
Découvrez avec Generation Voyage des idées d’activités et de visites pour explorer le parc national des Pics d’Europe lors d’un week-end en famille ou d’un voyage en couple. Entre villages authentiques, panoramas spectaculaires et sorties nature autour des sommets emblématiques, profitez d’expériences inoubliables au cœur de l’Espagne sauvage.
La Ruta del Cares relie Poncebos à Caín en longeant un canyon vertigineux creusé par la rivière Cares. Ce sentier taillé dans la roche à flanc de falaise traverse onze tunnels et offre des vues plongeantes sur les gorges, trois cents mètres plus bas. Construit dans les années 1940 pour l’entretien d’un canal hydroélectrique, il est devenu l’itinéraire le plus emblématique du parc et attire randonneurs du monde entier pour ses panoramas spectaculaires sur les parois calcaires, en complément des informations disponibles sur les informations officielles du Parc national des Pics d’Europe.
Les douze kilomètres demandent environ quatre heures de marche (départ matinal recommandé pour éviter la foule et la chaleur, car le sentier est très exposé en milieu de journée). Vous croiserez peut-être des rebecos sur les parois, ces isards cantabriques endémiques qui ont donné leur nom à la région de Cabrales. L’ambiance change complètement selon la saison : torrent rugissant au printemps, eaux émeraude l’été.
Perché sur une colline dominant la vallée de Liébana, le monastère de Santo Toribio abrite le Lignum Crucis, le plus grand fragment connu de la Croix du Christ. Ce lieu de pèlerinage millénaire bénéficie d’une année jubilaire chaque fois que le 16 avril tombe un dimanche, offrant alors les mêmes indulgences qu’à Rome ou Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est ici que le moine Beatus de Liébana rédigea au VIIIe siècle ses célèbres commentaires sur l’Apocalypse, enluminés dans toute l’Europe médiévale.
La visite du monastère révèle l’importance spirituelle de ces montagnes refuges pendant la Reconquête. Le cloître et la chapelle du Lignum Crucis dégagent une atmosphère de recueillement unique, tandis que la vue sur les sommets environnants rappelle pourquoi ces vallées isolées devinrent des bastions de la chrétienté. Les pèlerins parcourent encore aujourd’hui les chemins ancestraux qui relient Potes au monastère.
La basilique rose de Covadonga se dresse dans un cirque montagneux spectaculaire, mais c’est la Santa Cueva, creusée dans la falaise, qui constitue le véritable cœur spirituel du lieu. Ici, en 722, Don Pelayo aurait remporté la bataille fondatrice de la Reconquête contre les armées musulmanes, inaugurant sept siècles de reconquête chrétienne de la péninsule. La grotte abrite la Virgen de Covadonga, patronne des Asturies, et le tombeau de Pelayo, transformant ce site en symbole national pour tous les Espagnols.
L’architecture néo-romane de la basilique, achevée en 1901, contraste avec l’ancienneté du culte. Les Asturiens viennent ici en pèlerinage depuis des siècles, perpétuant une dévotion ininterrompue. La cascade qui jaillit sous la grotte et les vues sur la vallée de Cangas de Onís ajoutent à la majesté du lieu (évitez le week-end si vous recherchez le calme, l’affluence peut être considérable).
Les lacs de Covadonga, Enol et Ercina, occupent d’anciennes cuvettes glaciaires à 1 100 mètres d’altitude, entourés de prairies d’alpages où paissent vaches et chevaux asturcones. Ces miroirs d’eau changent d’apparence selon les saisons : gelés et brumeux au printemps, vert émeraude l’été quand les bergers montent avec leurs troupeaux, dorés en automne pendant le brame du cerf. Le sentier qui relie les deux lacs traverse un paysage pastoral façonné par des siècles de transhumance, avec ses cabañas de pierre où les bergers produisent encore du fromage artisanal.
Pedro Pidal, marquis de Villaviciosa et père des parcs nationaux espagnols, tomba amoureux de ces paysages et œuvra pour créer en 1918 le premier parc national d’Espagne, initialement centré sur cette zone. La route qui monte aux lacs offre des panoramas vertigineux, mais l’accès en voiture est désormais réglementé (navettes obligatoires en haute saison depuis Covadonga, départs fréquents dès 8h30).
Le massif central des Urrieles constitue le cœur minéral et vertical des Picos, dominé par le Naranjo de Bulnes (Picu Urriellu en asturien), monolithe de calcaire orange culminant à 2 519 mètres. Pedro Pidal réussit la première ascension en 1904 avec le berger Gregorio Pérez « El Cainejo », exploit qui marqua l’histoire de l’alpinisme espagnol. Aujourd’hui, les grimpeurs viennent du monde entier défier ses parois, tandis que les randonneurs expérimentés rejoignent le refuge de Vega de Urriellu pour contempler cette cathédrale de pierre.
L’accès depuis Poncebos traverse des paysages de haute montagne d’une beauté sauvage, avec dénivelés importants et passages rocheux techniques. Le massif abrite aussi les sommets mythiques de Torre Cerredo (2 650 mètres, point culminant du parc) et Torre de los Horcados Rojos. Les conditions météorologiques changent brutalement en altitude, et les orages d’après-midi sont fréquents en été (départ avant l’aube indispensable pour les ascensions, carte papier et équipement montagne complet requis).
Bulnes resta jusqu’en 2001 le dernier village d’Espagne sans accès routier, relié au monde extérieur uniquement par un sentier muletier depuis Poncebos. Ses habitants vivaient dans un isolement presque médiéval, descendant à dos d’âne tout ce dont ils avaient besoin. L’ouverture du funiculaire bouleversa cette vie ancestrale, mais Bulnes conserve son caractère authentique avec ses maisons de pierre, ses ruelles pavées et ses habitants qui perpétuent traditions pastorales et production fromagère artisanale dans leurs petites fromageries familiales.
Le village se divise en deux quartiers, El Castillo et La Villa, séparés par le torrent. Plusieurs familles y vivent toute l’année, cultivant leurs potagers en terrasses et élevant quelques bêtes. Le funiculaire part de Poncebos toutes les demi-heures (trajet de sept minutes, alternative possible par le sentier traditionnel en environ deux heures de montée). Depuis Bulnes, le sentier vers Amuesa offre des vues imprenables sur le Naranjo de Bulnes.
Le téléphérique de Fuente Dé projette en moins de quatre minutes à 1 823 mètres d’altitude, au mirador del Cable, dans un décor lunaire de roche calcaire. Ce câble vertigineux, inauguré en 1966, demeure l’un des plus spectaculaires d’Europe avec ses six cents mètres de dénivelé. En haut, l’immensité du plateau karstique contraste avec l’étroitesse de la vallée de Liébana trois cents mètres plus bas. C’est le point de départ de randonnées d’altitude vers la Horcadina de Covarrobres ou le refuge de Áliva, ancien pavillon royal de chasse transformé en hôtel de montagne.
La vue depuis la plateforme vitrée embrasse toute la Liébana, vallée bénie au microclimat méditerranéen protégée par les hautes murailles des Picos. Les vautours fauves planent souvent à hauteur du mirador, profitant des courants ascendants. Le site peut être très venté même en plein été (veste coupe-vent indispensable), et les files d’attente s’allongent en milieu de journée pendant l’été (première montée dès l’ouverture à 9h conseillée).
Sotres, village habité le plus haut d’Espagne à 1 045 mètres d’altitude, incarne la vie pastorale traditionnelle des Picos. Ses maisons de pierre aux toits de lauze s’accrochent à la montagne, entourées de prairies d’altitude où paissent les vaches dont le lait sert à élaborer le Cabrales et le Gamonéu. Les bergers montent encore chaque été vers les puertos (alpages), perpétuant une transhumance millénaire. Les ruelles du village, bordées de hórreos (greniers sur pilotis), sentent le fromage qui affine dans les caves et les étables.
Plusieurs fromageries artisanales ouvrent leurs portes aux visiteurs, expliquant le processus d’affinage en grotte naturelle qui donne au Cabrales sa puissance caractéristique. Le Gamonéu de Sotres, légèrement fumé, offre une alternative plus douce. Le village sert aussi de camp de base pour atteindre la majada de Áliva ou explorer le massif oriental d’Ándara. L’atmosphère y reste authentique, loin du tourisme de masse, avec ses habitants qui parlent encore le dialecte local.
Arenas de Cabrales règne en capitale du fromage bleu le plus puissant d’Espagne. Le Cabrales, avec son appellation d’origine protégée, s’affine pendant deux à quatre mois dans les grottes naturelles du Monte Tielve et du Cares, où humidité constante et penicillium développent ces veines bleues caractéristiques. Les familles fromagères perpétuent un savoir-faire transmis de génération en génération, élaborant ces cylindres à partir de lait de vache, brebis ou chèvre selon la saison. La Cueva del Quesu retrace cette tradition séculaire et permet de comprendre pourquoi ces grottes offrent des conditions d’affinage uniques au monde.
La dégustation révèle toute la complexité du Cabrales : crémeux, intense, avec une finale légèrement piquante qui varie selon chaque producteur. Les anciens affirment qu’il faut le déguster avec du pain de maïs et un verre de cidre asturien ou d’orujo de Potes. Le dernier week-end d’août, le Certamen de Quesos attire des milliers de visiteurs pour élire le meilleur Cabrales de l’année, dans une ambiance festive typiquement asturienne où musique traditionnelle et gastronomie se mêlent.
Le col de Panderruedas, sur la route entre Riaño et Posada de Valdeón, dévoile un amphithéâtre naturel grandiose embrassant les trois massifs des Picos : le Cornión à l’ouest, les Urrieles au centre et l’Ándara à l’est. Ce balcon à 1 450 mètres d’altitude offre certainement le panorama le plus complet du parc, avec les parois calcaires qui se teintent de rose au lever du soleil et d’or au crépuscule. Les photographes installent leurs trépieds dès l’aube pour capturer cette lumière magique, tandis que les tables d’orientation permettent d’identifier chaque sommet emblématique.
En septembre-octobre, pendant le brame du cerf, les vallées résonnent des beuglements rauques des mâles en rut, et le col devient un poste d’observation privilégié pour ce spectacle ancestral. Les hêtraies environnantes se parent alors de couleurs flamboyantes. L’hiver, quand la neige recouvre les sommets, le panorama devient presque alpin. L’accès facile en voiture et le parking aménagé font de ce lieu une étape incontournable, particulièrement au coucher du soleil quand les parois s’embrasent.
Potes déploie ses ruelles médiévales au confluent de quatre rivières, dominée par la Torre del Infantado du XVe siècle. Cette capitale de la Liébana fut pendant des siècles la seule ville d’importance dans ces vallées isolées, place forte et centre commercial où les bergers descendaient vendre fromages et bétail. Le quartier juif, les maisons nobles blasonnées et les ponts de pierre témoignent d’un passé prospère lié au commerce de la laine et aux pèlerinages vers Santo Toribio. Le lundi, jour de marché, la ville retrouve son animation ancestrale avec ses étals de fromages, charcuteries et orujo artisanal.
Les distilleries de Potes produisent depuis le Moyen Âge cet alcool de marc réputé, souvent aromatisé aux herbes de montagne. Le cocido lebaniego, plat emblématique à base de pois chiches, chorizo et viandes, se déguste dans les restaurants traditionnels du centre historique. Potes sert aussi de porte d’entrée vers les vallées environnantes et les villages perchés comme Mogrovejo, joyau médiéval aux maisons de pierre dorée dominé par son château en ruine, classé parmi les plus beaux villages d’Espagne.
Depuis les lacs de Covadonga, le sentier vers le mirador d’Ordiales serpente à travers prairies alpines et parois calcaires pendant environ trois heures de marche. Ce belvédère naturel surplombe la vallée d’Angón et offre des vues vertigineuses sur le massif occidental. Pedro Pidal, marquis de Villaviciosa, premier ascensionniste du Naranjo de Bulnes et fondateur des parcs nationaux espagnols, choisit ce lieu comme dernière demeure. Sa tombe, simple stèle de pierre face aux montagnes qu’il aima, confère au site une atmosphère presque sacrée pour tous les amoureux des Picos.
L’endroit reste un spot privilégié pour observer chamois, aigles royaux et vautours fauves qui planent dans les courants ascendants. Au printemps, les prairies se couvrent de gentianes et d’orchidées sauvages. La montée demeure physique avec près de sept cents mètres de dénivelé, et les conditions météorologiques changent brutalement en altitude (temps dégagé matinal indispensable pour profiter des vues, retour avant les orages d’après-midi fréquents en été).
Tielve s’accroche à flanc de montagne face aux gorges du Cares, village de bergers où plusieurs familles produisent encore artisanalement du Cabrales affiné dans les grottes environnantes. Ses ruelles étroites, ses hórreos et ses maisons de pierre conservent l’architecture traditionnelle des Picos. Plus haut, Tresviso demeure l’un des villages les plus isolés, accessible par une route vertigineuse ou à pied depuis Urdón. Son isolement séculaire façonna une communauté soudée qui perpétue traditions pastorales et production fromagère dans un cadre spectaculaire sous les parois de Peña Vieja.
De l’autre côté du canyon, Caín marque l’extrémité nord de la Ruta del Cares, hameau minuscule écrasé par les falaises verticales du défilé. Une poignée d’habitants y vivent toute l’année, tenant quelques refuges et bars pour les randonneurs. L’ambiance y reste hors du temps, avec le rugissement permanent de la rivière dans les gorges. Ces villages témoignent de la vie rude mais authentique des montagnards des Picos, qui pendant des siècles survécurent dans ces vallées encaissées grâce à l’élevage et à l’entraide communautaire.
Le rebeco cantabrique, sous-espèce endémique de l’isard, symbolise la faune des Picos avec ses quelque huit mille individus qui arpentent parois rocheuses et alpages. Ses cornes recourbées et son pelage brun-roux se distinguent facilement dans les éboulis d’altitude, particulièrement au lever du jour. Le loup ibérique, prédateur mythique, parcourt les vallées les plus reculées du parc, et ses hurlements résonnent encore dans les nuits d’hiver, entretenant mythes et peurs ancestrales. Sa présence témoigne de l’état de conservation exceptionnel de l’écosystème, malgré les conflits persistants avec les éleveurs.
Le grand tétras cantabrique (urogallo), en danger critique d’extinction avec moins de trois cents individus, hante les forêts mixtes de hêtres et bouleaux du versant asturien. Cet oiseau emblématique, dont le chant nuptial résonne à l’aube au printemps, fait l’objet de programmes de conservation stricts. Les aigles royaux, vautours fauves et percnoptères planent au-dessus des vallées, tandis que les lacs abritent tritons et salamandres uniques. Cette biodiversité exceptionnelle justifie le classement du parc en réserve de biosphère UNESCO depuis 2003.
Le parc national se divise en trois massifs calcaires distincts, séparés par des gorges profondes. Le Cornión ou massif occidental, le plus étendu, s’étend depuis Covadonga et les lacs jusqu’aux gorges du Cares. Ses paysages de prairies d’altitude, ses lacs glaciaires et ses sommets arrondis en font le secteur le plus accessible, royaume des bergers et de la transhumance. Le massif central des Urrieles concentre les sommets les plus verticaux et spectaculaires, territoire des alpinistes où le calcaire se dresse en tours et aiguilles défiant le ciel.
Le massif oriental de l’Ándara, moins fréquenté, révèle un univers karstique labyrinthique de dolines, lapiaz et gouffres vertigineux, dont le Pozu del Madejuno qui dépasse mille mètres de profondeur. Cette géographie complexe résulte de millions d’années d’érosion d’une ancienne barrière récifale, soulevée lors de la formation des Pyrénées. Le parc chevauche trois communautés autonomes — Asturies, Cantabrie et Castille-et-León — avec leurs identités propres, créant une mosaïque culturelle unique où dialectes, traditions et gastronomies se côtoient et s’enrichissent mutuellement.