10 anecdotes à connaître sur les arènes de Vérone
Les arènes de Vérone trônent sur la Piazza Bra depuis 2 000 ans. On croit les connaître parce qu’on en a vu des photos, parce qu’on sait qu’on y joue de l’opéra l’été. Mais derrière la façade en pierre calcaire rose, il y a des anecdotes que la plupart des visiteurs ignorent complètement sur les arènes de Vérone : une légende diabolique, un séisme qui a tout changé, et une première mondiale olympique en 2026.
1. Elles sont plus vieilles que le Colisée
Les arènes de Vérone ont été construites vers l’an 30 après J.-C., sous le règne de Tibère. Le Colisée, lui, n’a été inauguré qu’en 80 après J.-C., soit environ 50 ans plus tard. Rome reste plus grande et plus célèbre, mais Vérone a la priorité historique.
Sur le plan des dimensions, l’amphithéâtre de Vérone forme une ellipse de 152 m sur 123 m pour une hauteur actuelle d’environ 30 m. C’est l’un des plus grands amphithéâtres romains jamais construits. Il se classe juste derrière le Colisée de Rome et quelques autres grands édifices comme celui de Pouzzoles ou de Capoue, selon les mesures retenues. Autrement dit, ce n’est pas un monument mineur qu’on visite par défaut.
2. Elles étaient hors des murs de la ville
À l’époque romaine, les arènes se trouvaient en dehors des remparts de Vérone. Ce choix était délibéré : un amphithéâtre accueillant des dizaines de milliers de spectateurs ne pouvait pas être intégré au tissu urbain sans paralyser la cité entière. On peut encore apercevoir un vestige de ces anciens remparts à l’arrière du monument.
Aujourd’hui, l’arène est en plein centre-ville, entourée de cafés et de restaurants. Ce déplacement apparent dit tout sur l’expansion de Vérone au fil des siècles. La ville a grandi autour de son amphithéâtre, pas l’inverse.
3. Le tremblement de terre de 1117 a presque tout effacé

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En 1117, un séisme violent frappe le nord de l’Italie et détruit la quasi-totalité de l’anneau extérieur des arènes. Ce que vous voyez aujourd’hui n’est pas la façade d’origine. Il s’agit de l’anneau intérieur, mis à nu par le tremblement de terre. L’édifice d’origine était donc considérablement plus haut et plus imposant.
Les pierres de l’anneau détruit n’ont pas disparu pour autant. Les habitants de Vérone les ont récupérées pour reconstruire la ville, une pratique que les historiens appellent le spolia. Ce recyclage de matériaux antiques était courant au Moyen Âge et il a littéralement effacé une partie de l’histoire du monument.
4. L’ala, le seul vestige de la façade d’origine
Sur le flanc nord des arènes, quatre arches se dressent légèrement en retrait du reste de la structure. C’est l’ala, l’aile en italien, le seul fragment qui subsiste de l’anneau extérieur détruit en 1117. Il suffit à comprendre ce qu’était le monument avant le séisme : une couronne supplémentaire d’arcs, bien plus haute que ce qu’on voit aujourd’hui.
L’ala est devenue le symbole iconique de Vérone, visible sur toutes les cartes postales. Une légende locale raconte que l’édifice aurait été construit en une nuit par le diable. Il aurait abandonné son travail avant l’aube, laissant l’ala inachevée. Personne ne croit vraiment à cette anecdote sur les arènes de Vérone, mais tout le monde la connaît.
5. Le sable, les gladiateurs et l’origine du mot « arène »

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Le mot « arène » vient du latin arena, qui signifie simplement sable. Ce sable était répandu sur le sol de l’amphithéâtre pour absorber le sang des combats et éviter que les gladiateurs ne glissent. À son apogée, le monument pouvait accueillir entre 20 000 et 30 000 spectateurs, selon les estimations des historiens.
Les spectacles ne se limitaient pas aux combats de gladiateurs. Les Véronais assistaient aussi aux venationes, des chasses d’animaux exotiques importés d’Afrique et d’Asie. Certains chercheurs évoquent également la possibilité de naumachies, ces batailles navales simulées avec inondation partielle de l’arène. Mais aucune preuve archéologique solide ne l’établit à Vérone avec certitude. Difficile d’imaginer tout ça en regardant les gradins aujourd’hui.
6. Au Moyen Âge, un usage bien moins glorieux
Après l’interdiction des combats de gladiateurs sous l’Empire chrétien à la fin du IVe siècle, les arènes ont perdu leur raison d’être. Les arcades ont été louées à des marchands et des artisans. Plusieurs sources historiques véronaises mentionnent que la municipalité louait également des espaces à des prostituées pour renflouer les caisses de la ville. Cette pratique est documentée dans d’autres villes italiennes médiévales du même type.
Le monument a aussi servi de carrière de pierres, d’entrepôt et même de tribunal. Cette période de recyclage dure plusieurs siècles, jusqu’à ce que la Renaissance redécouvre la valeur patrimoniale du lieu. Entre la gloire romaine et l’opéra, cette anecdote révèle que les arènes de Vérone ont traversé une longue période bien peu spectaculaire.
7. 1913 : Aida lance tout

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La date est précise : le 10 août 1913, pour le centenaire de la naissance de Giuseppe Verdi, le ténor et impresario Giovanni Zenatello organise une représentation monumentale d’Aida dans les arènes. Le succès est immédiat et sans ambiguïté. Ce soir-là, l’histoire du festival d’opéra de Vérone est née.
Depuis lors, l’Arena di Verona Opera Festival se tient chaque été de juin à septembre. On compte seulement deux interruptions lors des guerres mondiales. Le choix d’Aida n’était pas anodin : ses décors orientaux et ses scènes de triomphe militaire épousaient parfaitement l’échelle du lieu. Réservez vos places plusieurs mois à l’avance si vous visez le mois de juillet ou août.
8. Une acoustique sans micro
Lors des représentations d’opéra aux arènes de Vérone, aucun microphone n’est utilisé, ni pour les chanteurs ni pour l’orchestre. La forme elliptique, les gradins en entonnoir et les surfaces en pierre calcaire fonctionnent comme des réflecteurs naturels qui projettent le son jusqu’aux derniers gradins. C’est de l’acoustique romaine, pas de l’ingénierie moderne.
Cette absence d’amplification est une des raisons pour lesquelles chanter aux arènes de Vérone représente un défi vocal à part entière. La capacité actuelle lors des représentations est d’environ 15 000 places. Elle est inférieure par rapport aux 20 000 à 30 000 de l’époque romaine pour des raisons de sécurité et d’espace scénique. Même depuis les gradins du haut, chaque note porte.
9. Les bougies, une tradition qui n’a rien d’anecdotique
Avant chaque représentation, à la nuit tombée, des petites bougies sont distribuées aux spectateurs. Quand les lumières baissent, les 15 000 personnes présentes les allument simultanément : c’est l’un des moments visuellement les plus forts de toute la soirée.
L’origine de cette tradition est purement pratique. Avant l’électrification, les spectateurs utilisaient ces bougies pour lire le livret dans l’obscurité. Aujourd’hui, la fonction est devenue rituelle. Les bougies sont comprises dans le prix du billet ou vendues à l’entrée pour quelques centimes selon les années. Ne ratez pas ce moment en arrivant en retard.
10. Les Jeux olympiques d’hiver 2026
Les arènes de Vérone ont accueilli la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026, ainsi que la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques. C’est la première fois dans l’histoire olympique moderne qu’un amphithéâtre antique sert de cadre à une cérémonie des Jeux.
Cette anecdote résume assez bien ce que sont les arènes de Vérone : pas un musée figé qu’on visite derrière une vitre, mais un monument vivant qui continue d’accueillir des événements de masse à portée internationale, 2 000 ans après sa construction. Visitez-les, elles méritent vraiment le détour.
Construites avant le Colisée, défigurées par un séisme, converties en marché, puis en scène d’opéra mondiale : ces anecdotes confirment que les arènes de Vérone sont un monument à découvrir autrement qu’en simple photo souvenir.
