Héraklion au-delà de Knossos : la ville qu’aiment vraiment les Hérakliotes

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Avec 175 000 habitants, une université active, un patrimoine vénitien intact et une culture culinaire qui rivalise avec celle d’Athènes, Héraklion est une vraie ville, pas une simple salle d’attente pour Knossos. Pourtant, la plupart des voyageurs y passent une nuit, visitent le palais minoen et filent vers les plages. C’est dommage ! Héraklion se découvre aussi à travers sa vie locale, ses marchés, ses tavernes et ses quartiers animés. Voici quoi faire pour découvrir la capitale crétoise au-delà de Knossos.

Le matin au marché, avant les touristes

Marché d'Héraklion

Crédit photo : Flickr – Udri

Le marché de la rue 1866 fonctionne du lundi au samedi, en journée. Arrivez avant 10h : après, les groupes commencent à débouler et l’ambiance change. Avant, c’est un marché de quartier ordinaire, au bon sens du terme. Les commerçants parlent grec entre eux et les clients négocient. Les étals débordent de graviera, d’herbes de montagne, d’olives en saumure et de miel crétois. La cuisine locale se distingue nettement de la cuisine grecque continentale, et c’est au marché d’Héraklion que ça se voit le mieux.

Juste à côté, la place Kornarou mérite bien plus qu’un arrêt rapide. La fontaine ottomane, construite à partir d’éléments d’une fontaine vénitienne antérieure, trône au centre. Le buste de Vitsentzos Kornaros, auteur de l’Erotokritos, épopée fondatrice de la littérature crétoise, se dresse en bordure de la place. Les cafés autour sont fréquentés par les habitants du quartier, pas par les circuits touristiques. Ce périmètre concentre une densité historique réelle, et ça se perçoit en marchant.

La bougatsa : le petit-déjeuner qui se mérite

La bougatsa, Héraklion

Crédit photo : Flickr – east med wanderer

La bougatsa crétoise n’est pas la même que celle de Thessalonique. Elle est plus fine, plus croustillante, et se mange chaude, saupoudrée de sucre glace et de cannelle. La garniture est soit de la crème pâtissière, soit de la mizithra, un fromage frais local légèrement salé. C’est le petit-déjeuner local et standard des habitants d’Héraklion, pas un snack pour touristes. Le prix tourne entre 2 et 3 € la part.

Plusieurs pâtisseries autour de la place Morosini se disputent le titre de meilleure bougatsa de la ville. Inutile de chercher laquelle choisir. Entrez dans la première qui a du monde assis dedans, commandez une part, et mangez-la debout ou sur un tabouret. C’est comme ça que ça se fait.

Les remparts vénitiens, terrain de jeu des habitants

Les remparts d'Héraklion

Crédit photo : Flickr – Jos Saris

Construits par la République de Venise à partir du XVIe siècle, les remparts d’Héraklion s’étendent sur 3 km. Ils comptent parmi les mieux conservés de Méditerranée. Personne ne conteste ça. Mais ce que les guides ne disent pas, c’est que les locaux ne les « visitent » pas : ils les utilisent. Jogging matinal, balades en famille, ados en vélo. L’accès est libre et gratuit, ce qui explique en partie pourquoi les touristes les sous-estiment.

Le bastion de Martinengo, point culminant des remparts, abrite la tombe de Nikos Kazantzakis. Il s’agit de l’auteur de Zorba le Grec, né à Héraklion. La vue donne sur la mer d’un côté, sur les collines et la ville basse de l’autre. Évitez d’y aller en plein après-midi en été : la chaleur est réelle et les remparts n’offrent aucune ombre. Après 17h, la lumière est meilleure et la température redevient supportable.

Lakkos, le quartier qui s’est réinventé

Lakkos, Héraklion

Crédit photo : Flickr – Gwgw Kalligiannaki

Lakkos est un quartier populaire au sud du centre historique d’Héraklion, longtemps connu pour ses problèmes et évité des itinéraires touristiques. Depuis une dizaine d’années, des artistes et des collectifs locaux s’y sont installés, notamment via le Lakkos Project, une initiative culturelle communautaire. Les murs des maisons basses sont couverts de fresques, des ateliers ont ouvert, quelques cafés de quartier ont suivi. Ce n’est pas un quartier gentrifié au sens habituel du terme : il reste brut, sans vernis, ce qui en fait justement son intérêt.

On s’y promène sans plan précis, c’est la seule bonne façon d’aborder Lakkos. Rien n’y est fléché, rien n’est mis en scène pour le visiteur. C’est un quartier qui vit pour ses habitants, pas pour ses visiteurs.

La jetée et le port vénitien, côté local

Port d'Héraklion

Crédit photo : Flickr – k.kounalaki

La forteresse Koules, construite par Venise au XVIe siècle, domine l’entrée du port vénitien d’Héraklion. Elle mérite d’être visitée de l’intérieur. Ses salles voûtées et les emblèmes de Saint-Marc gravés dans la pierre racontent mieux que n’importe quel panneau l’histoire de l’occupation vénitienne. Les Hérakliotes, eux, marchent aussi sur la jetée qui s’avance dans la mer. Des pêcheurs à la ligne y passent leur matinée, des couples s’y retrouvent le soir, des personnes âgées s’y promènent sans se presser. Aucune boutique, aucun restaurant sur cette jetée : c’est ce qui en fait un espace réellement local à Héraklion.

Le front de mer est aussi un lieu de vie nocturne, surtout côté est du port, où des groupes de jeunes s’installent sur les rochers. Les kafeneia et ouzeries du port de pêche servent raki et mezzés dans une ambiance qui n’a pas vraiment évolué en 30 ans. C’est là que se passe la vraie soirée hérakliote, pas dans les bars à cocktails du centre.

Le musée historique, celui que les locaux préfèrent

Le musée historique de Crète, Héraklion

Crédit photo : Flickr – Marc Hagen

Le musée archéologique d’Héraklion est incontournable, tout le monde le sait. Mais le musée historique de Crète, installé sur le front de mer côté ouest, est celui que les Hérakliotes fréquentent. Il retrace l’histoire de l’île de l’époque byzantine jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Vous constaterez la place importante donnée à la résistance crétoise face à l’occupation italo-allemande de 1941 à 1943, puis uniquement allemande jusqu’en 1945.

L’espace expose deux peintures d’El Greco, les seules visibles dans un musée de Crète. Né Doménikos Theotokópoulos vers 1541, le peintre aurait vu le jour à Candie, l’ancien nom vénitien d’Héraklion. La tradition locale revendique toutefois Fodele comme lieu de naissance.

Une salle entière est consacrée à Nikos Kazantzakis : manuscrits, objets personnels, correspondances. Kazantzakis et El Greco sont deux figures identitaires majeures pour les Hérakliotes, et ce musée est le seul endroit où on les comprend vraiment. Comptez environ 1h30 de visite, l’entrée tourne autour de 5 €. Il est nettement moins fréquenté que le musée archéologique, ce qui est une raison supplémentaire d’y aller.

Le raki, une religion sociale

Anciens autour d'un raki, Héraklion

Crédit photo : Flickr – Geert van der Wijk

Le raki crétois, appelé tsikoudia par les locaux, est une eau-de-vie de marc de raisin produite après les vendanges de septembre. Dans les rakadiko d’Héraklion, la logique de commande est inversée par rapport à ce qu’un Français connaît. On commande le raki d’abord, les mezzés arrivent pour accompagner. La carafe se pose sur la table sans qu’on la réclame. C’est un acte social avant d’être une consommation. Et participer à cette culture, même en tant qu’étranger, est la meilleure façon d’entrer en contact avec les gens.

Les meilleures adresses locales d’Héraklion se trouvent autour de la place Agios Titos. Mais aussi derrière la Loggia vénitienne, bâtiment du XVIIe siècle qui sert aujourd’hui de mairie. Ne cherchez pas sur Google Maps : repérez les tables qui débordent sur le trottoir et les conversations qui durent. C’est le meilleur indicateur. À noter : dans les tavernes crétoises, le raki est souvent offert en fin de repas, c’est une tradition, pas un geste commercial.

Héraklion se visite bien au-delà de Knossos : 3 km de remparts vénitiens libres d’accès, un marché local ouvert 6 jours sur 7 et une culture du raki qui se partage sans réservation.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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