11 anecdotes à connaître sur le Colisée
Le Colisée reçoit 7 millions de visiteurs par an. Et pourtant, la plupart des voyageurs repartent avec les mêmes récits sur les gladiateurs et le pouce vers le bas. Ce monument de Rome est l’un des plus documentés au monde, et aussi l’un des plus mal compris. Voici 11 anecdotes à découvrir sur la construction du Colisée mais aussi sur son fonctionnement et son histoire pour préparer une visite qui ressemble pas aucune autre.
1. Son vrai nom n’a rien à voir avec « Colisée »
Le monument s’appelle officiellement l’Amphithéâtre Flavien. Ce nom renvoie à la dynastie impériale qui l’a construit : Vespasien, Titus, Domitien. Le surnom « Colisée » n’apparaît qu’au Moyen Âge, probablement en référence à la Colossus Neronis, une statue de bronze de 35 m qui se dressait à l’entrée du site. Cette statue représentait à l’origine Néron lui-même.
Ses successeurs, soucieux d’effacer sa mémoire, ont modifié la sculpture pour en faire une représentation du dieu Soleil. La statue a disparu, son nom est resté. Ce que vous appelez « le Colisée » depuis toujours est donc un surnom médiéval dérivé d’une statue de Néron retouchée par ses ennemis politiques.
2. Il a été construit pour effacer Néron
La dimension politique est souvent négligée dans les visites guidées. Au Ier siècle de notre ère, Vespasien fait raser une partie de la Domus Aurea, le palais pharaonique de Néron qui monopolisait le centre de Rome, pour rendre le terrain au peuple. Construire un amphithéâtre public à l’emplacement du lac artificiel privé de Néron, c’est un acte de communication politique autant qu’architectural.
L’entrée est gratuite et les places sont distribuées selon le rang social. Les sénateurs et vestales se positionnent au premier rang, les chevaliers derrière, la plèbe au-dessus, puis les femmes et esclaves tout en haut. Rien n’est laissé au hasard. C’est un message : là où l’empereur précédent prenait, la nouvelle dynastie donne.
3. Un chantier bouclé en moins de dix ans

Shutterstock : Zzoran Karapancev
Les travaux du Colisée démarrent vers 70-72 apr. J.-C. sous Vespasien. Moins de 10 ans plus tard, son fils Titus inaugure le monument en 80 apr. J.-C. Le résultat : 188 m de long, 156 m de large, 50 m de haut, pour une capacité de 50 000 à 70 000 spectateurs. La pierre de travertin utilisée, extraite à Tivoli à 30 km de Rome, représente environ 100 000 mètres cubes de matériau.
Pour remettre ça en perspective : les Pyramides de Gizeh ont 2 fois l’âge de ce chantier. Vespasien meurt en 79 sans voir la fin de son projet et c’est son fils qui a l’honneur de couper le ruban. Les jeux d’inauguration durent 100 jours.
4. On pouvait le vider en huit minutes
L’ingénierie du Colisée est systématiquement sous-estimée et cette anecdote a de quoi impressionner. On dénombre 76 entrées numérotées, dont certains chiffres sont encore visibles sur les arches aujourd’hui. Elles permettaient d’évacuer 70 000 spectateurs en une poignée de minutes. Chaque spectateur avait un billet indiquant son entrée, son niveau et sa rangée. Un système qui n’a rien à envier aux stades modernes d’aujourd’hui.
C’est aussi l’occasion de corriger une légende tenace : le « vomitorium » n’est pas une pièce où les Romains allaient se faire vomir pour repartir manger. C’est simplement le nom des couloirs de sortie (du latin « vomere », régurgiter une foule).
5. Un toit rétractable manœuvré par des marins
Le velarium est une toile géante tendue au-dessus des gradins pour protéger les spectateurs du soleil romain. Au Colisée, un système de 80 voiles de lin était actionné par un détachement de marins de la flotte impériale de Misène, habitués à manœuvrer voiles et cordages sur les navires de guerre.
Des mâts fixés sur le pourtour extérieur soutenaient l’ensemble via un réseau de cordes et de treuils. Ce n’était pas un dispositif permanent : lors de certains jeux, notamment ceux nécessitant un usage différent de l’arène, le velarium était absent. Une logistique impressionnante pour un confort qui reste approximatif comparé aux gradins couverts d’aujourd’hui.
6. Des ascenseurs et des trappes sous l’arène

Vue depuis l’Hypogée, les souterrains du Colisée
L’hypogée, le réseau de couloirs souterrains sous le plancher de l’arène, n’a été redécouvert qu’au XIXe siècle. Il comprend des cages pour les animaux, des couloirs de circulation et surtout 36 monte-charges en bois actionnés manuellement. Ils permettaient de faire surgir gladiateurs, fauves et décors directement dans l’arène via des trappes.
Bonne nouvelle si vous prévoyez une visite : l’hypogée est ouvert au public depuis 2022. Et depuis 2023, un plancher amovible a été réinstallé dans l’arène, ce qui vous permet de vous tenir exactement à l’endroit où les combats avaient lieu, avec les souterrains en dessous de vos pieds. Réservez cette option à l’avance, les créneaux partent vite.
7. L’arène a accueilli de vraies batailles navales
Avant l’ajout de l’hypogée sous Domitien, l’arène pouvait être inondée pour des naumachies, des reconstitutions de batailles navales avec des navires à fond plat. Ces mises en scène n’ont duré qu’une fenêtre très courte, probablement uniquement sous Titus, juste après l’inauguration en 80 apr. J.-C.
C’est Domitien qui, en faisant creuser les sous-sols, a définitivement rendu ces spectacles impossibles. Le détail souvent oublié : Domitien n’a pas supprimé les naumachies par désintérêt. Il les a simplement sacrifiées au profit d’une machinerie scénique plus sophistiquée. Un choix technique qui a mis fin à l’une des expériences les plus spectaculaires jamais organisées dans un amphithéâtre.
8. Julius Caesar n’y a jamais mis les pieds
C’est l’une des anecdotes les plus répandues sur le Colisée et la Rome antique. César est assassiné en 44 av. J.-C., soit plus de 115 ans avant l’inauguration du monument en 80 apr. J.-C. Les deux symboles les plus célèbres de l’histoire romaine n’ont donc jamais coexisté au même moment.
Les empereurs vraiment associés au Colisée sont Vespasien, Titus, Domitien. Et plus tard Trajan, qui organise en 107 apr. J.-C. des jeux de 123 jours pour célébrer la conquête de la Dacie, avec 10 000 gladiateurs et 11 000 animaux. Quand vous visitez le Colisée, pensez à la dynastie des Flaviens et à Trajan, pas à César.
9. Les trous dans les murs ne sont pas dus à l’érosion
Au Colisée, vous verrez les façades criblées de cavités régulières. L’explication n’a rien à voir avec les intempéries. Les blocs de pierre étaient reliés par environ 300 tonnes d’agrafes métalliques en fer et en bronze. Au Moyen Âge, elles sont arrachées pour être fondues et réutilisées. Ces trous, c’est donc l’empreinte du pillage.
Autre anecdote : le Colisée a également servi de carrière à ciel ouvert pendant des siècles. Une partie de la basilique Saint-Pierre et plusieurs palais romains ont été construits avec ses pierres. Ce n’est pas l’érosion qui a abîmé le monument, c’est l’économie de récupération médiévale. Une nuance que la plupart des guides audio ne prennent pas la peine d’expliquer.
10. Le pouce vers le bas, c’est probablement faux
Le geste popularisé par Hollywood n’est pas attesté avec certitude par les sources historiques. Les spécialistes s’accordent sur l’expression « pollice verso » (pouce tourné), sans consensus sur la direction exacte. Certains pensent que le pouce pointé vers la gorge signifiait la mort, et le pouce rentré dans le poing la grâce. D’autres interprétations existent.
Ce que les films ont construit autour du Colisée est une reconstruction romantique du XIXe siècle. Elle a été popularisée par des peintres comme Jean-Léon Gérôme avant même que Hollywood existe. Visitez le Colisée en sachant que presque tout ce que le cinéma vous a montré sur les gladiateurs mérite d’être questionné.
11. Il est devenu un symbole contre la peine de mort
La reconversion symbolique du Colisée est radicale. Depuis 1999, les illuminations du monument passent du blanc ordinaire à une couleur dorée chaque fois qu’une condamnation à mort est commuée ou qu’un pays abolit la peine capitale dans le monde. Un lieu historiquement conçu pour faire de la mort un spectacle public envoie désormais un signal inverse à chaque exécution évitée.
Si vous passez devant le soir et que les lumières sont dorées, vous saurez ce que ça signifie. C’est probablement l’une des reconversions symboliques les plus cohérentes qu’un monument antique ait jamais connues.
Derrière les arches du Colisée, ces anecdotes donnent une autre lecture du monument. Une façon de dépasser l’image de carte postale.
