Notre sélection d'activités à vivre au Parc national du Hardangervidda
La traversée mythique Finse-Aurland sur la route des anciens
Cette traversée légendaire emprunte les anciennes routes commerciales qui reliaient l'Est à l'Ouest norvégien depuis des siècles. Le sentier traverse le cœur sauvage du Hardangervidda sur près de 70 kilomètres, passant par des paysages de toundra arctique où seuls les cairns guident les pas.
Les hyttes de la DNT (Geiterygghytta, Kjeldebu) jalonnent l'itinéraire et offrent refuge quand le vent balaie le plateau. Cette randonnée de 4 à 5 jours révèle l'essence même du friluftsliv norvégien : la communion avec une nature brute qui ne pardonne aucune erreur de préparation (équipement grand froid même en été, orientation sûre, réserves alimentaires suffisantes).
Skier en randonnée nordique depuis Finse, le royaume blanc
Finse incarne l'âme hivernale du Hardangervidda. Accessible uniquement par le train de Bergen-Oslo, cette station sans route devient de décembre à mai le point de départ des grandes traversées à ski. Les itinéraires vers Klemsbu ou Fagerheim serpentent à travers un désert blanc où George Lucas a tourné les scènes glacées de L'Empire contre-attaque.
Le Finse 1222 Hotel, bâtiment historique des cheminots, sert de camp de base aux skieurs qui affrontent les 1 200 mètres d'altitude et les températures qui chutent régulièrement sous -25°C. Le silence absolu du plateau enneigé, rompu seulement par le crissement des skis, crée une expérience méditative que les Norvégiens pratiquent depuis des générations.
Observer les rennes sauvages sur les hauts plateaux
Le Hardangervidda abrite la dernière grande population de rennes sauvages d'Europe, environ 8 000 individus qui suivent les cycles millénaires de migration. Ces animaux ont façonné la culture sami qui pratiquait ici la chasse et l'élevage bien avant que le parc ne soit créé. L'observation respectueuse se fait à distance (jumelles indispensables), souvent au petit matin autour des zones de Sandfloeggi ou Stigstuv où les hardes viennent brouter lichens et herbes rases.
Les guides locaux connaissent les chemins de transhumance qui varient selon les saisons et les vents dominants. Ces silhouettes graciles sur fond de pénéplaine rappellent que ce plateau est vivant depuis la dernière glaciation, façonné autant par le climat que par les sabots qui le parcourent.
Le centre d'interprétation de Hardangervidda à Eidfjord
Ce centre moderne explique la formation géologique exceptionnelle du plateau : une pénéplaine soulevée à plus de 1 000 mètres, sculptée par les glaciers pendant des millénaires. Les expositions détaillent l'écosystème unique où survit une flore arctique-alpine (mousses, lichens, saules nains) dans des conditions climatiques extrêmes.
La dimension historique n'est pas oubliée : outils samis, récits de transhumance, témoignages sur la construction de la ligne de chemin de fer Bergen-Oslo dans les années 1900. Depuis les larges baies vitrées qui donnent sur la cascade de Vøringsfossen, on comprend pourquoi Eidfjord est considéré comme la porte d'entrée ouest du parc, là où le plateau plonge brutalement vers les fjords, et une visite du
centre d’interprétation de Hardangervidda à Eidfjord permet d’approfondir cette découverte.
Bivouaquer sous l'allemannsretten dans la toundra infinie
Le droit d'accès universel norvégien (allemannsretten) autorise le bivouac libre à plus de 150 mètres des habitations, transformant le Hardangervidda en terrain de liberté totale. Planter sa tente près du lac Nordmannslågen ou dans les étendues de Hardangerjøkulen offre une nuit suspendue hors du temps, où le soleil de minuit (en juin-juillet) rase l'horizon sans jamais disparaître.
Cette pratique ancestrale demande respect absolu des lieux (emporter tous ses déchets, réchaud obligatoire car feux interdits) et préparation sérieuse face aux conditions changeantes. Le vent peut souffler à 80 km/h en plein été, la température chuter de 20 degrés en quelques heures. C'est dans cette confrontation directe avec les éléments que les Norvégiens puisent leur force tranquille.
Les refuges DNT, système de survie en haute montagne
Le réseau de hyttes géré par la Norwegian Trekking Association structure depuis plus d'un siècle la vie sur le plateau. Des refuges comme Hadlaskard, Torehytta ou Litlos jalonnent les sentiers à intervalles d'une journée de marche, offrant chaleur, nourriture et sécurité quand la météo se dégrade brutalement. Ces cabanes en bois ou pierre incarnent la philosophie norvégienne : simplicité fonctionnelle, autonomie, solidarité entre randonneurs.
Certaines sont gardées l'été avec repas préparés, d'autres en libre-service toute l'année (système d'honneur pour le paiement). Passer une soirée dans une hytte bondée après une longue étape, c'est partager l'essence du voyage à pied tel qu'il se pratique en Norvège : lenteur assumée, fatigue heureuse, récits échangés autour d'un café.
La ligne de chemin de fer Bergen-Oslo, prouesse technique
Cette ligne mythique, la plus haute d'Europe du Nord, traverse le Hardangervidda entre Finse et Haugastøl dans un paysage d'une beauté saisissante. Inaugurée en 1909 après des travaux titanesques (tunnels, viaducs, lutte contre les avalanches), elle relie toujours les deux principales villes norvégiennes en franchissant des cols à 1 300 mètres d'altitude.
Le tronçon entre Myrdal et Finse offre depuis les fenêtres du train des vues spectaculaires sur lacs gelés, glaciers et toundra à perte de vue. Plusieurs randonneurs utilisent cette ligne pour rejoindre des points de départ isolés, descendant à Ustaoset ou Haugastøl pour entamer leur traversée. Le train lui-même fait partie de l'expérience du plateau, trait d'humanité dans l'immensité minérale.
Rauhelleren, abri rocheux chargé d'histoire
Cet abri sous roche a servi de refuge pendant plus de 8 000 ans, d'abord aux chasseurs de rennes du Mésolithique, puis aux voyageurs qui traversaient le plateau sur les routes commerciales médiévales. Les fouilles archéologiques ont révélé outils en pierre, pointes de flèches, traces de foyers qui témoignent d'une occupation humaine continue.
Le site domine le lac Nordmannslågen et offre une vue imprenable sur les étendues qui entourent le plateau central. Marcher jusqu'à Rauhelleren depuis Dyranut (environ 3 heures), c'est suivre les pas de générations de Norvégiens qui connaissaient chaque pierre, chaque passage sûr sur cette terre de transit. L'abri rappelle que le Hardangervidda n'a jamais été un désert vide, mais un territoire vécu et respecté.
Le glacier Hardangerjøkulen, sentinelle glacée
Ce glacier de plateau, sixième plus grand de Norvège continentale, couronne le nord-ouest du parc de ses 73 kilomètres carrés de glace. Depuis Finse, une randonnée exigeante mène jusqu'aux langues glaciaires de Midtdalsbreen ou Rembesdalsskåka, où le bleu profond de la glace contraste avec la roche noire du plateau. Ces glaciers reculent progressivement depuis les années 1990, témoins visibles du changement climatique en cours.
L'approche demande prudence (crevasses, névés glissants même en été) et équipement adapté. C'est ici que bat le cœur hydrologique de la région : les eaux de fonte alimentent les rivières qui plongent ensuite vers les fjords, créant les cascades spectaculaires comme Vøringsfossen. Le Hardangerjøkulen incarne la puissance géologique qui continue de façonner ce paysage.
Pêcher la truite dans les lacs d'altitude
Les centaines de lacs qui parsèment le plateau abritent des populations de truites brunes adaptées aux conditions extrêmes : eaux froides, courte saison alimentaire, faible productivité. L'achat d'une carte de pêche locale (fiskekort) permet de taquiner ces poissons combatifs à la mouche ou au leurger, dans des lacs comme Langevatn, Litlosvatn ou Bjornesfjorden. Les truites du Hardangervidda sont réputées pour leur chair savoureuse, nourries d'insectes et de petits crustacés.
La pêche ici demande patience et lecture du milieu : zones peu profondes en soirée, abords des émissaires, criques abritées du vent omniprésent. Cette activité ancestrale, pratiquée par les bergers des støler (fermes d'été) et les voyageurs, reste un moment de contemplation pure face à l'immensité.
Les barrages hydroélectriques, géants invisibles
Le Hardangervidda a été profondément transformé au XXe siècle par l'hydroélectricité. Des barrages comme Møsvatn ou Songa ont noyé d'anciennes vallées, créé des lacs artificiels et alimenté les tunnels qui transpercent les montagnes. Cette industrialisation controversée (villages engloutis, paysages modifiés) a façonné la Norvège moderne, finançant son développement.
Aujourd'hui, ces installations font partie du paysage : les chemins d'accès facilitent certaines randonnées, les barrages créent des points de repère. Comprendre cette dimension permet de saisir la complexité norvégienne : amour viscéral de la nature sauvage, mais aussi pragmatisme dans l'exploitation des ressources. Le Hardangervidda n'est pas un sanctuaire figé, c'est un territoire vivant où nature et humanité négocient depuis des millénaires.
Les støler, fermes d'été des traditions pastorales
Ces anciennes fermes d'alpage témoignent du pastoralisme qui animait le plateau jusqu'au milieu du XXe siècle. Les familles montaient vaches et chèvres pour l'été, produisant fromages et beurre pendant que les bêtes profitaient des pâturages d'altitude. Certains støler comme ceux près de Dagali ou Rjukan sont encore entretenus, d'autres tombent en ruine, envahis par les herbes rases. Ces bâtiments en pierre et tourbe racontent une vie rude, rythmée par les saisons courtes et les caprices météorologiques.
Les chemins qui les reliaient aux vallées sont aujourd'hui des sentiers de randonnée, et les cairns qui guidaient les troupeaux dans le brouillard servent désormais aux marcheurs. Cette continuité d'usage rappelle que le Hardangervidda a toujours été parcouru, jamais vide.
Haugastøl et la route E134, porte d'entrée centrale
Ce hameau situé à 1 000 mètres d'altitude sur la route E134 constitue l'accès principal au plateau depuis Oslo. La gare ferroviaire et le croisement routier en font un point de départ stratégique pour les randonnées vers Hadlaskard ou les excursions vers le nord du parc. Haugastøl incarne l'architecture montagnarde fonctionnelle norvégienne : quelques bâtiments robustes face aux éléments, stations-service, petit commerce, hôtel pour routiers et randonneurs.
L'endroit n'a rien de pittoresque mais tout de pratique, reflet d'une culture qui valorise l'efficacité sur l'esthétique. Depuis ici, le plateau s'ouvre vers le nord sur des kilomètres de toundra bosselée où les lacs brillent sous le vent constant. C'est souvent le premier contact avec l'immensité du Hardangervidda pour ceux qui viennent de l'est.