5 cités perdues de l’Égypte antique redécouvertes

L’Égypte ne cesse de livrer ses secrets. Sous les sables du désert, au fond des eaux méditerranéennes ou dissimulées sous des siècles de sédimentation, des cités entières ont attendu des décennies, parfois des siècles, avant d’être restituées à l’histoire. Voici cinq de ces villes enfouies de l’Égypte ancienne, chacune portant en elle un pan de civilisation que les archéologues s’évertuent encore à déchiffrer.
Aten, la cité dorée perdue d’Amenhotep III

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Enfouie sous les sables de la rive ouest de Louxor, à quelques centaines de mètres de la Vallée des Rois, Aten a été mise au jour en 2021 après sept mois de fouilles entamées en septembre 2020. Fondée sous le règne d’Amenhotep III, vers 1391 avant J.-C., elle constituait la plus grande ville antique jamais découverte en Égypte, et un centre administratif et industriel majeur de la XVIIIe dynastie. Les fouilles ont révélé des rues organisées, des fours à briques, des ateliers de production d’amulettes et de vaisselle, ainsi que des quartiers d’habitation remarquablement conservés. Certains murs atteignent encore trois mètres de hauteur.
Ce qui rend ce site archéologique égyptien particulièrement précieux, c’est l’état de conservation des artéfacts in situ : jarres encore scellées, outils abandonnés, inscriptions portant les cartouches d’Amenhotep III. Cette ville antique égyptienne semble avoir été partiellement réoccupée sous Toutankhamon avant d’être laissée à l’abandon. Les fouilles se poursuivent activement, et plusieurs secteurs restent inexpliqués, notamment un ensemble de structures circulaires dont la fonction demeure débattue. (Pour suivre l’avancement des travaux, le musée de Louxor diffuse régulièrement des comptes rendus accessibles au public.)
Amarna, la capitale oubliée du pharaon hérétique Akhenaton

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À mi-chemin entre le Caire et Louxor, sur la rive est du Nil, le site d’Amarna s’étend sur environ 9 à 12 kilomètres le long du fleuve. Akhenaton l’avait fondée vers 1360-1370 avant J.-C. pour en faire le centre exclusif du culte d’Aton, marginalisant le puissant clergé d’Amon et déplaçant la capitale depuis Thèbes. Construite en une décennie à peine, cette cité égyptienne antique était équipée de palais, de temples ouverts au soleil, d’ateliers royaux et d’un port fluvial. Elle aurait abrité jusqu’à 20 000 habitants à son apogée.
À la mort d’Akhenaton, ses successeurs ont tout fait pour effacer la mémoire de cette période : les monuments ont été démantelés, les pierres réemployées ailleurs, les noms martelés. C’est précisément cet effacement systématique qui a préservé le site sous les décombres, à l’abri des réutilisations ultérieures. Les fouilles archéologiques, menées depuis le XIXe siècle dans cette ville disparue de l’Égypte ancienne, ont livré des fresques, des stèles de frontière et les célèbres lettres d’Amarna, archives diplomatiques en cunéiforme révélant les échanges du pharaon avec les puissances étrangères. (Le site est accessible depuis la ville de Mallawi ou le village d’el-Till, via des bacs traversant le Nil depuis la rive ouest.)
Héracléion, le port englouti à l’entrée du delta du Nil
À 6,5 kilomètres des côtes d’Aboukir, dans la baie d’Alexandrie, repose sous sept mètres d’eau ce qui fut l’un des grands ports commerciaux du monde antique. Héracléion, connue également sous le nom de Thonis dans les textes égyptiens, contrôlait l’accès au delta du Nil entre le VIIIe et le IIe siècle avant J.-C. Cette cité perdue de la vallée du Nil disparaît des sources écrites après le IIe siècle avant notre ère, vraisemblablement engloutie par une combinaison de séismes, de liquéfaction des sols et de montée progressive des eaux. Sa localisation exacte est restée inconnue jusqu’en 2000.
Les prospections menées par sonar et magnétométrie ont permis de cartographier l’emprise urbaine avant les plongées. Ces fouilles sous-marines ont ensuite mis au jour des stèles bilingues, des statues monumentales, des centaines d’embarcations, des ancres, des bijoux en or et une impressionnante quantité de monnaies. Parmi les découvertes majeures de ce site archéologique égyptien redécouvert, plusieurs temples dédiés à des divinités égyptiennes et grecques témoignent du caractère cosmopolite de la ville.
Le musée national de la civilisation égyptienne au Caire expose plusieurs pièces issues de ce site, dont des bronzes exceptionnellement conservés grâce aux sédiments anaérobiques du fond marin.
Tanis, la capitale royale ensevelie sous les sables du delta

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Dans le nord-est du delta du Nil, à environ 150 kilomètres au nord-est du Caire, le site de Tanis se distingue par l’accumulation de structures monumentales issues de différentes périodes. Capitale de l’Égypte sous les XXIe et XXIIe dynasties, entre 1070 et 715 avant J.-C. environ, cette cité oubliée de l’Égypte pharaonique fut construite en grande partie avec des matériaux réemployés, notamment des blocs issus de la cité de Pi-Ramsès, située à une quarantaine de kilomètres au sud à Qantir, créant une stratigraphie archéologique d’une complexité redoutable. Les temples dédiés à Amon, Mout et Khonsou couvraient plusieurs dizaines d’hectares.
Le site est connu depuis l’Antiquité, mais c’est en 1939 qu’une fouille méthodique y met au jour l’une des découvertes archéologiques les plus significatives de l’égyptologie : des tombes royales intactes dans l’enceinte même du grand temple, contenant des sarcophages en argent massif, des masques funéraires en or et des milliers d’objets en faïence, verre et métaux précieux. La conservation exceptionnelle de ces vestiges tient au fait que le site n’avait pas été pillé dans l’Antiquité. Aujourd’hui encore, des zones importantes de cette ville enfouie de l’Égypte ancienne n’ont pas été fouillées, la nappe phréatique élevée compliquant considérablement les interventions en profondeur. Le musée du Caire conserve les pièces majeures, mais une partie reste visible sur place lors des visites guidées du site de San el-Hagar.
Abydos, le centre religieux millénaire redécouvert

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Abydos se trouve à environ 160 kilomètres au nord de Louxor, sur la rive ouest du Nil, à quelques kilomètres de la ville d’El-Balyana (dans le gouvernorat de Sohag). Considéré comme l’un des sites archéologiques égyptiens les plus anciens et les plus sacrés de l’Égypte pharaonique, il fut occupé de manière quasi continue depuis la période prédynastique jusqu’à l’époque romaine. Les premières nécropoles royales y ont été aménagées avant même l’unification du pays, vers 3100 avant J.-C., faisant d’Abydos le lieu de sépulture des pharaons des Ire et IIe dynasties. C’est aussi là que le culte d’Osiris, dieu des morts, a trouvé son expression la plus aboutie.
Bien que ce site soit connu et fouillé depuis le XIXe siècle, des découvertes archéologiques majeures continuent de surgir dans cette cité millénaire redécouverte. Des prospections géophysiques menées ces dernières années ont révélé l’existence d’une ville enfouie de plusieurs kilomètres carrés, distincte des nécropoles déjà répertoriées, avec des quartiers résidentiels, des entrepôts et des structures cultuelles encore inexpliquées. Les fouilles récentes ont aussi exhumé des bateaux funéraires en bois vieux de plus de 5 000 ans, conservés sous le sable sec. La question de l’étendue réelle de cette ville antique égyptienne, bien plus vaste que ce qu’on imaginait, reste ouverte. L’accès au temple de Seti Ier, le mieux conservé du site, est payant et nécessite un guide local pour saisir pleinement la complexité des scènes rituelles gravées sur ses parois.