provenzana représente environ 14 km aller-retour avec un dénivelé significatif, sur terrain volcanique souvent enneigé ou givré même en été. Cette grotte s’adresse à des randonneurs expérimentés et bien équipés. Enfin, la Grotta dei Ladroni (Grotte des Voleurs), la plus accessible, dispose de deux entrées, dont une grande rampe par laquelle entrait le bétail selon la tradition locale. Son nom renvoie à l’histoire de l’élevage transhumant sur l’Etna et aux usages de ces tunnels comme abris naturels pour les troupeaux. C’était bien avant la légende de brigands qui circule depuis le XVIIIe siècle.

Ce qu’on ressent à l’intérieur

Dans les tunnels de lave de l’Etna, la température tourne généralement entre 8 et 12°C. Notez qu’il existe des variations selon la grotte, sa profondeur et la présence d’eau. En plein mois d’août, le contraste avec la chaleur extérieure est immédiat dès les premiers mètres. Le silence est quasi total : les bruits de l’extérieur disparaissent rapidement, ce qui est souvent la première chose qui surprend. L’obscurité devient totale dès que l’on s’éloigne des entrées ou des skylights. Une lampe frontale n’est pas optionnelle.

Ce qui rend l’exploration d’une grotte volcanique de l’Etna difficile à reproduire ailleurs, c’est la possibilité de toucher les parois et d’observer les textures de lave à quelques centimètres de son visage. On comprend physiquement ce qu’une coulée de magma représente, bien mieux qu’avec n’importe quel documentaire. Les inconvénients sont réels : certains passages obligent à se baisser significativement ou à ramper. Le sol est instable par endroits, et les parois coupent. Portez le casque tout au long du parcours.

Faut-il un guide, et comment choisir

Randonnée Mont Etna, Catane

Pour des grottes courtes et bien balisées comme Serracozzo ou Ladroni, une visite en autonomie reste techniquement envisageable. Ceci, à condition d’être correctement équipé : casque, lampe frontale avec piles de rechange, vêtements chauds et chaussures montantes. Mais sans connaissance du terrain volcanique, il est facile de mal évaluer un passage ou de se retrouver dans une zone instable sans le savoir. L’Etna est sismiquement actif et des effondrements partiels de voûtes surviennent. L’état des tunnels évolue après chaque séisme significatif.

Notre recommandation est claire : partez avec un guide volcanologue ou un guide de montagne agréé, au moins pour une première sortie. Il connaît l’état des voûtes, les zones à éviter, et transforme la progression en lecture géologique du volcan. L’expérience n’est pas comparable. Comptez autour de 100 € par personne pour une sortie guidée en groupe (casque et matériel inclus), un peu plus pour une formule privée qui permet d’adapter le rythme. Réservez 4 à 8 semaines à l’avance en juillet-août.

Les guides compétents sur ce versant travaillent principalement via les associations de guides agréés par le Parc national du Mont Etna et les agences locales basées à Linguaglossa ou Randazzo. C’est par là qu’il faut commencer, avant de se tourner vers des plateformes généralistes où la sous-traitance est fréquente.

Préparer la sortie

Les baskets sont réellement contre-indiquées sur lave. Portez des chaussures de randonnée à tige haute, qui protègent la cheville sur les blocs instables et résistent aux bords coupants de la roche. Ajoutez une veste ou une couche intermédiaire même en été (rappelez-vous les températures dans les tunnels). Sans oublier des gants fins et une lampe frontale avec piles de rechange. Le casque est souvent fourni par le guide.

De mai à octobre, les conditions météo sont généralement favorables pour explorer les grottes de lave du versant nord de l’Etna. En septembre-octobre, le brouillard peut s’installer rapidement en altitude et les gelées nocturnes arrivent tôt : la fenêtre est plus courte qu’elle n’y paraît. En hiver, l’accès peut être bloqué par la neige (chaînes obligatoires sur certains tronçons). Programmez 3 à 5h pour une sortie complète selon les grottes et la marche d’approche.

Il n’y a pas de transports en commun adaptés jusqu’aux points de départ : une voiture de location est quasi-indispensable. Pensez à faire le plein avant de monter à partir de Linguaglossa, il n’y a aucune station-service dans la zone. À l’intérieur des grottes, ne prélevez rien : c’est une interdiction réglementaire dans le Parc de l’Etna. Surtout, ne pénétrez jamais seul dans un tunnel sans avoir prévenu quelqu’un de votre itinéraire précis et de votre heure de retour prévue. C’est la règle de sécurité la plus importante de toute la sortie.

Les grottes de lave du versant nord de l’Etna offrent une lecture concrète et souterraine du volcan, loin des foules du téléphérique. Il ne vous reste plus qu’à partir les explorer.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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