Nos idées d'activités incontournables à vivre dans le Dorset
Explorer Durdle Door et Lulworth Cove, joyaux de la Jurassic Coast
L'arche calcaire de
Durdle Door surgit de la mer comme sculptée par un géant. Depuis le sentier qui descend de Lulworth, chaque virage révèle ce monument naturel sous un angle différent. Mais ne filez pas sans explorer Lulworth Cove elle-même : cette anse presque parfaitement circulaire raconte 180 millions d'années de géologie dans ses strates visibles. Les couches de Portland stone, Purbeck marble et argile de Kimmeridge se lisent comme les pages d'un livre ouvert.
La baie se prête merveilleusement à la baignade (eaux calmes protégées par l'anse), tandis que Durdle Door demande plus de prudence avec ses courants. Venez tôt, quand la lumière dorée du matin enflamme le calcaire, et que les touristes dorment encore. Le South West Coast Path s'étire ensuite vers l'ouest, offrant des panoramas vertigineux sur cette côte classée à l'UNESCO qui a révolutionné notre compréhension de l'histoire de la Terre.
Les falaises de craie d'Old Harry Rocks et leurs légendes
Ces stacks de craie blanche qui émergent de la mer marquent l'extrémité orientale de la Jurassic Coast. La balade depuis Studland grimpe doucement à travers les landes avant de dévoiler le spectacle : Old Harry se dresse fièrement, tandis que son épouse Old Harry's Wife s'est effondrée en 1896, ne laissant qu'un moignon sous les vagues. Les contrebandiers du XVIIIe siècle disaient que le diable lui-même (Old Harry étant un surnom de Satan) sommeillait dans ces rochers.
Par temps clair, vous apercevez l'île de Wight au loin, et les vagues qui battent la craie créent une écume spectaculaire les jours de tempête. Le contraste entre le blanc immaculé des falaises et le bleu profond de la Manche reste gravé en mémoire. Prolongez jusqu'à Ballard Down pour une vue plongeante sur Swanage Bay, particulièrement magique au coucher du soleil quand les falaises virent au rose.
Chesil Beach et sa fascinante géométrie naturelle
Ce tombolo de 29 kilomètres défie l'entendement : une langue de galets qui relie Portland au continent, triés naturellement par taille depuis Bridport jusqu'à Portland. Les pêcheurs locaux prétendent pouvoir identifier l'endroit exact où ils se trouvent rien qu'en soupesant les galets. Cette plage a façonné l'histoire locale : lors des tempêtes, les vagues lancent les galets contre les maisons de Chiswell avec un fracas d'apocalypse.
À Fleet Lagoon, coincée entre Chesil et la terre, une faune unique prospère dans ces eaux saumâtres. Les ornithologues y guettent sternes, avocettes et échassiers migrateurs. L'endroit dégage une atmosphère presque surnaturelle, surtout à l'aube quand la brume monte de la lagune. Ne tentez pas de vous baigner ici : les courants sont traîtres, et la plage a englouti bien des imprudents au fil des siècles.
Portland Bill et son phare emblématique face aux courants
Le phare rayé rouge et blanc guide les navires depuis 1906, mais des feux veillent sur ces eaux dangereuses depuis 1716. Du sommet (153 marches), le panorama embrasse la Manche jusqu'aux côtes françaises par temps clair. En contrebas, le Portland Race crée un spectacle fascinant : la rencontre de courants contraires génère des tourbillons et des vagues qui se dressent en pleine mer, même par temps calme.
L'île de Portland elle-même mérite exploration : ses carrières ont fourni la pierre blanche qui a bâti la cathédrale Saint-Paul et le Palais de Buckingham. Les anciennes voies ferrées qui transportaient la pierre dessinent maintenant des sentiers côtiers. Tout ici respire l'histoire maritime : le château Tudor, les fortifications napoléoniennes, et ce vent constant qui siffle entre les blocs de calcaire abandonnés.
Lyme Regis et l'héritage de Mary Anning
Cette ville géorgienne accrochée à la falaise a vu naître Mary Anning, la paléontologue qui a découvert les premiers fossiles complets d'ichtyosaure et de plésiosaure au début du XIXe siècle. Fille d'un modeste menuisier, elle a révolutionné notre compréhension des ères préhistoriques, bien que la Royal Society ne l'ait jamais reconnue de son vivant (parce que femme et de classe ouvrière). Ses découvertes tapissent aujourd'hui les grands muséums du monde.
Promenez-vous sur The Cobb, cette jetée courbe en pierre qui protège le port depuis le XIVe siècle et où Meryl Streep contemplait la mer dans
La Maîtresse du lieutenant français. Les falaises d'argile bleu qui encadrent la ville continuent de libérer leurs trésors fossiles après chaque tempête. Les boutiques de Broad Street vendent toujours ammonites et bélemnites, perpétuant la tradition qu'Anning a transformée en science.
Maiden Castle, forteresse de l'âge du fer
Cette colline fortifiée est l'un des plus grands hill forts d'Europe, ses remparts multiples serpentant sur 19 hectares. Les tribus celtiques l'ont édifiée il y a 2 500 ans, créant un labyrinthe défensif sophistiqué. En 43 après J.-C., la IIe légion romaine d'Auguste l'a prise d'assaut : on a retrouvé des squelettes avec des pointes de baliste romaine fichées dans la colonne vertébrale.
Du sommet, Dorchester s'étend à vos pieds, et vous comprenez pourquoi ce site fut choisi. Le vent balaie les herbes rases, portant des échos d'une Britannia antique. L'endroit est quasi désert (alors qu'il devrait être aussi célèbre que Stonehenge) : vous aurez ces remparts cyclopéens pour vous seul. Les moutons paissent tranquillement où les guerriers celtes montaient la garde, créant une atmosphère de paix mélancolique.
Sur les traces de Thomas Hardy entre Dorchester et Higher Bockhampton
Hardy a rebaptisé Dorchester "Casterbridge" et en a fait le cœur battant de son Wessex imaginaire. La ville conserve son théâtre géorgien, ses maisons de brique rousse, et Max Gate, la maison qu'Hardy s'est fait construire en 1885. À trois kilomètres au nord-est, Higher Bockhampton abrite le cottage où il est né : une chaumière lovée dans les bois où il a écrit
Sous la verte feuillée.
Le sentier forestier qui relie les deux lieux traverse ces paysages de landes et de haies qu'Hardy a immortalisés. "La campagne autour de Dorchester était pour moi le centre du monde," écrivait-il. Dans chaque vallée du Dorset sommeille un roman de Hardy : Tess traversant les prairies vers Talbothays, le maire de Casterbridge titubant sur les chemins, Jude contemplant les flèches lointaines de Christminster. Lire Hardy ici, c'est voir le paysage s'animer de ses fantômes.
Le château de Corfe, ruine romantique dominant le Purbeck
Ces murailles défoncées au sommet de leur colline racontent mille ans d'histoire sanglante. Guillaume le Conquérant a fortifié le site, le roi Jean y a affamé des prisonniers jusqu'à la mort, et pendant la guerre civile anglaise, Lady Bankes a résisté à un siège parlementaire pendant six semaines. Quand le château est finalement tombé (par trahison), Cromwell a ordonné sa destruction : les soldats ont sapé les murs qui se sont effondrés dans des positions bizarrement penchées.
Le village de Corfe, blotti au pied du château, semble tout droit sorti d'un livre d'images avec ses cottages de pierre grise. Le Swanage Railway, train à vapeur nostalgique, siffle en arrivant à la gare victorienne. La vue depuis les remparts embrasse tout le Purbeck : les collines ondulantes, Poole Harbour scintillant au nord, et ces paysages de bocages qui n'ont guère changé depuis que les chevaliers en armure arpentaient ces salles.
Brownsea Island et ses écureuils rouges protégés
Cette île boisée au milieu de Poole Harbour abrite l'une des dernières populations d'écureuils rouges d'Angleterre méridionale, protégés de leurs cousins gris invasifs par la barrière marine. Le ferry depuis Poole (géré par le National Trust) vous dépose sur ce sanctuaire naturel où Baden-Powell a organisé le tout premier camp scout en 1907 avec une vingtaine de garçons.
Les sentiers serpentent entre bois de pins, lagunes peuplées d'avocettes, et points de vue sur le continent. Le contraste est saisissant : vous apercevez Poole et sa frénésie moderne à deux kilomètres, tandis qu'ici règne un silence presque complet troublé seulement par les cris des oiseaux. Les paons descendants de la volière victorieuse se pavanent près du débarcadère. Dans Church Bay, les restes d'un village de potiers médiéval rappellent que l'île fut habitée bien avant de devenir réserve naturelle.
Charmouth Beach et la chasse aux fossiles
Les falaises d'argile qui encadrent cette plage libèrent continuellement leurs trésors jurassiques. Chaque marée haute effondre un peu plus la falaise, exposant des ammonites vieilles de 190 millions d'années. Le Charmouth Heritage Coast Centre organise des fossil walks guidées où vous apprenez à distinguer une bélemnite (calmars préhistoriques) d'un simple galet. Les enfants repartent les poches pleines, des étoiles dans les yeux.
Mary Anning parcourait ces mêmes plages, cherchant des "curiosités" pour nourrir sa famille. Aujourd'hui encore, on trouve régulièrement des pièces spectaculaires après les tempêtes d'hiver. La règle d'or : cherchez dans les galets au pied de la falaise (jamais sous la paroi instable qui peut s'effondrer). Ces fossiles racontent l'époque où le Dorset gisait sous une mer tropicale grouillante de reptiles marins. Tenir une ammonite, c'est toucher un fragment d'un monde disparu.
RSPB Arne et les landes sauvages de Purbeck
Cette réserve naturelle dévoile un Dorset secret : des landes de bruyère mauve ondulant jusqu'à Poole Harbour, des bois de chênes tordus, et des marais salants où la nature dicte seule sa loi. Les cerfs sika (introduits au XIXe siècle, ils se sont échappés des parcs) traversent les fourrés au crépuscule. Les balbuzards pêcheurs s'arrêtent ici en migration, plongeant dans les eaux peu profondes pour attraper des mulets.
Les sentiers balisés serpentent entre ces habitats variés, mais l'endroit reste étonnamment méconnu. À l'aube, quand la brume s'accroche aux ajoncs et que les premières lueurs rosées illuminent Shipstal Point, vous aurez l'impression d'être seul au monde. Les avocettes, ces échassiers élégants au bec retroussé, nichent dans les lagunes. Apportez des jumelles : la faune est abondante mais discrète, récompensant les patients observateurs.
Abbotsbury, son monastère disparu et ses jardins subtropicaux
Ce village de pierre dorée a grandi autour d'une abbaye bénédictine fondée en 1044, détruite par Henry VIII lors de la Dissolution. Il en reste l'immense grange dîmière, cathédrale agricole où les moines entreposaient leurs récoltes, et la chapelle Sainte-Catherine perchée sur sa colline, où les marins priaient pour une traversée sûre. Entre les deux, le swannery médiéval continue d'élever des cygnes depuis 600 ans, tradition unique au monde.
Les Abbotsbury Subtropical Gardens prospèrent dans un microclimat protégé : palmiers de Chine, fougères arborescentes, camélias géants créent une jungle inattendue. Les moines avaient identifié ce vallon abrité dès le Moyen Âge pour cultiver plantes médicinales et légumes exotiques. Aujourd'hui, les collections botaniques venues des quatre coins du globe s'épanouissent dans ce coin de paradis, particulièrement spectaculaires en mai quand les rhododendrons explosent de couleurs.
Sherborne et ses deux châteaux rivaux
Cette ville médiévale dorée possède une abbaye normande spectaculaire et deux châteaux face à face : l'Old Castle, ruine romantique du XIIe siècle, et le New Castle, manoir élisabéthain où Sir Walter Raleigh a vécu. Raleigh, le favori de la reine, a transformé le château médiéval puis, le trouvant inconfortable, s'est fait construire une demeure moderne dans le parc. Les deux bâtiments témoignent de cette transition entre le monde féodal et la Renaissance.
Les ruelles pavées de Sherborne serpentent entre des maisons à colombages et des façades géorgiennes. L'abbaye, avec sa voûte en éventail parmi les plus belles d'Angleterre, résonne encore de chants grégoriens lors des offices. Le vendredi, le marché anime Cheap Street comme il le fait depuis le XIIIe siècle. Cette ville préservée respire une élégance tranquille, loin des circuits touristiques principaux, là où le Dorset révèle sa face la plus raffinée.
Le Dorset Museum et les géants mystérieux
Installé à Dorchester dans un bâtiment victorien magnifiquement rénové, ce musée retrace 250 millions d'années depuis les mers jurassiques jusqu'à Thomas Hardy. Les fossiles provenant de la côte voisine côtoient le trésor de pièces romaines trouvé dans un champ, les reconstitutions de l'âge du fer, et la reconstitution du bureau où Hardy écrivait. Cette collection éclectique reflète les strates d'histoire qui se superposent dans le Dorset.
Une salle est consacrée au Cerne Abbas Giant, cette figure obscène de 55 mètres découpée dans la craie d'une colline voisine. Nul ne sait vraiment qui l'a créée ni pourquoi : divinité celtique de la fertilité, satire anti-Cromwell, farce monastique ? Le mystère persiste. Le musée offre le contexte parfait avant d'explorer les sites archéologiques disséminés dans le comté. Les visites guidées révèlent des anecdotes savoureuses que les panneaux n'osent pas imprimer.
Bridport, capitale historique de la corde et des filets
Pendant des siècles, Bridport a fourni cordes et filets à la Royal Navy : "stabbed by a Bridport dagger" signifiait être pendu au bout d'une corde locale. Cette industrie textile a façonné la ville : rues larges pour permettre le séchage des cordages, ateliers convertis en galeries d'art, entrepôts transformés en boutiques bohèmes. Aujourd'hui, Bridport fabrique toujours des filets, mais pour les chalutiers modernes et les cordages techniques.
Le marché du mercredi et samedi fait vibrer les rues: producteurs locaux vendant Dorset Blue Vinny (fromage bleu veiné, spécialité locale au lait de vache), pains au levain, cidres troubles, et ces curieux Dorset knobs, biscuits durs à tremper dans le thé. L'ambiance artisanale et décontractée attire artistes et créatifs: galeries, ateliers de poterie, librairies indépendantes prospèrent. À trois kilomètres, West Bay et ses falaises ocre servent de décor à la série
Broadchurch, mais restent un port de pêche authentique où les bateaux déchargent leur poisson chaque matin.
Swanage Railway, nostalgie ferroviaire à travers le Purbeck
Ce train à vapeur restauré par des bénévoles passionnés relie Swanage à Corfe Castle en traversant des paysages bucoliques. Les locomotives sifflent, crachent leur fumée blanche, et les wagons d'époque vous replongent dans l'âge d'or du rail britannique. La ligne a failli disparaître dans les années 1970 lors de la vague de fermetures, mais les habitants se sont battus pour la sauver.
Le trajet culmine en beauté quand le château apparaît soudain sur sa colline, se rapprochant jusqu'à ce que le train s'arrête au pied des ruines. Les enfants adorent cette aventure rétro, et les nostalgiques se délectent du mobilier d'origine, des affiches vintage, et du thé servi dans de vraies tasses en porcelaine. Les événements spéciaux (trains du Père Noël, reconstitutions des années 1940) attirent des foules enthousiastes. C'est le Dorset pittoresque dans toute sa splendeur préservée.
Kimmeridge Bay et ses roches schisteuses spectaculaires
Cette baie isolée dévoile des strates de schiste bitumineux inclinées qui plongent dans la mer comme des escaliers géants. Les Romains exploitaient déjà ce shale pour fabriquer bijoux et objets tournés. À marée basse, les plateformes rocheuses forment des piscines naturelles grouillantes de vie: anémones, crabes, petits poissons piégés. Le Kimmeridge Marine Centre propose des aquariums et des explications sur cet écosystème particulier.
Les falaises qui encadrent la baie montrent toute la palette de couleurs du Jurassique: gris, ocre, brun, parfois striées de pyrite dorée qui scintille au soleil. L'endroit attire plongeurs (réserve marine protégée), géologues amateurs, et familles pour le rockpooling. La solitude du lieu surprend: peu de touristes poussent jusqu'ici, rebutés par la route étroite et le parking payant. Tant mieux: Kimmeridge garde son caractère sauvage et préservé, un Dorset secret pour initiés.