Anvers au rythme des Sinjoren : la vie au-delà du diamant

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85 % des diamants bruts mondiaux transitent par Anvers. Ce chiffre impressionne, et il est réel. Mais il ne dit rien de la façon dont les Sinjoren, comme s’appellent les habitants, vivent leur ville au quotidien. Anvers est dense, créative, vélo-friendly, avec des quartiers qui n’ont rien en commun les uns avec les autres. Voici comment un local occupe « t’stad » (la ville d’Anvers), du café du matin au coucher de soleil sur l’Escaut.

Le Bolleke d’abord, le reste après

Bières servies dans un Bolleke, Anvers

Crédit photo : Flickr – markdbaynham

La brasserie De Koninck existe depuis 1833. Son Bolleke, servi dans un verre en forme de coupe arrondie, est le marqueur culturel de la ville. Ce n’est pas une opération marketing, c’est un rituel. Les Anversois ne s’installent pas en terrasse à la Grote Markt pour sortir boire une bière : trop de groupes, trop de bruit, trop peu d’ambiance de quartier. Le Mechelseplein est une option connue, mais il a largement été colonisé par une clientèle festive ces dernières années. Pour une vraie terrasse de quartier, la Gitschotellei à Berchem colle bien mieux à cette description aujourd’hui.

Le quartier Zuid suit la même logique. Les terrasses y sont tenues par des habitués, les conversations durent, personne ne pose pour une story. Ce n’est pas un cliché hipster, c’est simplement le sud de la ville qui vit bien, avec ses galeries, ses cafés de quartier et ses restaurants qui changent de carte selon la saison. Commencez votre immersion locale à Anvers par un Bolleke avant de décider de la suite du programme.

Zurenborg, la balade que les Anversois recommandent en premier

Zurenborg, Anvers

Crédit photo : Wikimédia – Zairon

Demandez à n’importe quel Sinjoren où se promener à Anvers comme un local sans billet d’entrée, il dira Zurenborg. Le quartier est à 15 min à pied de la gare centrale, ou 5 min à vélo. Il concentre l’une des plus belles séquences architecturales de Belgique. La Cogels-Osylei est la rue principale : ses demeures bourgeoises ont été construites entre 1894 et 1906 par des propriétaires qui se faisaient concurrence à coups de façades. Art nouveau, néoclassicisme, éclectisme, chaque maison est différente de sa voisine.

La Dageraadplaats est la place centrale du quartier. Le dimanche matin, les familles s’y retrouvent, les chiens trottent, les enfants courent. Il n’y a rien à réserver, rien à acheter pour entrer. On marche, on lève les yeux, on s’arrête. C’est exactement pour ça que les locaux y viennent.

La mode, mais pas comme vous l’imaginez

Le MoMu, Anvers

Crédit photo : Flickr – dprezat

En 1981, un groupe de 6 diplômés de l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers débarque à Londres avec une camionnette et leurs collections. Les Six d’Anvers, parmi lesquels Dries Van Noten et Ann Demeulemeester, changent le regard de la mode européenne sur la Belgique. Ce contexte est connu. Ce qui l’est moins, c’est la façon dont il a imprégné la ville entière, jusque dans les boutiques de rue. La Nationalestraat et la Kammenstraat concentrent les créateurs indépendants et les concept-stores les plus intéressants de la ville pour un shopping local à Anvers hors des sentiers battus.

Le MoMu, le Fashion Museum Antwerp, a été rénové et rouvert en 2021. Il propose des expositions permanentes et temporaires sur l’histoire de la mode et la scène locale. L’accès est payant, mais les alentours se visitent à pied pour l’architecture des façades du Nationalestraat et de ses rues adjacentes. Pour les Anversois, s’habiller est une forme d’expression sérieuse. Anvers est la ville belge où la silhouette travaillée s’impose le plus clairement dans la rue, au quotidien.

L’Escaut, le tunnel en bois et la meilleure vue de la ville

Le Sint-Annatunnel, Anvers

Crédit photo : Flickr – Fred Romero

Le Sint-Annatunnel a été construit entre 1931 et 1933. Il passe sous l’Escaut à pied et à vélo, et ses escalators mécaniques en bois sont les seuls de ce type encore en service en Europe. L’accès est gratuit, ouvert toute la semaine. Il débouche côté Linkeroever sur une vue dégagée sur la ligne de toits d’Anvers, sans barrière et sans ticket. C’est pour ça qu’un local préfère ce panorama à tous les autres d’Anvers : il n’est ni aménagé ni vendu comme attraction touristique.

Allez-y en fin d’après-midi quand la lumière est basse sur le fleuve. Les quais réhabilités côté centre-ville, les Scheldekaaien, accueillent coureurs, pique-niques et apéros en semaine comme le week-end. L’Escaut structure Anvers depuis le XVIe siècle, depuis les premières fortunes du port. Aujourd’hui il structure surtout les soirées des habitants.

Het Eilandje, le vieux port qui a changé de peau

Le MAS, Anvers

Crédit photo : Flickr – AnitA.v

Il y a 20 ans, Het Eilandje était un quartier de docks à l’abandon, au nord du centre historique. Aujourd’hui, c’est le secteur le plus transformé de la ville : entrepôts devenus lofts, bassins réhabilités, restaurants installés dans d’anciens hangars. Le MAS, Museum aan de Stroom, en est la pièce centrale. Conçu par les architectes Neutelings Riedijk et ouvert en 2011, il propose un toit-terrasse accessible gratuitement, avec une vue à 360° sur la ville et le port. Le matin en semaine, il n’y a presque personne.

Le quartier est agréable à pied, mais certaines parties restent froides et peu animées hors des beaux jours. Les 20 min depuis le centre se font plus facilement à vélo. Velo Antwerpen, le système de vélos en libre-service de la ville, couvre bien cet axe. Comptez environ 4 € pour une journée. Het Eilandje vaut la demi-journée, en incluant un arrêt sur les promenades le long des bassins avant de remonter vers le centre.

Se déplacer à Anvers comme les Anversois

Velo Antwerpen, Anvers

Crédit photo : Flickr – Maarten Zwemmer

Anvers est une ville de vélo. Le réseau cyclable est dense et les pistes sont sécurisées. Velo Antwerpen couvre bien le centre et les quartiers proches pour environ 4 € la journée. Le tram et le métro léger prennent le relais pour les distances plus longues, via la carte De Lijn, achetable en application ou aux distributeurs. Venir en voiture depuis Bruxelles (45 min) ou Paris (2h30) est possible, mais se garer dans le centre est coûteux et compliqué.

Le train est l’option la plus logique. Depuis Bruxelles-Midi, l’Intercity direct rejoint Anvers-Central en 35 min, plusieurs fois par heure. Depuis Paris-Nord, le trajet le plus courant passe par Bruxelles avec une correspondance. Tablez sur un temps de trajet total d’environ 2h15 à 2h30 selon les horaires. La gare d’Anvers-Central est elle-même une destination. Inaugurée en 1905 dans un style néo-baroque que ses habitués surnomment « la cathédrale des gares », elle mérite 5 min d’arrêt avant même de sortir dans la ville.

Ce qu’Anvers mange et boit vraiment

Café servi avec Antwerpse Handjes

Crédit photo : Flickr – streamer020nl

Les Antwerpse Handjes sont des sablés au beurre en forme de mains, que l’on trouve dans toutes les boulangeries de la ville. Ils rappellent la légende fondatrice : le géant Druon Antigoon, vaincu, avait la main coupée et jetée dans l’Escaut, ce qui aurait donné son nom à la ville (« hand werpen »). Dans les boulangeries du centre, ils partent surtout dans les sacs des touristes. Les Anversois en achètent aussi, mais plutôt dans les quartiers résidentiels, pas devant la Grote Markt.

Le marché dominical du Vogelenmarkt, place du Vieux Marché aux Grains, est le vrai rendez-vous hebdomadaire de la vie quotidienne à Anvers. Vous trouverez oiseaux, plantes et produits alimentaires dans une ambiance cosmopolite.

Les moules sont sur les cartes de presque toutes les brasseries, pas dans les restaurants gastronomiques. L’Escaut et la mer du Nord sont proches, et ça se sent dans les assiettes. Anvers est aussi une ville portuaire avec de fortes communautés turque, marocaine et indienne. Le quartier de Borgerhout reflète cette diversité dans ses marchés et ses épiceries. Si vous voulez manger comme un Sinjoren, commencez par vous éloigner du centre historique.

Du Sint-Annatunnel à la Cogels-Osylei, en passant par un Bolleke sur une terrasse de la Gitschotellei, Anvers se visite à vélo, à 4 € la journée, sans billet d’entrée pour l’essentiel.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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