Notre sélection d'activités uniques à vivre dans le Kimberley
Explorer en bateau les gorges majestueuses de Geikie Gorge
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Danggu Geikie Gorge National Park, c'est remonter 350 millions d'années d'histoire géologique sculptée par la Fitzroy River. Ces falaises de calcaire du Devonian Reef, aujourd'hui à trente mètres du sol, reposaient autrefois sous une mer tropicale. Les guides Bunuba racontent comment Dimardimarri, l'esprit serpent arc-en-ciel, a façonné ces méandres durant le Temps du Rêve. Les crocodiles d'eau douce se prélassent sur les berges, tandis que des aigles pêcheurs planent au-dessus des eaux calmes.
Cette croisière révèle pourquoi la rivière monte parfois de dix mètres durant la saison humide, transformant complètement le paysage. Les rangers locaux repèrent facilement les traces laissées par les crues sur les parois blanches striées, témoins silencieux de la puissance du Top End australien (meilleures visites entre mai et septembre, quand les eaux sont cristallines, avec la possibilité de réserver un
transfert aéroport adapté).
Les Bungle Bungle en hélicoptère au‑dessus de Purnululu
Décoller depuis Bellburn Airstrip révèle l'immensité du parc national de Purnululu, classé au patrimoine mondial : 450 kilomètres carrés de dômes striés orange et noir vieux de 360 millions d'années. Ces formations en ruche d'abeille, restées inconnues du monde extérieur jusqu'en 1983, appartiennent au territoire spirituel des peuples Kija et Jaru depuis plus de 20 000 ans. Les bandes colorées alternent grès et cyanobactéries, créant ce motif hypnotique visible uniquement depuis les airs.
Cathedral Gorge, avec son acoustique naturelle extraordinaire, apparaît comme une cathédrale de pierre fendue dans ce labyrinthe orange. Les pilotes connaissent chaque formation, chaque gorge cachée (réservez trois mois à l'avance pour la dry season). Cette vue aérienne fait comprendre pourquoi les anciens considéraient ces dômes comme les œufs pétrifiés du serpent créateur.
Traverser Tunnel Creek sous terre dans l'obscurité sacrée
Tunnel Creek, le plus ancien tunnel de grotte d'Australie traversable à pied, serpente sur 750 mètres sous les Napier Range. On entre dans l'eau jusqu'aux genoux, lampe frontale vissée sur la tête, tandis que des milliers de chauves-souris frugivores tourbillonnent dans les cavités calcaires au-dessus. À mi-parcours, une ouverture béante inonde soudain le tunnel de lumière dorée : l'effondrement spectaculaire qui connecte le monde souterrain au ciel. C'est ici que Jandamarra, le célèbre résistant aborigène, se cachait des troopers coloniaux dans les années 1890.
Ce guerrier Bunuba connaissait chaque recoin de ces grottes sacrées, utilisant le tunnel comme passage secret durant trois ans de résistance. Marcher dans ses traces, l'eau fraîche contre les chevilles, c'est toucher l'histoire vivante du Kimberley (portez de bonnes chaussures d'eau et vérifiez que votre lampe fonctionne avant d'entrer).
Randonner jusqu'à la cascade légendaire de Bell Gorge
Bell Gorge, joyau caché sur la Gibb River Road, dévoile une cascade à plusieurs paliers qui plonge dans un bassin turquoise entouré de parois rocheuses abruptes. Le sentier rocailleux de cinq kilomètres traverse une savane parsemée de spinifex et de boabs noueux, avant de descendre vers ce petit paradis aquatique. Quand on atteint enfin le bassin principal, la fatigue s'évapore instantanément : l'eau est d'une pureté cristalline, parfaite pour nager jusqu'aux chutes qui massent les épaules fatiguées par la marche.
Les anciennes générations de stockmen venaient ici laver la poussière rouge après des semaines de muster dans les stations environnantes. Aujourd'hui, les wallabies rocheux bondissent toujours entre les rochers pourpres au lever du soleil (partez avant 7h pour éviter la chaleur qui atteint facilement 42°C l'après-midi, et n'oubliez pas trois litres d'eau par personne).
Les chutes spectaculaires de Mitchell Falls dans le plateau isolé
Mitchell Falls, ou Punamii-unpuu en langue Wunambal, cascade sur quatre niveaux au cœur du plateau le plus reculé du Kimberley. Le trek de huit kilomètres aller-retour traverse des forêts de livistona palms et des formations rocheuses teintées d'ocre rouge sang, témoins d'un temps où cette région était connectée à l'Antarctique dans le supercontinent Gondwana. Depuis le lookout principal, la vue embrasse l'ensemble des cascades échelonnées qui plongent dans des bassins émeraude, entourés d'une végétation tropicale luxuriante impossible ailleurs dans cette région semi-aride.
Les Wunambal considèrent ces chutes comme un site de pouvoir ancestral où les esprits Wunggurr résident encore. L'hélicoptère (optionnel) survole des peintures rupestres Wandjina vieilles de 4000 ans, visibles dans les abris rocheux du plateau. Cette terre rouge et battue ne connaît que deux saisons : celle où tout brûle, et celle où tout renaît sous des trombes d'eau.
Les Horizontal Falls en speedboat dans Talbot Bay
Les Horizontal Falls défient la logique : l'eau traverse deux goulets étroits de la chaîne McLarty avec une telle violence qu'elle crée des chutes horizontales inversées selon les marées. Avec douze mètres de marnage parmi les plus élevés au monde, l'océan s'engouffre ou se retire en rugissant, générant des tourbillons et des rapides dignes d'une rivière de montagne. Le speedboat fonce droit vers cette muraille liquide, le pilote calculant au mètre près l'instant où passer entre deux vagues déferlantes opposées.
David Attenborough les a qualifiées d'« une des plus grandes merveilles naturelles du monde », et en sentant la puissance brute de millions de litres d'eau comprimés dans trente mètres de passage, on comprend pourquoi. Ces gorges immergées, sculptées durant l'ère glaciaire quand le niveau marin était 120 mètres plus bas, ne se visitent qu'en vol depuis Broome ou Derby (jamais seul, les courants ont déjà emporté des bateaux entiers).
Une immersion dans les bassins naturels de Manning Gorge
Manning Gorge commence par une traversée pittoresque du Manning River sur un petit bac en aluminium actionné par câble, héritage des jours où les stockmen devaient traverser le bétail. La randonnée serpente ensuite quatre kilomètres à travers des pandanus et des paperbark trees jusqu'aux bassins supérieurs : des piscines naturelles turquoise empilées comme des marches de géant, bordées de roches roses du Precambrian. Le bruit apaisant des cascades qui relient chaque niveau accompagne les baignades dans une eau si pure qu'on distingue chaque caillou à trois mètres de fond.
Les parois abritent des peintures Wandjina encore visibles, figures auréolées sans bouche qui surveillent ces eaux sacrées depuis des millénaires. Les Ngarinyin demandent simplement le respect : pas de plongeon depuis les rochers, pas de savon dans les bassins (l'accès se fait depuis Mount Barnett Roadhouse, prévoyez une demi-journée complète et des chaussures fermées pour la marche rocailleuse).
Observer les crocodiles de Windjana Gorge au crépuscule
Windjana Gorge déploie ses parois du Devonian Reef sur cent mètres de hauteur, vestiges d'un ancien récif corallien émergé il y a 375 millions d'années. En fin de journée, des dizaines de crocodiles d'eau douce se rassemblent sur les bancs de sable de la Lennard River, leurs silhouettes préhistoriques immobiles dans la lumière rasante. Ces freshies, plus petits et moins agressifs que leurs cousins salés, cohabitent ici depuis toujours avec les Bunuba qui connaissent chaque individu de cette population.
Pigeon, le résistant aborigène de la fin du XIXe siècle, utilisait ces gorges comme refuge naturel durant sa guérilla contre les colons. Marcher le long du sentier balisé pendant que les parois s'embrasent d'orange cuivré, c'est observer le Kimberley dans son état le plus primordial (restez toujours à trois mètres minimum des berges, les attaques sont rares mais possibles si on les surprend).
La mythique Gibb River Road en convoi rouge
La Gibb River Road déroule 660 kilomètres de piste corrugated rouge entre Derby et Wyndham, tracée dans les années 1960 pour relier les cattle stations isolées du plateau. Traverser quinze rivières à gué, dormir dans des camps de brousse sous la Croix du Sud, croiser des road trains chargés de bétail : c'est l'aventure australienne dans sa version la plus brute. Chaque gorge latérale mérite un détour (Galvan's, Adcock, Bell), chaque station raconte un siècle d'élevage extensif dans des conditions extrêmes.
El Questro, Home Valley, Mount Elizabeth : ces stations historiques ouvrent leurs portes aux voyageurs, prolongement moderne de l'hospitalité des drovers. La Gibb ferme complètement de novembre à avril quand les pluies du Top End transforment la piste en bourbier impraticable (4x4 équipé obligatoire, deux roues de secours, 200 litres d'eau, et toujours vérifier les conditions auprès des rangers avant de partir).
Emma Gorge et l'expérience complète d'El Questro Station
El Questro, ancienne station d'élevage de 700 000 acres reconvertie en wilderness park, concentre à elle seule l'essence du Kimberley : gorges spectaculaires, sources thermales, hébergement en station authentique. Emma Gorge, la star du domaine, se mérite après une marche rocailleuse d'une heure à travers des palmiers livistona centenaires. La récompense : une cascade de soixante mètres qui plonge dans un amphithéâtre naturel de grès rouge, créant un bassin d'eau fraîche où nager entouré de parois vertigineuses.
Chamberlain Gorge, accessible uniquement en bateau, révèle des parois stratifiées spectaculaires et une tranquillité absolue sur les eaux miroir. Les descendants des familles de stockmen d'origine guident encore certaines excursions, racontant l'époque où acheminer les provisions prenait trois semaines de piste depuis Kununurra (Zebedee Springs, les sources chaudes palmées, n'ouvrent que le matin jusqu'à midi pour préserver la sérénité du lieu).
Lake Argyle et ses eaux démesurées peuplées de crocodiles
Lake Argyle, créé en 1972 par le barrage sur l'Ord River, contient dix-huit fois le volume de water du Sydney Harbour : le plus grand lac artificiel d'Australie. Ces eaux scintillantes sous le soleil du Kimberley hébergent maintenant une population estimée à 25 000 crocodiles d'eau douce, migrés naturellement depuis la rivière après la mise en eau. Les croisières au coucher du soleil révèlent ce paysage surréaliste d'îles émergées (en réalité d'anciennes collines), tandis que des wallabies agiles bondissent sur les berges rocheuses.
Les barramundi atteignent ici des tailles records, attirant des pêcheurs du monde entier. L'Infinity Pool surplombe le lac depuis le Lake Argyle Resort, offrant la baignade la plus spectaculaire du territoire : nager en suspension au-dessus de ce désert d'eau turquoise (évitez janvier-mars quand les températures frôlent les 48°C et que même l'eau du lac devient tiède comme un bain).
Les empreintes de dinosaures de Gantheaume Point
Gantheaume Point, à sept kilomètres au sud de Broome, cache l'une des découvertes paléontologiques les plus accessibles au monde : des empreintes de dinosaures vieilles de 130 millions d'années, imprimées dans le grès rouge de la plateforme rocheuse. À marée basse, on marche littéralement dans les traces d'un sauropode qui traversait ici une plaine boueuse du Crétacé, ses pas préservés comme si l'animal était passé hier. Les falaises ocre plongent dans un océan turquoise où les récifs affleurent à quelques mètres du rivage.
Les Yawuru, propriétaires traditionnels de Rubibi (nom aborigène de Broome), connaissaient ces marques depuis toujours, bien avant que les paléontologues ne les découvrent dans les années 1930. Un moulage permanent permet de les observer même à marée haute, mais rien ne vaut de toucher les originales quand l'océan se retire, pieds dans les flaques tièdes où des poissons tropicaux restent prisonniers entre deux marées.
Les perles de Broome et l'héritage des plongeurs
Broome a bâti sa fortune sur les huîtres perlières Pinctada maxima, les plus grosses au monde, récoltées dans les eaux dangereuses du Roebuck Bay depuis les années 1880. Le cimetière japonais témoigne silencieusement : plus de 900 plongeurs reposent ici, morts de décompression ou attaqués par des crocodiles marins dans leur quête de nacre. Aujourd'hui, les pearl farms comme Cygnet Bay continuent cette tradition, mais avec des techniques d'aquaculture moderne qui produisent les perles les plus prisées de la planète.
Visiter une ferme perlière révèle le processus minutieux : greffer le noyau, attendre deux ans, espérer que l'huître produise ce lustre argenté unique aux South Sea Pearls. Willie Creek Pearl Farm, accessible par bateau depuis Broome, offre des tours complets où on manipule les huîtres vivantes (la boutique finale teste sérieusement les budgets, une perle baroque de qualité coûte plusieurs milliers de dollars).
Cape Leveque et les falaises rouges des terres Bardi
Cape Leveque, à l'extrémité de la Dampier Peninsula, déploie un contraste saisissant : falaises de pindan rouge sang plongeant dans des eaux turquoise translucides. Cette terre appartient aux peuples Bardi Jawi qui y maintiennent une présence continue depuis plus de 50 000 ans, faisant de cette région l'une des plus anciennes cultures vivantes de l'humanité. Les plages de sable blanc de Kooljaman sont parfaites pour le snorkeling léger dans les récifs coralliens qui affleurent à marée basse, révélant poissons-perroquets et raies pastenagues.
Les tours culturels proposés par les communautés locales enseignent la pêche traditionnelle au harpon, la collecte des bush tucker comme les wandarri (goanna), et l'histoire des missions catholiques qui transformèrent radicalement ces territoires au début du XXe siècle. La route des 220 kilomètres depuis Broome traverse des terres rouges ponctuées de boabs millénaires (ne tentez pas le trajet en véhicule standard, les ornières avalent les suspensions).
Le Prison Boab Tree et les géants millénaires
Le Boab Prison Tree, à sept kilomètres au sud de Derby, dresse son tronc creux de quatorze mètres de circonférence depuis plus de 1500 ans. Cette légende locale raconte qu'il servait de cellule temporaire pour les prisonniers aborigènes enchaînés, en route vers Derby dans les années 1890 – histoire contestée mais ancrée dans la mémoire collective. Les boabs (Adansonia gregorii), cousins australiens des baobabs africains, parsèment tout le Kimberley de leurs silhouettes tordues, stockant des milliers de litres d'eau dans leurs troncs spongieux pour survivre aux huit mois de sécheresse annuelle.
Certains spécimens atteignent 2000 ans, ayant germé quand l'Empire romain dominait encore l'Europe. Les Aborigènes gravaient leurs troncs tendres pour marquer des événements, créant des archives vivantes (le Derby tree est protégé par une clôture pour éviter les dégradations, mais des centaines d'autres boabs majestueux bordent la Gibb River Road, libres d'accès et spectaculaires au coucher du soleil).
Observer les étoiles dans le silence absolu du bush
Le Kimberley offre l'un des ciels nocturnes les plus purs de l'hémisphère sud : pollution lumineuse quasi inexistante sur 420 000 kilomètres carrés. Depuis un camp de brousse isolé – Home Valley Station, King Edward River, ou simplement un swag déroulé le long de la Gibb – la Voie lactée apparaît si dense qu'elle éclaire suffisamment pour lire. La Croix du Sud pointe le pôle céleste austral, tandis que les Nuages de Magellan, galaxies satellites visibles à l'œil nu, flottent comme des taches laiteuses dans l'immensité noire.
Les anciens Aborigènes lisaient ce ciel avec une précision stupéfiante, utilisant les constellations pour naviguer et marquer les saisons : l'apparition de l'Émeu céleste signalait le temps de récolter les œufs. S'allonger dans le silence total du bush, bercé par le chant des crickets et parfois le cri d'un dingo lointain, c'est toucher quelque chose d'antérieur à toute civilisation (une lampe frontale rouge préserve l'adaptation nocturne des yeux, et la période de nouvelle lune offre l'obscurité maximale pour l'observation).