Bilbao au-delà du Guggenheim : les pintxos, les quartiers et la vie basque

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Bilbao a longtemps été résumée à son musée Guggenheim. C’est réducteur ! La ville basque a une identité propre, dense, parfois brute, construite sur un passé industriel qui n’a pas complètement disparu. Les quartiers changent de caractère d’une rive à l’autre. Les bars à pintxos dictent le rythme des soirées. Et la montagne est là, à portée de funiculaire. Ce guide couvre ce qu’on rate localement à Bilbao quand on ne fait que le musée.

Le Casco Viejo, les sept rues et ce qu’elles cachent

Casco Viejo, loger à Bilbao

Les Siete Calles, ou Zazpi Kaleak en euskara, remontent au XIVe siècle. Elles forment encore aujourd’hui une grille piétonne logique, facile à parcourir sans plan. Se laisser dériver suffit : les rues forment un quadrillage serré qui ramène toujours à la Plaza Nueva. Cette place néoclassique, inaugurée en 1851, voit ses arcades et ses terrasses s’animer dès le dimanche matin pour le marché aux puces (timbres, livres, pièces). La cathédrale Santiago mérite un arrêt rapide, sobre et gothique, sans fioriture.

Ce qui fait la valeur du Casco Viejo de Bilbao, c’est qu’il n’a pas tout à fait basculé dans le tout-touristique. Les épiceries fines, les petites enseignes locales et les commerces de proximité tiennent bon face aux boutiques de souvenirs. Évitez d’y passer le vendredi ou samedi soir si vous cherchez à flâner : certaines ruelles se transforment en couloir de fête, bruyant et saturé. En journée, c’est une autre ville.

Le Mercado de la Ribera, le marché qui mérite mieux qu’un coup d’œil

Le Mercado de la Ribera, Bilbao

Crédit photo : Wikimédia – Naotake Murayama

Dix mille mètres carrés, deux niveaux, et une façade Art déco qui donne directement sur la ria : le Mercado de la Ribera est l’un des plus grands marchés couverts d’Europe. Au rez-de-chaussée, vous verrez ce que la population locale consomme à Bilbao : conserves, fromages de brebis, txakoli en bouteille. Les produits bruts s’emportent ou se grignotent sur place, idéal pour une halte ancrée dans le quartier sans se ruiner. Les étages accueillent les fruits, légumes, poissons et fruits de mer : merlu, anchois, bacalao, présentés avec une générosité qui dit beaucoup sur la place du poisson dans la cuisine basque.

Le marché est ouvert tous les jours sauf le dimanche. Il est à 2 min à pied du Casco Viejo, ce qui en fait une suite naturelle après les Siete Calles. Les grandes baies vitrées côté rivière inondent le bâtiment de lumière en matinée. Arrivez avant 11h pour éviter l’affluence du déjeuner.

Le poteo, comment ça marche vraiment

pintxos

Crédit photo : Shutterstock – Alexandre Rotenberg

Le poteo, c’est une tournée de bars à pintxos. On entre, on commande un ou deux pintxos et un verre, on mange debout au comptoir, et on repart vers le suivant. L’ordre est libre, le rythme est lent, et les serviettes jetées sur le sol sont un indicateur fiable : dans les bons bars, ça s’accumule.

À boire : le txakoli, vin blanc basque légèrement pétillant que le barman verse de haut pour l’oxygéner. Sans oublier le zurito (petit demi de bière), ou un verre de rouge rioja. À manger : la Gilda (olive, anchois, piment guindilla sur un cure-dent), les croquetas de bacalao, la tortilla, les champignons grillés.

Demandez les pintxos chauds, « caliente » si possible. Ils sont souvent meilleurs que ceux qui attendent depuis 2h sur le comptoir. Pour pratiquer le poteo à Bilbao, trois zones se distinguent : Plaza Nueva et ses ruelles pour débuter, la Calle Ledesma dans l’Ensanche pour un public plus local, et la Calle Licenciado Poza dans Indautxu pour finir la soirée. Évitez les bars avec photos de pintxos sur carton plastifié. Un comptoir chargé et bruyant en semaine reste le meilleur signe. Le poteo commence à partir de 20h, avec un pic entre 21h et 23h.

Les quartiers à connaître au-delà du centre

Bilbao La Vieja et San Francisco

Quartier La Vieja, Bilbao

Crédit photo : Wikimédia – Zarateman

De l’autre côté de la ria, derrière le Casco Viejo, ces deux quartiers ont longtemps traîné une réputation difficile. Aujourd’hui, ils abritent des galeries indépendantes, des bars alternatifs, une scène musicale active, des commerces tenus par la communauté immigrée et quelques-uns des meilleurs spots de street art de la ville.

C’est notre recommandation pour ceux qui cherchent l’atmosphère locale plutôt que les monuments de Bilbao. C’est moins formaté pour le tourisme, et la transformation de la ville s’y lit plus clairement que n’importe où ailleurs.

Ensanche et Indautxu

Ensanche, Bilbao

Crédit photo : Wikimédia – Zarateman

L’Ensanche, c’est le Bilbao bourgeois du XIXe siècle : Gran Vía, immeubles aux façades imposantes, Plaza Moyua. Utile pour se repérer, intéressant pour le shopping local, mais moins de caractère que le Casco Viejo. Indautxu, juste à côté, est plus animé le soir : la Calle Licenciado Poza concentre des bars à pintxos fréquentés par les habitants, loin des circuits touristiques habituels.

Si vous ne faites qu’un poteo dans le quartier, faites-le ici. Abandoibarra, le long de la ria face au Guggenheim, vaut le détour comme axe de promenade. Réaménagé dans les années 2000 sur l’emplacement des anciennes friches industrielles et des chantiers navals, il relie le Guggenheim au Musée des Beaux-Arts en longeant l’eau.

L’Azkuna Zentroa, l’endroit qui surprend le plus

Azkuna Zentroa, Bilbao

Crédit photo : Wikimédia – Fred Romero

Ouvert en 2010, il s’agit d’un ancien entrepôt vinicole du XIXe siècle transformé par Philippe Starck. La plupart des visiteurs passent devant sans s’arrêter. Le détail qui marque : une piscine à l’étage avec un fond en verre translucide, depuis lequel on voit les nageurs depuis le hall en contrebas. Le hall lui-même est structuré par 43 colonnes décoratives, chacune inspirée d’une civilisation différente, ce qui crée un effet d’accumulation volontairement baroque. Cinéma, bibliothèque, expos temporaires, bar en terrasse : l’endroit fonctionne en permanence, pas seulement le temps d’une visite architecturale.

L’entrée pour la visite du bâtiment est libre. Les activités (cinéma, expos, événements) sont payantes selon les cas. L’Azkuna Zentroa se trouve Plaza Arriquibar, dans l’Ensanche. C’est un lieu qui fonctionne vraiment, fréquenté au quotidien par les Bilbaïnos pour sa bibliothèque et son cinéma.

Prendre de la hauteur : deux options

Le funiculaire d'Artxanda, Bilbao

Crédit photo : Wikimédia – Marco Almbauer

Le funiculaire d’Artxanda part du quartier Castaños depuis 1915. Trois minutes de trajet, moins de 1,50 € l’aller, et on arrive sur un panorama qui explique tout. Vous apercevrez la vallée encaissée, les méandres de la ria, les collines vertes qui cernent la ville de toutes parts. En haut, pas de boutiques touristiques : un parc, quelques restaurants, du calme. À faire en fin de journée pour attraper le coucher de soleil sur Bilbao.

Le Pont de Biscaye, lui, se mérite un peu plus. Classé Unesco depuis 2006, ce pont transbordeur situé à Getxo (environ 30 min en métro depuis le centre) ne se traverse pas à pied de façon classique. Une nacelle suspendue fait passer la ria. On peut aussi monter sur le tablier pour la vue sur l’estuaire. Combinez avec une balade dans Getxo (villas de fin XIXe, port de plaisance) ou Portugalete côté populaire. Réservez cette option si vous avez une demi-journée disponible et l’envie de sortir de Bilbao sans aller à la plage locale.

L’Athletic Club et le stade San Mamés

Stade San Mamés, Bilbao

Crédit photo : Wikimédia – Валерий Дед

L’Athletic Club de Bilbao applique depuis sa fondation une règle unique en Europe. Seuls les joueurs nés ou formés au Pays basque peuvent y évoluer. Le club n’a jamais été relégué de la Liga depuis sa fondation, et cette règle de cantera n’a jamais été abandonnée, même sous pression économique. Ce n’est pas une anecdote folklorique : c’est une clé de lecture de ce que représente l’identité basque, y compris pour des gens qui ne regardent jamais un match.

Le stade San Mamés, surnommé « La Cathédrale », a été inauguré en 2013 et peut accueillir 53 289 personnes. Des visites guidées avec musée intégré sont proposées hors match à un tarif raisonnable. Les jours de match, les bars de la Calle Licenciado Poza et les abords du stade prennent une couleur particulière. Même sans billet, traîner dans le quartier ce soir-là donne accès à quelque chose que les musées ne donnent pas.

La plage en métro, l’option qu’on sous-estime

Plage de Sopelana, Bilbao

Crédit photo : Wikimédia – Javierme

Bilbao n’est pas une ville balnéaire, mais la mer est à 30 à 40 min en métro. La ligne 1 dessert Getxo, Algorta et Plentzia, avec plusieurs plages accessibles selon ce qu’on cherche. Sopelana reste notre préférée pour un profil précis : falaises, surf, côte atlantique ouverte. Ceux qui cherchent une plage familiale ou une atmosphère plus tranquille préféreront Plentzia ou Gorliz, plus accessibles et moins exposées au vent. L’eau est froide et le vent est fréquent, c’est l’Atlantique, pas la Méditerranée. Le surf à Sopelana est sérieux et le spot est réputé sur toute la côte basque espagnole.

Le vrai intérêt de cette combinaison, c’est le rythme qu’elle autorise : pintxos le matin dans le Casco Viejo, plage l’après-midi, poteo le soir dans Indautxu. Et tout ça sans voiture ! Le métro est propre, fréquent et peu coûteux. Notez les entrées de stations souterraines conçues par Norman Foster, les « fosteritos » : des structures en verre incurvées devenues un repère visuel de la ville.

Ce qu’il faut savoir avant d’y aller

Des vols directs relient Paris à Bilbao en environ 2h, et plusieurs villes françaises sont également connectées. Depuis l’aéroport, le Bizkaibus A3247 rejoint le centre en 20 min pour moins de 2 €, sans taxi ni arnaque. Pour la période, juin et septembre offrent le meilleur compromis entre météo correcte et fréquentation raisonnable. Bilbao est l’une des villes les plus pluvieuses d’Espagne : même en été, un imperméable léger n’est pas un luxe localement.

Juillet-août marque le pic touristique, et l’Aste Nagusia (Semaine Grande) en août transforme la ville pendant neuf jours avec des concerts gratuits, des géants dans les rues, des feux d’artifice sur la ria et une ambiance hors normes. Réservez votre hébergement plusieurs mois à l’avance si vous visez cette période.

Comptez 2 à 3,50 € par pintxo et 2 à 3 € le verre. Une tournée complète de 4 à 5 bars pour deux personnes revient à 30-50 €. Tout le centre se parcourt à pied, le métro sert pour la côte et les quartiers périphériques. Quelques mots d’euskara sont toujours appréciés : « Kaixo » pour bonjour, « Eskerrik asko » pour merci, « Topa ! » pour trinquer. Bilbao n’est pas San Sebastián : c’est moins carte postale, plus dense, plus urbain. Et c’est précisément ce qui en fait l’intérêt pour ceux qui cherchent autre chose que la perfection léchée.

Entre le poteo de la Calle Licenciado Poza, le panorama du funiculaire d’Artxanda et les falaises de Sopelana à 35 min en métro, Bilbao comme un local se vit bien au-delà de son musée en titane. Commencez par le Casco Viejo un matin de semaine.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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