Notre sélection d'activités authentiques au Parc national des Carpates
L'arête mythique du Piatra Craiului depuis Curmătura Hut
La traversée de la crête calcaire du
Piatra Craiului reste l'aventure emblématique du parc, celle que tous les montagnards roumains rêvent d'accomplir au moins une fois. On démarre généralement du refuge Curmătura (1470 m) pour atteindre le sommet Vârful Baciului (2238 m) en progressant sur cette lame de calcaire blanc sculptée par l'érosion karstique. Les anciens bergers appelaient cette arête « le dos du dragon » et vous comprendrez vite pourquoi : par endroits, le sentier n'est qu'une ligne étroite entre deux à-pics vertigineux.
La météo change ici en moins d'une heure, surtout l'après-midi quand les orages montent des vallées (départ avant l'aube conseillé entre juin et septembre). Depuis la crête, le regard porte sur les forêts primaires de hêtres inscrites à l'UNESCO et sur les alpages où les bergers mènent encore leurs troupeaux chaque été, perpétuant une transhumance millénaire. Vous croiserez peut-être les bouquetins réintroduits dans les années 2000, symbole de la renaissance écologique du massif.
Le canyon de Zărnești et ses couloirs vertigineux
Le canyon de Zărnești (Prăpăstiile Zărneștiului) découpe le massif sur près de sept kilomètres, avec des parois calcaires qui culminent jusqu'à trois cents mètres de hauteur. Le sentier longe la rivière Bârsa en serpentant entre les parois resserrées où le soleil ne pénètre que quelques heures par jour, créant cette lumière particulière tant recherchée par les photographes. Mon grand-père racontait que les contrebandiers empruntaient ce passage au début du siècle pour échapper aux douaniers autrichiens qui contrôlaient la frontière.
Aujourd'hui, le canyon est devenu l'une des sorties familiales les plus prisées du parc (comptez trois heures aller-retour depuis le parking de Zărnești). La surfréquentation estivale peut gâcher l'ambiance : venez plutôt en semaine ou tôt le matin pour profiter du silence que rythme seulement le bruit de l'eau. Les Saxons de la région appelaient cet endroit « les portes de pierre », un nom qui prend tout son sens quand on débouche sur l'amphithéâtre naturel au bout du parcours.
Observer les ours bruns depuis les affûts de la forêt de Zărnești
Les affûts sécurisés installés dans la forêt autour de Zărnești offrent l'opportunité rare d'observer les ours bruns dans leur comportement naturel, sans les déranger. On s'installe en fin d'après-midi dans ces petites cabanes en bois positionnées face aux clairières que les animaux fréquentent au crépuscule pour se nourrir. Les gardes forestiers restent en surveillance discrète à proximité et connaissent les habitudes de chaque individu – certains ours sont observés depuis plus de dix ans.
Cette expérience demande patience et silence absolu, mais voir surgir une ourse avec ses oursons des fourrés de noisetiers reste un moment qu'on n'oublie jamais. Le parc abrite la plus forte densité d'ours bruns d'Europe et la cohabitation avec les villages n'est pas toujours simple : les bergers perdent encore régulièrement des moutons, ravivant des tensions ancestrales entre l'homme et le prédateur. Les affûts participent à cette éducation nécessaire, montrant que l'observation vaut mieux que la confrontation (réservation obligatoire auprès du parc, surtout entre mai et septembre).
Découvrir Brașov, la perle saxonne porte d'entrée du parc
Brașov demeure le point de passage obligé avant d'entrer dans le parc national, et ce serait dommage de la traverser sans s'y arrêter. Fondée par les chevaliers teutoniques au XIIIe siècle, puis développée par les marchands saxons, la ville conserve un patrimoine exceptionnel : la Biserica Neagră (l'Église Noire), plus grande église gothique de Roumanie, les fortifications médiévales, les ruelles de Șchei où vivait la communauté roumaine orthodoxe qui n'avait pas le droit d'habiter intra-muros. La Place du Conseil (Piața Sfatului) vibre encore de cette histoire multiculturelle qui a façonné toute la Transylvanie.
Depuis la vieille ville, on aperçoit l'inscription « BRAȘOV » sur le mont Tâmpa, copie locale du Hollywood sign installée dans les années 1950. Les terrasses regorgent de mici et sarmale fumants, et si vous cherchez à comprendre pourquoi ces montagnes attirent autant de visiteurs, c'est ici qu'il faut commencer : Brașov reste le cœur battant des Carpates méridionales, mélange unique d'influences germaniques, hongroises et roumaines (les bus pour Zărnești partent de la gare routière toutes les heures).
Le château de Bran et la légende de Dracula
Difficile d'évoquer cette région sans mentionner le château de Bran, même si son lien avec Vlad l'Empaleur reste largement fantasmé par le marketing touristique. Perché sur son éperon rocheux à l'entrée de la vallée, ce château médiéval servait surtout de poste douanier entre la Transylvanie et la Valachie. L'édifice appartint à la reine Marie de Roumanie au début du XXe siècle, qui en fit sa résidence d'été et lui donna ce charme romantique qu'on lui connaît aujourd'hui.
Au-delà du mythe vampirique, Bran mérite une visite pour son architecture typique et la vue magnifique qu'il offre sur les premiers contreforts des Carpates. Le village au pied du château s'est transformé en grand marché d'artisanat (qualité variable, négociez les prix) où vous trouverez cependant de véritables coșare en bois sculpté et des pulls en laine de mouton parfaits pour les soirées fraîches en montagne. Les puristes préfèrent la forteresse de Râșnov, quinze kilomètres plus loin, moins touristique et plus authentique dans son allure de citadelle paysanne fortifiée.
Les hameaux perdus de Măgura et Peștera
Măgura et Peștera forment ces hameaux d'alpage qu'on atteint par une route sinueuse qui grimpe depuis Zărnești, offrant à chaque virage des panoramas de plus en plus spectaculaires sur le massif du Piatra Craiului. Ici subsiste une vie rurale que l'exode des jeunes vers les villes menace chaque année davantage : quelques dizaines de familles perpétuent l'élevage traditionnel, fabriquent encore leur fromage télémea dans les stâni (bergeries) et cultivent leurs potagers malgré les sangliers qui descendent des forêts.
Les maisons en rondins de bois alignées le long de l'unique rue principale semblent sorties d'un autre siècle, et c'est justement ce qui fait leur charme. Les habitants vendent du miel de montagne, de la zacuscă maison et ce fromage frais qu'ils égouttent dans des toiles suspendues aux poutres des granges. En juin, si vous avez de la chance, vous assisterez peut-être à la Sâmbra Oilor, la fête ancestrale de la montée aux alpages où les bergers comptent leurs bêtes et célèbrent le début de l'estive avec du tuica et des danses traditionnelles qui durent jusqu'à l'aube.
Les pâturages alpins au-dessus de Peștera
Au-delà du hameau de Peștera, les sentiers s'enfoncent dans les vastes pâturages d'altitude où les troupeaux paissent de mai à septembre sous la garde des cioban (bergers) et de leurs chiens des Carpates. Ces espaces ouverts offrent un contraste saisissant avec les forêts denses du versant opposé : ici, l'herbe rase laisse le regard filer jusqu'aux crêtes déchiquetées du Piatra Craiului d'un côté, et vers les Bucegi de l'autre. Les orchidées sauvages colorent ces prairies au printemps, tandis que l'automne les habille d'un doré flamboyant.
Les guides locaux qui accompagnent ces randonnées connaissent chaque berger par son prénom et vous expliqueront comment fonctionne encore ce système pastoral hérité du Moyen Âge : le partage des alpages, le marquage des bêtes, la fabrication du brânză de burduf (fromage affiné dans une peau de mouton). En fin de journée, certains bergers acceptent les visiteurs pour la traite du soir (demandez d'abord, respectez leur travail). Cette vie rude et solitaire en montagne fascine autant qu'elle interroge : combien de temps résistera-t-elle à la modernité qui grignote les traditions ?
La via ferrata sur les parois du Piatra Craiului
Pour ceux qui rêvent de verticalité sans être grimpeurs aguerris, la via ferrata aménagée sur les parois calcaires du massif offre une expérience aérienne inoubliable. Câbles, échelles métalliques et ponts de singe permettent de progresser sur la roche en toute sécurité (baudrier et longe obligatoires) tout en profitant de l'exposition exceptionnelle. Le parcours démarre généralement depuis le secteur de Curmătura et traverse plusieurs sections où l'on évolue au-dessus du vide, avec les hêtraies qui semblent minuscules trois cents mètres plus bas.
Les premiers itinéraires furent équipés dans les années 2010 pour diversifier l'offre du parc et permettre au plus grand nombre d'accéder à ces ambiances de haute montagne. Les guides qui encadrent ces sorties sont souvent d'anciens alpinistes de Brașov qui connaissent chaque fissure de ces falaises et vous raconteront les exploits des pionniers roumains de l'escalade (les frères Costea, notamment). Le karst creusé par des millions d'années d'érosion crée des formes fantastiques : arêtes tranchantes, gendarmes isolés, gouffres béants qui s'ouvrent sous vos pieds. L'après-midi, les parois prennent cette teinte miel caractéristique du calcaire des Carpates.
Randonner dans les hêtraies primaires classées UNESCO
Le parc abrite plusieurs secteurs de forêts primaires de hêtres qui n'ont jamais connu la hache de l'homme, écosystèmes rarissimes en Europe inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2017. Ces cathédrales végétales impressionnent par leurs dimensions : certains arbres dépassent quarante mètres de haut et trois cents ans d'âge. Au sol, les troncs morts se décomposent lentement, nourrissant une biodiversité exceptionnelle de champignons, insectes et oiseaux.
Les sentiers qui traversent ces zones sont strictement balisés et il est interdit d'en sortir pour préserver ces milieux fragiles (les gardes forestiers patrouillent régulièrement). L'ambiance change radicalement selon les saisons : en automne, le tapis de feuilles mordorées crisse sous les pas et les rayons obliques du soleil percent à peine le couvert ; au printemps, les feuilles nouvelles créent cette lumière verte si particulière où résonne le chant du pic noir. La forêt primaire la plus accessible se trouve sur le versant nord du massif, accessible depuis Plaiul Foii (comptez cinq heures de marche en boucle).
Le ski de randonnée sur les pentes enneigées du massif
L'hiver transforme complètement le visage du Piatra Craiului, et le ski de randonnée connaît un engouement grandissant parmi les montagnards roumains. Les itinéraires classiques partent généralement de Plaiul Foii pour monter vers les crêtes par les combes nord, où la neige tient de décembre à avril. Cette pratique exige une vraie connaissance de la montagne hivernale : le brouillard peut tomber en quelques minutes, les corniches menacent les arêtes exposées, et les avalanches ne sont pas rares sur les pentes raides après les chutes.
Les clubs de montagne de Brașov organisent régulièrement des sorties collectives plus sécurisantes pour les débutants (renseignez-vous au Clubul Montan avant de partir seul). La récompense ? Des descentes dans une poudreuse souvent vierge, des forêts fantomatiques où pendent les stalactites de glace, et ce silence ouaté propre aux montagnes endormies sous la neige. Contrairement aux stations voisines de Poiana Brașov ou Azuga, ici vous ne croiserez que quelques autres skieurs – et peut-être les traces fraîches d'un lynx qui aura traversé votre itinéraire pendant la nuit.
Séjourner chez l'habitant et partager la vie locale
La véritable découverte des Carpates passe par ces soirées chez l'habitant, dans les pensions familiales qui ont fleuri à Măgura, Peștera ou dans les villages de la vallée. Les hôtes vous serviront invariablement un verre de țuică (eau-de-vie de prunes) en guise de bienvenue, puis un repas pantagruélique : ciorba de burtă (soupe de tripes), sarmale (feuilles de chou farcies), mămăligă (polenta) et fromage frais. L'hospitalité roumaine n'est pas un mythe publicitaire, c'est une réalité qui vous prendra parfois au dépourvu tant elle est généreuse.
Ces moments autour de la table, quand la langue se délie après quelques verres, vous en apprendrez plus sur la vie dans ces montagnes que dans n'importe quel guide touristique. Les anciens racontent les hivers d'autrefois quand la neige bloquait les villages pendant des semaines, l'époque communiste où les troupeaux furent collectivisés, les ours qui descendent encore fouiller les poubelles à l'automne. Ces récits donnent chair à un territoire qu'on pourrait croire figé dans une carte postale, mais qui continue de vivre, de lutter, de se transformer sous nos yeux (compter entre 15 et 25 euros pour une nuit avec dîner).
La flore endémique et les orchidées du printemps
Les botanistes du monde entier connaissent le Piatra Craiului pour ses espèces endémiques, dont le fameux œillet de Transylvanie (Dianthus callizonus) qui ne pousse nulle part ailleurs sur la planète. Ces petites fleurs roses colonisent les fissures du calcaire entre 1800 et 2200 mètres d'altitude, floraison discrète mais émouvante pour qui sait la chercher. Le parc compte au total plus de mille espèces végétales répertoriées, des orchidées sauvages aux gentianes alpines qui tapissent les pelouses d'altitude.
Le printemps reste la saison idéale pour observer cette explosion de couleurs : entre mai et juin, les prairies autour de Peștera se couvrent de primevères, d'ancolies et d'une dizaine d'espèces d'orchidées dont certaines très rares (Cypripedium calceolus, le sabot de Vénus). Les gardes du parc organisent parfois des sorties botaniques guidées qui permettent d'identifier ces trésors sans les piétiner (restez sur les sentiers balisés, la végétation met des années à se reconstituer). Cette richesse floristique s'explique par la position géographique unique du massif, au carrefour d'influences climatiques continentales et méditerranéennes.
Les villages saxons et églises fortifiées de la vallée
Tout autour du parc subsistent ces villages saxons fondés au Moyen Âge par les colons germaniques venus peupler la Transylvanie sur invitation des rois de Hongrie. Simon, Fundata, Moieciu portent encore les traces de cette architecture caractéristique : églises fortifiées au centre du village, maisons à colombages, cours intérieures fermées. La plupart des Saxons ont quitté la Roumanie après 1989, rachetés par l'Allemagne de l'Ouest dans les dernières années du communisme, laissant leurs églises centenaires presque vides.
Certaines de ces églises sont aujourd'hui classées et se visitent (celle de Moieciu vaut particulièrement le détour pour ses fresques médiévales restaurées). On mesure en déambulant dans ces ruelles silencieuses toute la complexité de l'histoire roumaine : ces villages furent germaniques pendant sept siècles, avant de redevenir roumains en quelques décennies. Les derniers Saxons âgés qui n'ont pas voulu partir parlent encore ce dialecte transylvanien incompréhensible pour les Allemands d'aujourd'hui, langue figée au XIIIe siècle qui résonne étrangement entre les murs de pierre.
Les champignons d'automne et la cueillette traditionnelle
L'automne transforme les sous-bois en garde-manger pour qui sait reconnaître les espèces comestibles : cèpes, girolles, pieds-de-mouton poussent en abondance après les premières pluies de septembre. La cueillette des champignons reste une tradition vivace dans toutes les familles roumaines, et les week-ends d'octobre voient débarquer des centaines de chercheurs armés de paniers d'osier qui s'enfoncent dans les forêts. Les anciens transmettent leurs coins secrets de génération en génération, gardant jalousement leurs spots les plus productifs.
Attention cependant : la règlementation du parc limite la cueillette à deux kilogrammes par personne et interdit certaines zones de forêt primaire (renseignez-vous aux postes d'entrée). Si vous n'êtes pas sûr de vos identifications, plusieurs guides locaux proposent des sorties mycologiques encadrées où vous apprendrez à distinguer le bolet comestible de son cousin toxique. Les marchés de Brașov se remplissent alors de champignons frais que les villageois vendent à même le trottoir, et les restaurants ajoutent à leurs cartes ces tocănițe de ciuperci (ragoûts de champignons) qui sentent la forêt d'automne.
Photographier les paysages depuis les belvédères du massif
Les photographes trouveront dans le parc des conditions de lumière exceptionnelles, surtout depuis les nombreux belvédères aménagés le long des crêtes et des routes d'accès. Le point de vue sur le canyon depuis Curmătura, celui sur toute la chaîne depuis la route de Măgura, ou encore le panorama depuis Vârful Țurții : chacun offre une perspective différente sur ces montagnes. Les prairies fleuries de juin créent des premiers plans colorés idéaux pour composer vos images, tandis que les brumes matinales d'automne noyent les vallées dans une mer de coton.
Les photographes animaliers les plus patients installent leurs affûts personnels (avec autorisation du parc) pour capturer cerfs, chamois, ou avec beaucoup de chance, le lynx boréal qui hante ces forêts. La lumière change ici très rapidement avec l'altitude et l'heure : le calcaire blanc prend des teintes qui vont du rose au doré selon la position du soleil, créant une palette chromatique qui renouvelle sans cesse le sujet. Plusieurs photographes de nature locaux basés à Brașov proposent des stages ou des sorties guidées, partageant leurs spots et leurs astuces pour ramener des images qui sortent de l'ordinaire (privilégiez toujours les heures dorées du lever et du coucher de soleil).