Pourquoi le Sphinx de Gizeh n’a-t-il plus de nez ?

avatar
Réservez vos billets pour le Sphinx de Gizeh Voir les offres

Le Sphinx de Gizeh n’a plus de nez depuis des siècles, et tout le monde ou presque accuse Napoléon. À tort ! La réalité est à la fois plus précise et plus complexe : un acte délibéré, un nom, un motif religieux, et des marques d’outils qui ne laissent guère de place au doute. Voici ce qu’on sait vraiment sur l’histoire du nez du Sphinx de Gizeh, et ce qui reste encore à découvrir.

La faute à Napoléon ? C’est faux

La légende est tenace : des soldats français auraient tiré au canon sur le visage du Sphinx lors de la campagne d’Égypte de 1798. Elle s’effondre face à un simple document : en 1737, l’explorateur danois Frederic Louis Norden dessine le Sphinx sans nez. Ce dessin est publié en 1755 dans Voyage d’Égypte et de Nubie, soit plus de 60 ans avant l’arrivée des troupes françaises au Caire. Cela en fait une preuve documentaire solide, pas une interprétation.

L’hypothèse du tir de canon est d’autant plus improbable que Napoléon avait emmené avec lui une équipe de savants dont la mission était précisément de documenter les monuments égyptiens, pas de les mutiler. Le mythe du sphinx de Gizeh et Napoléon survit parce qu’il est commode, mais il ne tient pas.

Ce qu’on sait vraiment : un acte délibéré au XIVe siècle

Sphinx

Crédit photo : Shutterstock – Abdoabdalla

La source la plus précise sur le sujet est Al-Maqrizi, historien égyptien du XVe siècle. Il rapporte que le nez a été retiré vers 1378 par un homme nommé Muhammad Sa’im al-Dahr. Son affiliation religieuse exacte reste vague dans le texte d’Al-Maqrizi lui-même, choqué par les offrandes que des paysans déposaient devant la statue.

Ces paysans priaient le Sphinx pour obtenir de bonnes crues du Nil et de bonnes récoltes. Cette pratique s’inscrivait dans une tradition cultuelle liée au Sphinx vieille de plusieurs millénaires, et que Sa’im al-Dahr considérait comme de l’idolâtrie. Contraire à l’islam selon lui, cet acte d’iconoclasme religieux l’aurait conduit à frapper le monument à coups de burin ou de masse pour le « neutraliser ».

Le récit d’Al-Maqrizi ajoute un détail saisissant. Muhammad Sa’im al-Dahr aurait été lynché sur place par la population locale, furieuse de la destruction. Gardez en tête qu’Al-Maqrizi écrit cela plusieurs décennies après les faits, ce qui laisse une marge d’erreur dans le récit.

Les traces le confirment : le nez du Sphinx n’est pas tombé tout seul

L’égyptologue américain Mark Lehner, l’une des références mondiales dans l’étude du Sphinx, a examiné le visage de près. Il a identifié des marques nettes d’outils au niveau de la racine du nez et près de la narine gauche. Il ne s’agit pas d’érosion progressive mais bien d’un arrachement. Le matériau a été retiré, pas simplement usé par le temps et le sable. La question de la mutilation volontaire ou de l’érosion naturelle est donc tranchée, au moins sur ce point.

Un autre détail renforce cette lecture : le nez n’a pas été retrouvé dans les zones fouillées autour du monument. Cela contraste avec la barbe royale du Sphinx, dont des fragments ont été découverts en 1817. Ils se trouvent aujourd’hui partagés entre le musée du Caire et le British Museum. Quand on brise, les morceaux restent. Quand on retire volontairement, on emporte.

Pourquoi s’en prendre au nez ?

Les pyramides de Gizeh et le grand Sphinx en Égypte

Shutterstock : Aalexanton

Ce type de mutilation ciblée n’est pas propre au Sphinx de Gizeh. De nombreuses statues égyptiennes ont subi le même traitement, toujours sur le nez ou les yeux. Dans la pensée religieuse de l’époque, détruire le nez d’une statue revenait à lui ôter son souffle, donc sa capacité à « vivre » spirituellement. Supprimer le nez, c’était neutraliser l’idole sans la réduire en poudre.

L’archéologue Edward Bleiberg résume bien cette logique : « c’est une manière de tuer l’esprit, mais aussi d’empêcher cet esprit d’interagir avec les gens sur Terre. » Autrement dit, Sa’im al-Dahr n’a pas cherché à détruire le Sphinx. Il a cherché à le rendre inopérant aux yeux de ceux qui lui rendaient un culte.

Ce que le Sphinx avait l’air d’être, avant

Le visage dégradé qu’on observe aujourd’hui est une version très appauvrie de l’original. Le Sphinx portait une barbe royale tressée, dont la datation exacte fait encore débat parmi les égyptologues. Certains l’associent aux restaurations réalisées sous le règne de Thoutmôsis IV durant le Nouvel Empire. Pline l’Ancien, au Ier siècle de notre ère, rapporte que le visage était peint en rouge, ce qui décrit l’état du monument à son époque, pas nécessairement sa couleur d’origine. Un cobra royal sculpté, l’uræus, ornait le front, et la tête était couverte de la coiffe némès, celle des pharaons.

Visualisez un visage coloré, couronné, doté d’une barbe imposante et d’un nez intact. C’était un objet bien plus expressif que la masse de calcaire érodée que vous observez face à face en descendant vers lui sur le plateau de Gizeh.

Une question encore ouverte

Que voir et faire aux Pyramides de Gizeh ?

Crédit Photo : Shutterstock / Yakov Oskanov

Al-Maqrizi reste la source la plus précise dont on dispose pour expliquer pourquoi le Sphinx de Gizeh n’a plus de nez. Mais il écrit des décennies après les faits supposés. Depuis lors, aucune inscription contemporaine ne désigne formellement un responsable. Mark Lehner et d’autres spécialistes s’accordent à dire que les preuves physiques et les archives pointent vers un acte intentionnel.

C’est une situation courante pour les monuments de cette époque. On reconstitue à partir de traces, de témoignages indirects et de déductions. Le mystère n’est pas total, mais il reste entier sur quelques points. C’est précisément ce qui continue de susciter l’intérêt des chercheurs. Ainsi que celui des voyageurs qui lèvent les yeux vers ce visage mutilé en se posant la même question.

Le nez du Sphinx de Gizeh a probablement disparu au XIVe siècle, sous l’effet d’un iconoclasme religieux documenté : une histoire à connaître avant de le voir en vrai.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

0 Commentaire(s)
Laisser un commentaire

Votre voyage - Le Caire

Generation Voyage Logo
Se connecter
Mot de passe oublié ?

Pas encore de compte ?

Generation Voyage Logo
Réinitialiser votre mot de passe

Créer un compte | Se connecter

Generation Voyage Logo
Réinitialiser votre mot de passe

Créer un compte | Se connecter

Generation Voyage Logo