Santander comme la vivent les Cántabros : le rythme et la vie locale d’une ville du Nord
Santander compte 175 000 habitants, une baie classée parmi les plus belles du monde et aucun complexe à avoir face à ses voisines basques. Moins courue que Bilbao, moins mise en scène que San Sebastián, la capitale de la Cantabrie vit à un rythme qui n’a pas été pensé pour les visiteurs. Cet article présente la ville d’un point de vue local, telle que les Cántabros la pratiquent, du comptoir du matin à la plage de janvier.
Une ville tournée vers sa baie, pas vers ses visiteurs

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Le Paseo de Pereda n’est pas une promenade aménagée pour les touristes. C’est l’axe structurant de la ville, l’endroit où les habitants traversent, s’arrêtent, regardent l’eau sans y penser. La baie de Santander appartient au Club des Plus Belles Baies du Monde, une distinction honorifique qui ne change rien au quotidien0 Les gens vivent dedans et ne la contemplent pas depuis un belvédère fléché.
Ne manquez pas les statues des Raqueros. Elles représentent des gamins du port qui plongeaient au début du XXe siècle pour ramasser les pièces jetées par les passagers des bateaux. Ces statues en bronze disent mieux que n’importe quel panneau d’information ce que la mer représente ici : une ressource, pas un décor.
Les bateaux-navettes, appelés pedreñeras, traversent la baie vers Somo et Pedreña plusieurs fois par jour. Les locaux les prennent comme d’autres prennent un bus, pour aller surfer à Somo le samedi matin ou rejoindre la plage de Pedreña un dimanche. La traversée dure une vingtaine de minutes et coûte quelques euros. Si vous voulez comprendre le rapport qu’entretiennent les Santanderinos avec leur baie, prenez cette navette un matin de semaine. À coup sûr, vous ne croiserez presque personne qui ait l’air d’être en vacances.
Le matin commence au comptoir

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À Santander, le café se prend debout, au zinc, et la conversation avec le barman fait partie du rituel. Ce n’est pas une posture, c’est simplement comme ça que ça fonctionne depuis toujours dans le nord de l’Espagne. Le Mercado de la Esperanza, halle en fer du XIXe siècle posée en plein centre-ville, prolonge ce temps du matin. Les étals y sont organisés pour les habitants, pas pour les visiteurs. Vous trouverez des anchois de Santoña conditionnés pour repartir dans un sac de courses. Mais aussi du fromage Queso de Nata vendu au poids, du bonite du littoral cantabrique et des palourdes de Pedreña encore humides du matin.
Allez-y un mardi ou un jeudi, pas un samedi, pour voir le marché tel qu’il fonctionne vraiment. Les pinchos du matin que vous apercevrez dans les bars autour sont différents de leurs équivalents basques. Ils sont plus sobres, moins construits, davantage centrés sur le produit. Une tranche de pain, un anchois, un peu d’huile. Ça tient en trois bouchées et ça vaut mieux que beaucoup de choses servies dans des assiettes plus élaborées. C’est ici que se lit le mieux ce que mange vraiment un local à Santander au quotidien.
Les rabas, le vermouth et le dimanche à Cañadío

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La place Cañadío est le centre de gravité de la vie sociale santanderine, en particulier le dimanche à partir de 13h. On y commande une caña ou un vermouth, et des rabas. Les rabas, ce sont des anneaux de calmar frits. C’est la spécialité locale qui se mange debout, sans chichis, depuis des décennies à Santander. La qualité se mesure à deux choses simultanément : la croustillance de l’enrobage et la tendreté du calmar à l’intérieur. Ce n’est pas une spécialité revisitée pour les menus de dégustation mais un rite de fin de semaine qui n’a pas bougé. Pour manger à Santander comme un local, c’est par là que ça commence.
La gastronomie cantabrique ne se limite pas à la côte. Le cocido montañés, potée épaisse de haricots blancs, chou vert et viande de porc, vient de l’arrière-pays de la Cordillère cantabrique. Les sobaos et la quesada pasiega, eux, descendent des Valles Pasiegos, ces vallées montagneuses à moins d’une heure de la ville. Santander est aussi une porte vers un arrière-pays qui n’a rien de maritime, et la table le rappelle à chaque repas.
El Sardinero, une plage pour toutes les saisons

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El Sardinero n’est pas la plage des touristes par défaut. C’est d’abord celle des habitants, ouverte douze mois sur douze. En janvier, des Santanderinos s’y baignent. En novembre, des surfeurs y affrontent les vagues atlantiques, régulières et puissantes grâce à une houle qui ne faiblit jamais vraiment. L’eau est froide : entre 14 et 20°C selon la saison. Ce n’est pas la Méditerranée, et personne ne prétend le contraire ! Les deux plages d’El Sardinero se suivent en continuité, bordées d’une avenue à l’architecture Belle Époque héritée des séjours royaux d’Alfonso XIII au Palais de la Magdalena.
En juillet et août, la dynamique change. Les Madrilènes arrivent en nombre, les prix montent, et les usages se heurtent à l’affluence. Ce n’est pas invivable, mais les habitants le ressentent. Si vous voulez El Sardinero à un rythme plus calme et local, visez juin ou septembre pour venir à Santander. Pour les plages moins fréquentées, préférez El Camello, La Concha ou Mataleñas. Elles sont accessibles à pied ou en bus depuis le centre et nettement moins chargées même en haute saison.
La Magdalena, le Centre Botín et la culture au bord de l’eau

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La presqu’île de la Magdalena avance dans la baie comme une parenthèse. Le palais royal y a été construit en 1912 pour Alfonso XIII, offert par la ville au roi. Aujourd’hui, il abrite l’Universidad Internacional Menéndez Pelayo, fondée en 1932. Il s’agit de l’une des institutions universitaires estivales les plus anciennes d’Espagne. Les cours d’été attirent notamment des intervenants de rang international.
Ce lieu dit quelque chose de l’ambition culturelle de Santander, une ville qui ne s’est jamais contentée d’être une station balnéaire. Les jardins sont accessibles librement et donnent sur la baie d’un côté, sur l’océan ouvert de l’autre. Le Centre Botín, inauguré en 2017 sur des pilotis entre les Jardins de Pereda et la baie, a été conçu par Renzo Piano. Ne vous attendez pas à tomber sur un musée au sens classique du terme. C’est un espace de création contemporaine financé par la Fondation Botín, famille bancaire cantabrique.
Sa réception par les Santanderinos reste ambivalente. Certains en ont fait un point de rendez-vous pour ses terrasses ouvertes sur la baie, d’autres le perçoivent comme déconnecté de la vie réelle de la ville. Tablez entre 6 et 8 € pour accéder aux expositions. Le Musée Maritime du Cantabrique et le MUPAC complètent le tableau si vous voulez comprendre l’histoire de la région.
La pluie, le vent du sud et le « sirimiri »

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Soyons clairs : Santander reçoit de la pluie, et pas qu’un peu. Le sirimiri, cette bruine fine caractéristique du nord de l’Espagne, peut s’installer pendant des jours sans s’annoncer. Le viento sur, vent chaud et sec venu du sud, peut faire grimper la température à 30°C en quelques heures, mais il ne dure pas. Si vous venez chercher du soleil garanti, il y a objectivement mieux dans la péninsule ibérique. Les Cántabros, eux, ne s’arrêtent pas de vivre pour autant. Les terrasses restent ouvertes sous les auvents, les marchés fonctionnent, la plage aussi.
Ce que ce climat produit en revanche, c’est une lumière et des paysages d’une intensité particulière. Les ciels passent du nuageux au limpide en une demi-heure. Le vert dense des collines descendant vers la mer côtoie le gris changeant de la baie. Juillet et août restent les mois les plus secs et les plus actifs. L’automne et le printemps conviennent aux voyageurs qui veulent éviter la foule et acceptent la météo variable. L’hiver appartient aux habitants : l’ambiance est réelle, mais le confort météorologique est limité. C’est le meilleur moment pour visiter Santander hors des sentiers battus, à condition d’accepter le climat local.
Quand la ville s’emballe : la Semana Grande

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Fin juillet, début août, Santander sort de sa réserve habituelle. La Semana Grande trouve son origine dans les fêtes organisées par un aubergiste du XIXe siècle, un certain Santiago González, qui célébrait son anniversaire avec ses clients. La popularité a grandi et la ville a suivi. Ce qui était une initiative personnelle est devenu la fête majeure de Santander. Au programme : concerts en plein air, feux d’artifice sur la baie et sorties en mer. La densité humaine transforme littéralement le centre-ville.
La même période accueille un festival de jazz fin juillet. Sans oublier le Festival Internacional de Santander en août, musique classique et danse au Palais des Festivals. Les locaux participent, mais avec la conscience claire que leur ville se partage temporairement. Les prix des hébergements montent de 30 à 50 % selon les adresses, réservez plusieurs semaines à l’avance. Si vous venez pour la Semana Grande, planifiez en amont. Si vous venez vivre Santander dans la peau d’un local, choisissez une autre semaine.
Entre sa baie distinguée, ses rabas du dimanche à Cañadío et sa Semana Grande de fin juillet, Santander se comprend mieux en la pratiquant qu’en la visitant.
