Le Dubaï que vivent les habitants : hors des malls, hors du bling

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Dubaï compte 90 % d’expatriés dans sa population et ce chiffre change tout à la lecture de la ville. Ce n’est pas une métropole arabe classique mais un assemblage humain sans équivalent, où des millions de personnes vivent, mangent, travaillent et se déplacent loin des malls climatisés et des hôtels à 7 étoiles. Ce Dubaï local et authentique traverse la Creek pour 0,25 €, mange un curry pakistanais pour 5 € et roule à vélo dans le désert à l’aube. C’est celui qu’on vous montre ici.

Deira et Bur Dubai : le vieux Dubaï qui tient encore debout

Deira, Dubaï

Crédit photo : Flickr – Shahid Ahmed Siddiqi

Al Fahidi (anciennement Al Bastakiya) est un labyrinthe de ruelles en pisé équipées de barjeels. Il s’agit de tours à vent qui faisaient circuler l’air chaud avant que la climatisation n’existe. À quelques kilomètres, la skyline de Downtown se découpe sur l’horizon. Le contraste est physique, pas seulement visuel. Le quartier est aujourd’hui très muséifié : il accueille quasi exclusivement des touristes et des photographes, pas des habitants. C’est une reconstitution conservatoire, pas un quartier vivant, et il vaut mieux le savoir avant d’y aller.

Le Sheikh Mohammed Centre for Cultural Understanding, toujours en activité dans ce secteur, offre un accès concret à la culture émiratie avec des petits-déjeuners interculturels ouverts à tous. Deira, c’est autre chose. Le Gold Souk reste l’un des marchés d’or les moins taxés au monde, avec une TVA à 5 % seulement. Une partie des résidents y achète encore, mais une part croissante des achats se fait désormais dans les grandes enseignes des malls. Ce n’est plus un espace exclusivement local à Dubaï, mais ce n’est pas non plus un pur décor.

Les souks aux épices et aux tissus fonctionnent selon la même logique. Les restaurants indo-pakistanais, iraniens et philippins qui bordent ces ruelles sont pleins à midi d’ouvriers et de commerçants, pas de touristes. C’est dans ce quartier historique que se joue la vraie mixité de Dubaï, loin des sentiers battus. Évitez absolument juin, juillet, août : les 45°C rendent le quartier difficile à parcourir à pied. Privilégiez octobre à avril.

L’abra : 1 dirham pour traverser le temps

Traversée de la Creek en abra, Dubaï

Crédit photo : Flickr – Pamela Millar

L’abra est un bateau en bois traditionnel qui traverse la Creek, la crique naturelle qui divise Dubaï entre Deira et Bur Dubai. Le trajet coûte 1 AED, soit 0,25 €. Il fonctionne de 5h du matin à minuit. Les passagers sont des travailleurs, des commerçants, des femmes qui rentrent du marché. Personne ne pose pour une photo. Tout le monde a quelque chose à faire de l’autre côté.

Depuis le bateau, on voit directement les boutres amarrés sur la rive de Deira. Ces grands voiliers de commerce en bois, étaient jadis chargés de marchandises à destination de l’Iran, du Pakistan ou de la Somalie. Ce trafic existe encore aujourd’hui. La Creek elle-même a été draguée et élargie dans les années 1960 sur décision de Sheikh Rashid bin Saeed Al Maktoum. C’est cet investissement précis qui a transformé Dubaï de village de pêcheurs en port commercial régional. Sans cette décision, rien de ce qu’on voit depuis l’abra n’aurait existé.

La creek est une des images les plus honnêtes de ce qu’est Dubaï : un port, avant d’être une vitrine. Ne confondez pas l’abra traditionnel avec les water buses modernes de la Marina. Ce n’est pas la même expérience, ni la même ville.

Satwa et Karama : là où Dubaï vit sans se regarder vivre

Karama, Dubaï

Crédit photo : Flickr – Dennis Sylvester Hurd

Satwa, c’est des immeubles fonctionnels des années 80, des tailleurs indiens et pakistanais capables de copier n’importe quel vêtement pour quelques euros, des fleuristes ouverts à 23h et des épiceries iraniennes où l’odeur du safran prend à la gorge dès l’entrée. Le Ravi Restaurant, ouvert depuis 1978, sert des currys pakistanais pour moins de 5 €.

Toutes les strates sociales de Dubaï s’y croisent, des chauffeurs de taxi aux hommes d’affaires en chemise. Personne ne vient pour l’ambiance, tout le monde vient pour manger. Un repas complet à Satwa coûte ce que coûte un café à la Marina. Précision utile : la qualité du Ravi a baissé ces dernières années, et l’adresse a légèrement changé depuis l’ouverture. La réputation dépasse aujourd’hui un peu la réalité de l’assiette, mais le lieu reste le moins cher et le plus honnête du quartier.

Karama, c’est plus commercial, avec un marché couvert dense et des restaurants philippins et indiens où un repas complet tourne autour de 15 à 20 AED (4-5 €). Dans les deux quartiers, repérez les petites échoppes qui servent le karak chai : un thé épicé au lait concentré pour environ 1 AED. C’est le lien social de base à Dubaï, l’équivalent du café serré en terrasse à Paris. Certaines échoppes le servent directement à la voiture, klaxon compris pour signaler sa commande depuis le siège conducteur. Ce détail dit beaucoup sur la ville.

Alserkal Avenue : le Dubaï qui pense dans un entrepôt

Alserkal Avenue, Dubaï

Crédit photo : Flickr – Trevor T

Alserkal Avenue forme une zone industrielle d’Al Quoz reconvertie en galeries d’art contemporain, studios de création et cafés de travail. Ce n’est pas Shoreditch. Ce n’est pas le Marais. C’est une ville dont la skyline moderne a moins de 50 ans qui essaie de construire une scène culturelle à partir de rien. Et c’est précisément pour ça que c’est intéressant à observer. Cinema Akil est la seule salle de cinéma vraiment indépendante des Émirats. Elle programme du cinéma d’auteur, des films de festival, des productions du Moyen-Orient qu’on ne voit nulle part ailleurs dans le pays.

À compléter avec le Jameel Arts Centre, situé à Jaddaf Waterfront. Ce musée d’art contemporain à entrée gratuite s’appuie sur une programmation sérieuse et une cafétéria avec vue directe sur l’eau. Pour Alserkal Avenue, la station de métro Mall of the Emirates est le point de départ le plus proche. Mais comptez environ 2 km à pied dans une zone sans trottoirs praticables ni ombre. En hiver c’est peu agréable, en été c’est irréalisable. Prenez un taxi directement depuis n’importe quelle station de métro. Comptez 15 à 20 AED depuis les stations les plus proches.

Kite Beach et Al Mamzar : les plages fréquentées par les résidents

Kite Beach, Dubaï

Crédit photo : Flickr – Marcel Weichert

Kite Beach, à Umm Suqeim, est une plage publique gratuite avec une piste de running sur sable, des terrains de beach-volley, un skate park, des food trucks à moins de 20 AED (5 €) et une vue directe sur le Burj Al Arab depuis le sable. C’est la façon la moins chère de voir l’hôtel. Depuis 2018-2019, la fréquentation touristique a fortement augmenté, précisément à cause de ce cadre photogénique. Pour une ambiance plus locale et moins mise en scène de Dubaï, Jumeirah Open Beach ou La Mer sont des alternatives à considérer. Le métro ne dessert pas directement Kite Beach : comptez 15 AED en taxi depuis la station Business Bay.

Al Mamzar Beach Park, au nord de Deira, est plus familial et moins photogénique. Les communautés sud-asiatiques et africaines y viennent le week-end avec des glacières et des grills. L’entrée est payante mais faible (environ 5 AED). C’est le Dubaï ordinaire d’un vendredi après-midi. Sur les deux plages, les maillots de bain classiques sont acceptés dans l’eau et sur le sable. En dehors de la plage, couvrez-vous pour éviter les frictions inutiles.

Al Qudra : le désert sans agence ni chameau de service

Al Qudra, Dubaï

Crédit photo : Flickr – Neelima Muneef

À 40 km du centre, Al Qudra est une zone de désert avec des lacs artificiels alimentés par des eaux usées traitées, devenus un écosystème à part entière. Des flamants roses, des canards et des oryx s’y sont installés. Des pistes cyclables asphaltées de plusieurs dizaines de kilomètres permettent de rouler dans le silence total au lever du soleil. C’est l’alternative directe aux excursions désert packagées avec quad, feu de camp et danse du ventre vendues aux touristes.

Le Love Lake, deux lacs en forme de cœur visibles d’en haut, est dans ce secteur. Depuis 2018, c’est devenu un lieu de pique-nique très fréquenté le week-end, avec des parkings bondés et des vendeurs ambulants. Arrivez tôt pour éviter l’affluence. Le point négatif est clair : aucun transport en commun ne dessert Al Qudra. Il faut nécessairement une voiture. Une citadine suffit, les routes sont asphaltées jusqu’aux lacs. Pour aller plus loin dans les dunes, il vous faudra un 4×4. Partez tôt le matin, entre octobre et avril uniquement. En été, les températures dépassent 35°C avant 8h du matin. Il n’y a aucun commerce sur place : emportez de l’eau en quantité.

Ramadan à Dubaï : l’autre visage de la ville

Iftar, Dubaï

Crédit photo : Flickr – Daniel Simon

Le Ramadan fait fuir beaucoup de voyageurs. C’est une erreur de calcul. Entre le lever et le coucher du soleil, il est effectivement interdit de manger, boire ou fumer dans l’espace public. Les horaires des commerces sont décalés et certains restaurants ferment le midi. Ce sont des contraintes réelles, pas des détails. Mais à partir de l’iftar, vers 18h30-19h selon la période, Deira, Karama et Satwa changent complètement de visage. Des tables longues s’installent dans la rue, les mosquées de quartier distribuent gratuitement de la nourriture, et les rues restent pleines jusqu’à 2h du matin.

Les non-musulmans peuvent assister aux iftars communautaires dans les quartiers populaires, parfois y participer, avec discrétion et sans s’imposer. Global Village propose un marché du Ramadan avec des dizaines de stands de street food régionale. Vérifiez les dates selon l’année, le calendrier lunaire décale les dates chaque année d’environ 11 jours. Le Ramadan ne transforme pas Dubaï en ville fermée. Il la transforme en ville nocturne, plus lente, plus collective, plus proche de ce qu’elle est vraiment.

Dubaï à 1 AED l’abra, 5 € le curry et zéro euro la plage locale avec vue sur le Burj Al Arab, c’est possible ! Commencez par la Creek, et laissez Deira vous montrer le reste.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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