Que faire à Fès quand il fait très chaud ?
En juillet à Fès, le thermomètre dépasse régulièrement 40°C dès 13h. La médina, avec ses ruelles pavées et ses façades exposées, accumule la chaleur comme un four. Ça ne veut pas dire qu’il faut annuler ou rester cloîtré dans sa chambre. Il convient simplement de changer de rythme, connaître les bons endroits et savoir quand bouger. Voilà comment organiser ses journées à Fès par forte chaleur, lorsque le soleil tape sans pitié.
Avant tout, adopter le bon rythme

Crédit photo : Flickr- Yayo Tortosa
La clé pour visiter Fès en été, c’est le découpage en trois temps : matin actif de 7h à 11h, pause au frais de 11h à 17h, reprise en soirée jusqu’à 22h. C’est le rythme des Fassis eux-mêmes, pas une astuce inventée pour les touristes. Les habitants ferment les volets à midi, sortent les chaises après le coucher du soleil et dînent bien après 20h en été. Vouloir tout visiter entre 11h et 17h en août, c’est s’exposer à l’épuisement et à une expérience dégradée.
Les températures en juin, juillet et août oscillent entre 35 et 42°C en journée. L’amplitude thermique est réelle en soirée, ramenant parfois le mercure sous les 25°C. Mai et septembre restent des mois acceptables, à condition de respecter quand même les horaires. En plein cœur de l’été, il n’y a pas de marge : suivez ce rythme ou vous souffrez.
Le matin, la médina est presque fraîche

Crédit photo : Flickr – Yayo Tortosa
Partez à pied dès 7h30 depuis votre riad. Les ruelles de Fès el-Bali sont étroites au point que le soleil ne les touche pas avant 10h. Les murs en pisé et en pierre conservent la fraîcheur de la nuit pendant plusieurs heures. C’est la fenêtre idéale pour visiter la médina de Fès sans souffrir de la chaleur. Explorez les médersas Bou Inania et Al-Attarine. Ensuite, longez Talaa Kebira (la grande artère commerçante qui descend depuis Bab Boujloud). Puis, traversez la place Nejjarine et montez aux tanneries de Chouara. Ces sites sont payants mais restent accessibles, et à cette heure ils sont bien moins fréquentés.
Bab Boujloud mérite aussi ce créneau matinal. En revanche, évitez absolument la montée aux tombeaux des Mérinides le matin en été. Le plateau est exposé plein soleil sans aucun ombrage, et la chaleur y est déjà intense avant 10h. On garde ce point de vue pour le soir. Le programme du matin tient sans forcer sur 3 à 4h. Du coup, ça vous laisse le temps de rentrer avant que la médina ne devienne une fournaise.
L’après-midi, rester au frais sans rester à rien faire

Crédit photo : Flickr – Chris Constantine
Certains riads de catégorie supérieure dans la médina et en périphérie proposent un accès piscine en day pass. La formule est parfois couplée à un déjeuner ou un accès au spa. Les politiques varient d’un établissement à l’autre et changent d’une saison à l’autre. Veillez à vérifiez directement auprès du riad avant de vous déplacer. En haute saison, les créneaux partent vite pour ceux qui pratiquent ce service.
Si vous préférez rester dans la médina, l’architecture fassi fait le travail à votre place. Les riads avec patio central, fontaine et hauts plafonds génèrent un microclimat sensiblement plus frais que l’extérieur. Un déjeuner prolongé dans un riad-restaurant ouvert au public, suivi d’un thé à la menthe dans la cour, c’est à la fois culturellement juste et thermiquement logique. Plusieurs établissements dans la médina fonctionnent sur ce modèle sans qu’il soit nécessaire d’y être hébergé.
Les musées, une alternative sérieuse
Le musée Nejjarine, installé dans un ancien fondouk du XVIIe siècle, est l’un des meilleurs endroits frais à Fès où passer l’après-midi. La cour intérieure en pierre reste naturellement fraîche. Et les murs épais absorbent la chaleur sans la restituer avant la nuit. Ce n’est pas de la climatisation artificielle, c’est de l’architecture qui fait son travail depuis 3 siècles. L’entrée est payante, le lieu est peu fréquenté en milieu de journée, ce qui en fait un refuge doublement appréciable.
Le musée Dar Batha joue une autre carte. Son jardin andalou, planté d’arbres anciens, offre de l’ombre et de la végétation dense dans un cadre tranquille. L’intérieur du musée lui-même reste frais grâce à l’architecture de la demeure, sans recourir à la climatisation. Vérifiez les horaires avant de vous y rendre. Les fermetures imprévues sont fréquentes et les créneaux d’ouverture se réduisent parfois en été ou lors des périodes de Ramadan.
Le hammam, l’option contre-intuitive

Crédit photo : Flickr – SARZI Patrice
Entrer dans un hammam quand il fait 40°C dehors semble absurde. Et pourtant, ça ne l’est pas ! Un hammam traditionnel en milieu de journée permet de passer 1h30 dans un environnement contrôlé, à l’abri du soleil. La chaleur humide ambiante laisse paradoxalement une sensation de fraîcheur durable après la sortie. C’est aussi une des expériences les plus authentiques qu’on puisse avoir à Fès, loin des circuits touristiques.
Choisissez un hammam qui dispose d’une salle de repos et, si possible, d’un espace climatisé pour la détente post-soin. Évitez les hammams en fin de journée en été : ils sont bondés et la chaleur extérieure s’y ajoute à celle des bains. Le créneau 13h-15h est souvent le plus calme, et donc le plus agréable.
Ifrane et Azrou, quand Fès devient vraiment insupportable

Crédit photo : Flickr – El hassane AMAQDOUF
Si la chaleur dure plusieurs jours et que la ville commence à peser, Ifrane et Azrou se trouvent à environ 80 km au sud de Fès dans le Moyen Atlas, avec des températures 10 à 15°C inférieures à celles de la plaine. C’est l’excursion depuis Fès à privilégier quand il fait chaud. Ifrane, avec ses constructions en pierre et son air de station de montagne, surprend toujours au premier abord. Azrou, à quelques kilomètres, est le point de départ pour la forêt de cèdres et les macaques de Barbarie.
Planifiez une journée complète et partez tôt, avant 8h. Les transports en commun sont limités. Un taxi collectif depuis la gare routière de Fès reste la solution la plus simple et la plus économique. La voiture de location offre plus de flexibilité pour s’arrêter en chemin. La route est belle et les paysages changent rapidement à partir de 1 000 m d’altitude. Surtout, la fraîcheur qu’on retrouve là-haut a quelque chose de presque irréel après quelques jours passés dans la médina.
Les jardins Jnan Sbil, la pause la plus simple

Crédit photo : Flickr – Quentin Combemorel
Situés en bordure nord-ouest de Fès el-Bali, proches de Bab Boujloud, les jardins Jnan Sbil sont le poumon vert de Fès. L’entrée est gratuite, les allées sont ombragées, les bassins créent une légère humidité qui rafraîchit l’air ambiant. On y croise surtout des familles fassis venues s’asseoir à l’ombre et des enfants qui courent entre les fontaines, pas des touristes en groupe. C’est précisément ce qui en fait un endroit agréable.
Le meilleur créneau se situe entre 17h et 19h, quand la chaleur commence à descendre et que la lumière devient plus douce. On peut s’y poser 1h sans dépenser un dirham, observer la vie locale et reprendre des forces avant la soirée. C’est le genre d’endroit que les guides mentionnent rarement et que les habitants utilisent tous les jours.
Le soir, Fès se réveille vraiment

Crédit photo : Flickr – Yayo Tortosa
À partir de 19h, la médina change de visage. Les boutiques qui avaient fermé à la mi-journée rouvrent. Les ruelles se remplissent et les cafés débordent sur les placettes. C’est le rythme naturel de Fès en été, et c’est aussi le moment où la ville mérite vraiment d’être arpentée. Montez aux tombeaux des Mérinides ou au Borj Nord pour le coucher du soleil et la vue panoramique sur l’ensemble de la médina. L’appel à la prière du Maghreb résonne à ce moment-là depuis des dizaines de minarets simultanément. L’atmosphère qui s’en dégage se vit, elle ne se résume pas.
Les rooftops de restaurants et de cafés captent la brise du soir. Ce n’est pas seulement une question de vue ! La brise thermique qui descend du Moyen Atlas en soirée rend les terrasses réellement agréables après 20h. Le quartier du Mellah et celui de Fès el-Jdid, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1981, valent aussi la balade nocturne. Plus larges et plus calmes que le cœur de la médina, ils sont agréables à arpenter à pied jusqu’à 22h.
Ce qu’il faut avoir avec soi
Une gourde remplie au riad le matin est non négociable. L’eau en bouteille achetée au fil des ruelles revient cher sur une semaine et génère du plastique inutile. Un chapeau ou une keffieh légère protège du soleil tout en étant adapté au contexte culturel. Des chaussures fermées légères s’imposent dans la médina. Les ruelles sont pavées, irrégulières, parfois glissantes, et les sandales à semelle fine fatiguent les pieds en moins d’une heure.
Vérifiez les horaires des sites avant de partir. Certains ferment à la mi-journée en été, d’autres appliquent des horaires réduits pendant le Ramadan. Téléchargez Google Maps hors ligne avant d’entrer dans la médina, le réseau y est capricieux dès qu’on s’éloigne des axes principaux. Avec ces quelques réflexes, on gagne un temps précieux et on évite les mauvaises surprises au mauvais moment de la journée.
Fès en pleine chaleur se mérite, mais elle se gère. Avec un départ à 7h30 pour la médina, une pause au frais de 11h à 17h et une soirée sur les hauteurs des Mérinides, on profite pleinement de la ville sans subir la canicule.
