Vérone comme la vivent ses habitants
Vérone accueille chaque année plus de 3 millions de touristes. La majorité des visiteurs vient poser la main sur le sein de bronze de la statue de Juliette pour porter chance. Les habitants, eux, ne mettent pratiquement jamais les pieds Piazza delle Erbe après 17h. C’est le paradoxe de cette ville : classée Unesco, saturée de groupes en été, mais profondément vivante dans ses quartiers, ses rituels d’apéritif, ses collines et ses quais. Voici comment vivre Vérone comme un local, loin du circuit arènes-maison de Juliette.
Le Liston, première leçon d’urbanité véronaise
Le Liston, c’est la large chaussée en marbre rose qui longe la Piazza Bra côté ville, dos aux arènes. Les habitants ne viennent pas regarder l’amphithéâtre romain, ils viennent marcher, se croiser, parler debout. C’est la passeggiata dans sa version véronaise : un rituel social quotidien, surtout en fin d’après-midi. La place fonctionne en deux zones distinctes : les touristes côté arènes, les locaux côté Liston.
Les terrasses qui bordent la Piazza Bra sont les plus chères de la ville et les moins fréquentées par les habitants. Bifurquez plutôt vers les ruelles qui mènent vers la Piazza dei Signori, pour trouver un verre à prix raisonnable dans une osteria de quartier. Le Liston se marche, il ne se consomme pas.
L’apéritif, un art très codifié

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Entre 18h et 20h, les Véronais ne sont pas chez eux, ils sont au comptoir. C’est l’heure de l’aperitivo, rituel structurant une journée locale à Vérone. Le Spritz (Aperol ou Campari, selon les générations), le Hugo (prosecco, sirop de sureau, menthe, plus populaire chez les moins de 35 ans) et surtout les vins locaux au verre dominent les commandes. Vous aurez le choix parmi un Valpolicella en rouge, un Soave ou un Lugana en blanc. Commander au comptoir coûte systématiquement moins cher qu’en salle, parfois du simple au double.
La Piazza delle Erbe est à éviter à ces heures-là : trop de touristes, prix en hausse, ambiance artificielle. Pour savoir où aller à Vérone sans les touristes à l’heure de l’apéritif, deux zones s’imposent. Visez Veronetta, sur la rive gauche, et les abords de la Piazza dei Signori, plus calmes et plus accessibles. On grignote debout, olives, charcuterie locale, quelques cicchetti, et on repart avant le dîner. C’est structuré, bref, convivial.
Veronetta, la rive gauche que les touristes ignorent

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Traversez l’Adige et vous changerez d’atmosphère immédiatement. Veronetta, sur la rive gauche, est le quartier étudiant de Vérone. Plus mixte, et plus abordable, il renferme des bars où une bière coûte encore moins de 2 € et des terrasses qui n’ont pas été redessinées pour Instagram. L’université de Vérone, fondée en 1982, y concentre des milliers d’étudiants qui donnent au quartier son rythme local propre. C’est l’un des endroits où se retrouvent vraiment les habitants et l’un des quartiers les moins connus des visiteurs.
Le Giardino Giusti se trouve aussi dans ce quartier. Il s’agit d’un jardin Renaissance de 1580, conçu par Agostino Giusti. Il dispose d’un labyrinthe, d’une allée de cyprès centenaires et d’un belvédère avec vue dégagée sur le centre historique. C’est un site payant et une attraction à part entière. Les habitants n’y vont pas régulièrement, mais si vous passez par Veronetta, il mérite le détour en début de matinée, quand la fréquentation reste faible. Veronetta vaut aussi pour ses petites osterie sans nappes brodées, où les plats du jour s’écrivent à la craie et changent vraiment chaque jour.
San Zeno, le quartier qui a gardé son âme
San Zeno est le quartier que beaucoup de Véronais citent en premier quand on leur demande où ils aiment vivre. Situé à l’ouest du centre historique, sur la rive droite, il fonctionne comme un village dans la ville : petites boutiques de proximité, cafés où tout le monde se connaît, aucune file d’attente. La basilique San Zeno Maggiore, construite principalement entre le XIe et le XIIe siècle sur des fondations paléochrétiennes remontant au IVe siècle, avec ses portes en bronze figurant des scènes bibliques, est le point d’ancrage du quartier. Les habitants la traversent comme on traverse une place, sans en faire un événement.
Le Carnaval de Vérone est l’un des plus anciens d’Italie et son centre est précisément San Zeno. La figure du Papà del Gnoco y préside chaque année. Le vendredi précédant le Carême, manger des gnocchis dans le quartier est une tradition locale qui se perpétue depuis des siècles à Vérone. Si votre timing coïncide, ne la ratez pas : c’est une expérience difficilement reproductible ailleurs en Italie.
Fuir vers les Torricelle et Castel San Pietro

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Quand les températures montent, les habitants montent aussi. Les Torricelle, les collines au nord de la ville, offrent des sentiers pour courir ou pédaler. Mais aussi des oliveraies qui grimpent jusqu’à 400 m d’altitude et des vues ouvertes sur la plaine du Pô. Pour une vue rapide sans effort, Castel San Pietro est le spot de coucher de soleil des locaux. On y accède à pied depuis Veronetta, et on y arrive avec une bouteille achetée en chemin. Rien d’officiel, rien d’organisé, mais c’est exactement pour ça que ça fonctionne.
En contrebas, le théâtre romain du Ier siècle avant J.-C., dont les fouilles et restaurations majeures remontent au XIXe siècle, est nettement moins fréquenté que les arènes. Son état de conservation mérite pourtant largement l’arrêt. En été, il accueille des spectacles dans le cadre de l’Estate Teatrale Veronese : une façon de voir du spectacle vivant dans un cadre antique sans débourser les tarifs de l’opéra.
Ce qu’on mange vraiment à Vérone

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Oubliez la pizza. Manger à Vérone comme un local, c’est adopter une cuisine plus lourde, plus ancrée dans un territoire viticole et agricole. La pastissada de caval (ragoût de viande de cheval braisée dans du vin rouge aromatisé aux herbes) figure encore dans les trattorie traditionnelles. C’est un plat qui divise, ce qui est une bonne raison de le commander. Le risotto all’Amarone utilise le vin le plus puissant de la zone Valpolicella. Ce plat coûte plus cher qu’il n’en a l’air, souvent entre 18 et 22 €, mais le riz vient généralement de la plaine d’Isola della Scala, grand centre rizicole régional.
À Noël, les Véronais ne jurent que par le Pandoro face au Panettone milanais. Il est originaire de la ville et sa recette moderne date de la fin du XIXe siècle. La maison Perbellini en a longtemps produit une version de référence nationale, avant de recentrer ses activités sur la haute gastronomie avec le restaurant doublement étoilé de Giancarlo Perbellini. Ajoutez à ça les gnocchis du carnaval, le lesso con la pearà (viande bouillie avec une sauce à la chapelure et à la moelle) et un verre de Soave en blanc pour l’apéritif. Et voilà, vous mangez comme un Véronais !
L’Adige côté habitant

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L’Adige n’est pas un fleuve de carte postale. Après la crue dévastatrice de 1882, il a été canalisé entre des murs de briques hauts et austères, achevés en 1885. La ville lui a partiellement tourné le dos depuis. Pourtant, les habitants entretiennent avec lui un rapport discret et régulier. Le matin, les coureurs longent le Lungadige. Le soir, les promeneurs s’y retrouvent en dehors du centre touristique.
Le Ponte Scaligero, rattaché au Castelvecchio (construit entre 1354 et 1376), a été détruit par les Allemands en 1945 et reconstruit pierre par pierre après la guerre. Les locaux le traversent sans y penser. Mais les plus attentifs s’arrêtent dans les petites alcôves latérales pour regarder l’eau en dessous. Une balade sur les quais en dehors du centre donne une image de Vérone très éloignée des brochures. Elle s’avère plus ordinaire et plus vraie.
Quelques repères pratiques pour faire comme eux
Le centre historique de Vérone se traverse à pied en moins de 20 min d’un bout à l’autre. C’est la première chose à savoir ! Pour le reste, le bus ATV couvre efficacement toute la ville avec un ticket à 1,30 €. Le vélo est populaire chez les habitants, mais la circulation dans le centre est dense et peu cyclable pour qui ne connaît pas.
Arriver dans un restaurant à 19h est le marqueur touristique le plus visible de la ville. Les Véronais dînent à partir de 20h, souvent 20h30. Au bar, commandez toujours au comptoir si vous pouvez, s’asseoir coûte plus cher partout. Quelques mots d’italien changent l’accueil : buongiorno, per favore, grazie. Enfin, évitez juillet et août si vous cherchez à vivre Vérone comme un local. Le festival d’opéra aux arènes attire jusqu’à 15 000 spectateurs par soir et sature le centre. Le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre) sont les saisons où Vérone appartient encore un peu à ceux qui y vivent.
Passeggiata sur le Liston, verre de Valpolicella au comptoir à Veronetta, gnocchis à San Zeno le vendredi du Carnaval. La vie locale à Vérone s’explore autrement, commencez par avoir les bons réflexes.
