Notre sélection d'activités à faire dans le Géoparc de Gorafe
Parcourir le Parc Mégalithique de Gorafe, trésor néolithique européen
Le Parc Mégalithique de Gorafe abrite plus de 240 dolmens néolithiques répartis sur cinq zones accessibles, formant l'une des plus grandes concentrations d'Europe. Ces tombes collectives, édifiées il y a 5000 ans, témoignent d'une occupation humaine intense à une époque où ce territoire était bien plus verdoyant qu'aujourd'hui. Le Dolmen de las Majadillas, avec sa chambre funéraire parfaitement conservée, et le Dolmen del Llano de Olivares, accessible après une courte marche, figurent parmi les plus impressionnants. Pour préparer au mieux cette visite, il peut être utile de consulter le site officiel du
Parque Megalítico de Gorafe qui détaille les accès et les principaux monuments funéraires.
Commencez votre visite par le Centro de Interpretación Primera Ocupación Humana del Altiplano, installé dans une ancienne église réhabilitée au cœur du village. L'exposition y retrace l'histoire de ces premiers agriculteurs-éleveurs qui ont choisi de s'établir ici, entre plateau et vallée. Les maquettes montrent comment ces structures étaient utilisées, avec des corps enterrés en position fœtale accompagnés d'offrandes. Une fois cette base acquise, vous comprendrez mieux ce que vous observerez sur le terrain : l'orientation des dolmens, la taille des dalles de couverture (certaines pèsent plusieurs tonnes), la relation avec le paysage environnant.
Prévoyez la visite des dolmens tôt le matin en été, car les sentiers sont exposés et la chaleur devient vite accablante dès 11h. Le circuit complet des cinq zones nécessite une demi-journée en voiture avec des arrêts à pied.
Comprendre les badlands depuis le Mirador del Centro de Interpretación
Juste à côté du centre d'interprétation, le mirador offre une vue panoramique sur les badlands qui s'étendent jusqu'à l'horizon. Ces paysages ravinés, sculptés par l'érosion de la rivière Gor sur plusieurs millions d'années, révèlent des strates géologiques d'argiles, de grès et de conglomérats. Ce que vous observez ici, c'est le fond d'un ancien lac qui recouvrait la région au Miocène, il y a environ 10 millions d'années. L'eau et le vent ont progressivement décapé ces sédiments, créant ces canyons ocres, beiges et gris qui semblent lunaires.
Ce point de vue permet de saisir l'immensité du Géoparc de Grenade, dont Gorafe constitue l'un des secteurs les plus spectaculaires. Par temps clair, vous distinguez les contours de la Sierra de Baza au nord et, plus près, le plateau de Los Coloraos qui flamboie au coucher du soleil. Les panneaux explicatifs détaillent la formation géologique, mais c'est surtout l'observation directe qui marque : ces ravines profondes, ces formes pyramidales appelées "cheminées de fée", ces couleurs qui changent selon l'heure. Venez en fin d'après-midi quand les ombres allongées accentuent le relief et que la lumière rasante embrase les argiles rouges.
Randonner dans les badlands par la Ruta de los Barrancos
Plusieurs sentiers non balisés permettent d'entrer dans l'intimité des badlands, mais le plus accessible part du village en direction du Barranco del Espartal. Cette marche d'environ 12 kilomètres en boucle traverse des ravins, longe des crêtes effilées et descend au fond de barrancos où le silence est total. Le sol crispe sous les pas, mélange d'argile compactée et de petits gravillons. Aux beaux jours, vous croiserez peut-être des troupeaux de chèvres qui paissent les rares touffes d'herbe, accompagnés de leur berger.
Contrairement aux sentiers de montagne, ici aucune ombre ne vous protège : l'aridité règne, avec une végétation clairsemée de genêts, de thym et d'esparto. Ce dernier, une graminée résistante, servait autrefois à fabriquer cordes, paniers et semelles d'espadrilles. Les anciens du village se souviennent encore du travail de l'esparto, activité complémentaire aux maigres revenus agricoles.
Emportez impérativement 2 à 3 litres d'eau par personne, un chapeau à large bord et des chaussures montantes qui protègent des épines. Évitez absolument juillet-août où les températures dépassent régulièrement 40°C. Le printemps (avril-mai) offre les conditions idéales : températures clémentes, lumière parfaite et, certaines années, quelques fleurs sauvages qui égaient brièvement ces terres ocres.
Observer le ciel étoilé depuis le plateau de Los Coloraos
Le plateau de Los Coloraos, situé à quelques kilomètres au sud-ouest de Gorafe, présente un double intérêt : ses formations géologiques rougeoyantes en journée et son ciel d'une pureté exceptionnelle la nuit. L'absence quasi-totale de pollution lumineuse (Gorafe compte moins de 400 habitants, les villages voisins guère plus) en fait l'un des meilleurs sites d'observation astronomique d'Andalousie. Par nuit sans lune, la Voie lactée se déploie dans toute sa splendeur, accompagnée de milliers d'étoiles invisibles depuis les villes.
Certains soirs d'été, l'association astronomique de Guadix organise des observations publiques avec télescopes, permettant de découvrir les anneaux de Saturne, les lunes de Jupiter ou les cratères lunaires. Mais l'observation à l'œil nu suffit amplement : installez-vous sur une couverture, laissez vos yeux s'habituer à l'obscurité pendant une vingtaine de minutes, et le spectacle commence. Les Perséides en août, les Géminides en décembre... les pluies d'étoiles filantes se succèdent au fil des saisons.
Consultez le calendrier lunaire avant de venir : une nouvelle lune garantit l'obscurité maximale. Prévoyez des vêtements chauds même en été, car la température chute drastiquement après le coucher du soleil dans ce climat continental semi-désertique. Et emportez une lampe frontale à lumière rouge pour vous déplacer sans éblouir votre vision nocturne.
Photographier Los Coloraos aux heures dorées
Les formations argileuses de Los Coloraos tirent leur nom de leurs teintes rouges et ocres, dues à l'oxydation du fer contenu dans les sédiments. Ces couleurs explosent littéralement lors des deux heures magiques du photographe : juste après l'aube et avant le crépuscule. La lumière rasante sculpte alors les reliefs, creuse les ombres, fait vibrer les nuances du rouge brique à l'orange brûlé. Les cheminées d'érosion, ces colonnes coiffées de pierres plus dures qui les protègent temporairement, se détachent sur le ciel avec une netteté saisissante.
Pour rejoindre le secteur, prenez la GR-6100 en direction d'Alicún de las Torres et garez-vous près du panneau indicatif. Un court sentier mène au point de vue principal. Les photographes apprécient particulièrement ce site car il offre plusieurs plans : les premières crêtes en premier plan, les ravines successives au milieu, et les montagnes de la Sierra de Baza en arrière-plan. Côté technique, une focale entre 24 et 70 mm permet de composer des images équilibrées, mais un téléobjectif (100-200 mm) comprime les plans et donne un rendu très graphique. Le lever de soleil présente un avantage : vous serez souvent seul, alors que le coucher attire davantage de visiteurs. Et après la séance photo, vous pouvez enchaîner directement sur l'observation astronomique en attendant simplement que la nuit tombe.
Découvrir l'habitat troglodyte et la vie des cuevas
Gorafe compte plusieurs maisons-cuevas creusées dans les couches de conglomérats tendres des collines environnantes. Ces habitations troglodytes, traditionnelles dans toute la région de Guadix, offrent une isolation thermique naturelle remarquable : environ 18-20°C toute l'année, fraîcheur bienvenue en été, chaleur relative en hiver. Certaines familles y vivent encore, perpétuant un mode d'habitation millénaire. L'architecture est simple : un tunnel d'entrée débouche sur plusieurs pièces creusées en étoile, avec des cheminées verticales perçant la roche jusqu'à la surface.
Quelques propriétaires proposent aux visiteurs de découvrir leur cueva, parfois autour d'un repas traditionnel. Vous goûterez alors le choto al ajillo (chevreau à l'ail), spécialité locale préparée avec les chevreaux élevés dans les environs, ou les migas, plat ancestral de bergers à base de pain émietté frit avec de l'ail et du chorizo. Ces rencontres permettent d'entendre les récits des anciens, qui racontent une vie rude mais solidaire, rythmée par l'agriculture de subsistance (céréales, amandiers, oliviers) et l'élevage caprin.
La culture de l'eau structure toute la vie locale : les acequias, ces canaux d'irrigation d'origine médiévale, distribuent précieusement chaque goutte depuis la rivière Gor. Certains segments remontent peut-être à l'époque romaine, voire plus anciens. Cette ingéniosité hydraulique a permis la survie humaine dans un environnement pourtant hostile. Renseignez-vous au centre d'interprétation ou à la mairie pour connaître les maisons-cuevas ouvertes à la visite.
Explorer les environs en 4x4 vers les zones reculées
Les pistes de terre qui sillonnent le géoparc permettent d'accéder à des secteurs isolés inaccessibles en voiture classique. Quelques prestataires de Guadix ou de Baza proposent des excursions en 4x4 qui s'enfoncent dans les méandres des barrancos, traversent des gués asséchés et grimpent sur des mesas offrant des vues à 360 degrés. Ces sorties permettent de couvrir beaucoup de terrain en peu de temps, d'atteindre des dolmens isolés rarement visités et de comprendre l'échelle du paysage.
Les guides locaux connaissent les bons itinéraires selon la saison et l'état des pistes. En hiver et au printemps, après les pluies, certains passages deviennent boueux ou impraticables. En été, la poussière s'élève en nuages ocres au passage des véhicules. Ces excursions durent généralement entre deux et quatre heures, avec des arrêts commentés sur la géologie, la faune (aigles, renards, lièvres) et les plantes adaptées à la sécheresse. C'est aussi l'occasion de discuter avec ces professionnels qui, souvent, sont nés dans la région et possèdent une connaissance intime du territoire. Ils vous raconteront l'exode rural des années 1960-70, quand des villages entiers se sont vidés, laissant des maisons abandonnées dont on aperçoit encore les ruines çà et là.
Se baigner aux thermes d'Alicún de las Torres
À une quinzaine de kilomètres de Gorafe, le village d'Alicún de las Torres possède des sources thermales connues depuis l'Antiquité. L'eau y jaillit naturellement à environ 34°C, chargée en minéraux (sulfates, calcium, magnésium) aux vertus relaxantes et thérapeutiques. Les Romains exploitaient déjà ces bains, comme en témoignent les vestiges d'un aqueduc antique, l'Acequia del Toril, qui serpente encore dans les environs. Cette infrastructure hydraulique unique en Espagne permettait de canaliser l'eau thermale et l'eau froide de la rivière.
Aujourd'hui, le balneario d'Alicún propose différents bassins et services : piscines thermales intérieures et extérieures, jacuzzis, zones de repos. Après une ou plusieurs journées de randonnée dans les badlands sous le soleil, s'immerger dans cette eau chaude apporte un soulagement immédiat aux muscles fatigués. L'ambiance y reste familiale et locale, loin des spas luxueux internationaux. Beaucoup de Grenadins y viennent le week-end en famille.
En fin d'après-midi en semaine, vous profiterez d'une fréquentation moindre et d'une atmosphère plus tranquille. Le village d'Alicún lui-même mérite une balade : église baroque, maisons traditionnelles et, surtout, vue plongeante sur le barrage de Negratín dont les eaux turquoise contrastent avec les terres arides environnantes.
Visiter Guadix, capitale troglodyte et porte du géoparc
À 25 kilomètres au sud-ouest de Gorafe, Guadix constitue la ville-porte du géoparc, avec 20 000 habitants et un patrimoine remarquable. Sa cathédrale Renaissance, son alcazaba maure et, surtout, son quartier troglodyte de Barrio de las Cuevas en font une étape incontournable. Ce quartier compte environ 2000 habitants vivant dans des maisons entièrement creusées dans la colline, formant un paysage urbain unique au monde. Cheminées blanches à la chaux émergent du sol, portes colorées s'ouvrent directement dans la roche.
Le Museo Cuevas de Guadix permet de visiter une cueva traditionnelle aménagée en musée ethnographique, avec le mobilier d'époque, les outils agricoles, la cuisine avec son âtre central. Vous comprenez alors comment s'organisait la vie quotidienne dans ces espaces sans fenêtres mais toujours tempérés. Guadix offre aussi tous les services pratiques : supermarchés, restaurants, hébergements (dont plusieurs cuevas-hôtel), station-service. C'est une bonne base pour rayonner vers Gorafe, le désert de Tabernas plus à l'est, ou la Sierra Nevada au sud.
Le jeudi matin, le grand marché hebdomadaire envahit les rues du centre : produits locaux, vêtements, ustensiles... l'animation est garantie et c'est l'occasion de côtoyer les habitants. Pensez à goûter les spécialités guaditanes, notamment la "olla de San Antón", ragoût roboratif servi lors des fêtes patronales en janvier.
Longer la rivière Gor et découvrir le système hydraulique traditionnel
La rivière Gor, affluent du Guadiana Menor, est l'artère vitale qui a sculpté ces paysages extraordinaires et permis l'installation humaine. Son cours traverse Gorafe avant de rejoindre le barrage de Negratín. Longer ses berges offre un contraste saisissant avec l'aridité des badlands : peupliers, saules, roseaux créent une bande verdoyante où nichent martins-pêcheurs et rossignols.
Le système d'acequias qui prélève l'eau de la rivière constitue un patrimoine hydraulique fascinant. Ces canaux de terre ou de pierre suivent les courbes de niveau, distribuant l'eau aux terrasses cultivées et aux jardins potagers. Leur gestion obéit à des règles ancestrales, transmises oralement puis codifiées au fil des siècles, fixant les tours d'eau (chaque propriétaire dispose de l'eau à des jours et heures précis). Le Molino del Batán, ancien moulin à eau dont les ruines subsistent près du village, témoigne d'une époque où l'énergie hydraulique actionnait meules à grain et foulons à laine.
Une balade le long de la rivière en fin de journée permet d'observer la faune : bergeronnettes, grenouilles dans les flaques, parfois des traces de sangliers venus s'abreuver. C'est aussi l'occasion de comprendre pourquoi Gorafe est situé exactement là : à la confluence entre la ressource en eau vitale et les terres cultivables limitées. Les potagers traditionnels (tomates, poivrons, courges, haricots) continuent d'être entretenus par les habitants, complément essentiel à l'économie domestique. Cette agriculture de subsistance, en voie de disparition, représente un savoir-faire précieux dans un contexte de changement climatique et de raréfaction de l'eau.
Comprendre les enjeux du territoire au village de Gorafe
Le village de Gorafe lui-même mérite qu'on s'y attarde. Avec ses 370 habitants (le chiffre baisse chaque année), il incarne les défis du monde rural espagnol : vieillissement, exode des jeunes, fermeture progressive des services. Pourtant, une énergie persiste. L'église paroissiale Nuestra Señora de la Anunciación, du XVIe siècle, domine la place centrale. Le bar-restaurant El Cercado, tenu par une famille locale, sert de point de rencontre où se discutent les affaires du village autour d'un café ou d'une bière fraîche.
Se promener dans les ruelles étroites, observer les maisons traditionnelles en pierre et pisé, certaines abandonnées avec leurs toits effondrés, d'autres fraîchement restaurées par des néo-ruraux ou des investisseurs en quête d'authenticité, donne un aperçu des mutations en cours. Le tourisme représente une opportunité économique, mais aussi un risque de transformation artificielle du lieu. Pour l'instant, Gorafe reste profondément authentique, encore habité par des familles enracinées depuis des générations.
Discuter avec les habitants, si vous parlez un peu espagnol, enrichira considérablement votre visite. Ils vous raconteront les hivers rigoureux où la neige bloque le village, les étés caniculaires, les fêtes patronales en août quand les émigrés reviennent, triplant temporairement la population. Ils évoqueront aussi leur inquiétude pour l'avenir : que deviendra Gorafe dans vingt ans ? Qui reprendra les terres, qui transmettra la mémoire ?
Ces questions traversent tout le plateau de Baza-Guadix, où des dizaines de villages connaissent le même déclin démographique. Visiter Gorafe, ce n'est pas seulement admirer des paysages et des dolmens, c'est aussi témoigner de la vie qui persiste et résiste dans ces territoires fragiles.