Budapest côté habitants : le rythme d’une ville qui ne se montre pas

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Budapest reçoit plus de 5 millions de visiteurs par an. La quasi-totalité d’entre eux voit la même ville : le Parlement, le pont des Chaînes, Széchenyi le soir avec de la bière. Ce n’est pas faux, c’est juste incomplet. Buda et Pest sont deux rives avec deux rythmes, deux atmosphères, deux rapports à la ville. Quand on ralentit et qu’on sort des axes balisés, une autre Budapest apparaît, plus locale, moins arrangeante, mais bien plus intéressante.

Une ville qui ne s’ouvre pas d’emblée

Danses dans la rue à Budapest

Shutterstock — Paolo Paradiso

Budapest ne fait pas dans la séduction facile. Les habitants sont réservés, et cette réserve a une histoire. Elle s’explique par des décennies de surveillance sous le régime communiste. Pendant longtemps, le rapport à l’étranger s’est fondé sur la méfiance. Dans la rue, dans les transports, dans les commerces, le contact est minimal. Peu de Budapestois parlent anglais, encore moins français. La distance est réelle, et vouloir la forcer ne mène nulle part.

Ce n’est pas de l’hostilité. C’est une pudeur ancrée, et elle change de nature quand elle se lève. Les échanges vrais, ceux que provoque un effort de langage ou une curiosité sincère, sont d’une autre densité que les interactions de façade qu’on trouve dans les capitales plus habituées au tourisme de masse. Intégrez cette donnée avant de partir : Budapest ne se livre pas aux touristes comme un local, elle se mérite un peu.

Le matin commence dans les boulangeries et les presszók

Kakaós csiga

Crédit photo : Wikimédia – Teemeah

Les habitants du VIIe ou du XIIIe arrondissement ne déjeunent pas dans un café haut de gamme. Ils passent dans une boulangerie de quartier pour un kakaós csiga (escargot au cacao, dense et peu sucré) ou un croissant au fromage blanc. Puis, ils avalent un café debout dans un presszó. Ces cafétérias héritées de l’ère soviétique n’ont souvent pas changé leur déco depuis quarante ans : formica, néon, habitués qui se connaissent par leur prénom.

C’est le genre d’endroits qui n’ont pas de menu en anglais, pas de compte Instagram. Et ils ne cherchent pas à en avoir ! Ce ne sont pas des attractions mais des lieux de passage du quotidien. Ils ouvrent tôt et ferment quand les habitués sont servis. Si vous en trouvez un avec de la buée sur les vitres à 7h30, entrez. Il vous suffit de montrer du doigt ce que commande le client devant vous. C’est suffisant.

Les thermes, mais pas ceux qu’on croit

Széchenyi (XIVe arrondissement) est bondé en toute saison, avec musique le soir et bières en flottant dans les bassins extérieurs. C’est une expérience en soi, mais ce n’est pas là que vont les habitants. Les Budapestois qui fréquentent les bains thermaux comme un local ont leurs adresses à Budapest. Visez les bains Lukács (IIe arrondissement) : ambiance médicale, clients réguliers du quartier qui viennent pour les articulations autant que pour se détendre. Sans oublier les bains Rudas (Ier arrondissement, côté Buda). Installés sous un vieux dôme ottoman, ils sont plus calmes en semaine que le week-end mixte.

Pour une grande partie des habitants, le bain thermal est un soin, pas un loisir. Il est parfois prescrit et remboursé. Les papys posés sur le bord du bassin viennent là depuis 20 ans. Comptez entre 5 000 et 7 000 forints l’entrée selon l’établissement, soit environ 12 à 18 €. C’est un tarif qui reste accessible pour un touriste. Mais rappelez-vous que le salaire minimum brut hongrois dépasse juste 500 € par mois. Le rapport au prix n’est pas le même de chaque côté du bassin.

Les marchés de quartier, loin du Grand Marché

Marché Lehel, Budapest

Crédit photo : Wikimédia – Fred Romero

Le Nagyvásárcsarnok, le Grand Marché Central du Ve arrondissement, est une belle bâtisse en briques et fer forgé. Les habitants ne font plus vraiment leurs courses là-dedans. Ils vont au marché Hunyadi tér (VIe arrondissement) ou au marché Lehel (XIIIe). Ils s’avèrent moins photogéniques mais plus fonctionnels : paprika frais vendu au tas, cornichons en seau de 5 litres, fromage de ferme, charcuterie sans étiquette bilingue. Ces marchés s’activent tôt et se vident avant midi. Passez après 11h et vous trouverez des étals presque déserts.

Le paprika n’est pas un souvenir touristique. C’est la colonne vertébrale de la cuisine hongroise, produit dans le sud du pays dans les régions de Kalocsa et de Szeged. Les habitants font la différence entre le doux, le fort et le fumé sans avoir besoin qu’on leur explique. Achetez du paprika sur un marché de quartier authentique plutôt qu’en bocal plastifié au Grand Marché. C’est le bon choix sur les deux tableaux : qualité et prix.

Les cours intérieures : la vie cachée des immeubles

Immeuble bérházak, Budapest

Crédit photo : Wikimédia – Globetrotter19

L’architecture qui définit Budapest dans les VIe, VIIe et VIIIe arrondissements, ce sont les bérházak. Ce sont des immeubles de rapport construits entre 1880 et 1910 autour de cours intérieures, avec des coursives en fer forgé qui courent sur toute la hauteur de l’immeuble. On les appelle les « gang ». C’est là que se passe la vraie vie locale à Budapest : enfants qui jouent, voisins qui se croisent sur le palier, odeurs de cuisine qui montent des fenêtres ouvertes. Beaucoup de portes cochères restent ouvertes dans la journée. Regardez dans les cours sans forcer l’entrée.

Ne romantisez pas trop. Beaucoup de façades portent encore des impacts de balles datant de la Seconde Guerre mondiale et de la révolte de 1956. Ces deux événements distincts ont laissé des traces dans des géographies différentes de la ville. Ce n’est pas un détail décoratif : c’est une réalité physique, une mémoire incrustée dans le béton. Certains immeubles du VIe arrondissement ont été réhabilités en hôtels ou en espaces culturels. La majorité reste habitée par des Budapestois ordinaires, et c’est ce qui leur donne leur poids.

Le soir des habitants n’est pas celui des touristes

Cinéma Uránia, Budapest

Crédit photo : Wikimédia – SZFE Hivatalos

Szimpla Kert (VIIe arrondissement) vaut la peine d’être visité en curieux, mais sans illusion sur ce que c’est. Il s’agit d’un lieu né de la réappropriation d’immeubles abandonnés du quartier juif après la guerre, pas un bar avec de vieilles baignoires posées là pour l’ambiance. Le week-end, c’est l’épicentre des enterrements de vie de garçon européens, bières à 1 € et clientèle internationale. Les habitants du VIIe le disent eux-mêmes : le lieu a contribué à une gentrification qui a chassé une partie des résidents de longue date. Ce n’est pas ça, la vie nocturne locale des habitants de Budapest.

Les Budapestois sortent dans des bars à vin discrets où l’on commande un fröccs (vin blanc allongé d’eau gazeuse, la boisson populaire de l’été). Ils fréquentent aussi des cinémas d’art et essai comme l’Urania (VIIIe arrondissement, bâtiment Art Nouveau classé) pour des séances en version originale sous-titrée. Les concerts de musique contemporaine hongroise dans des salles de quartier attirent un public local qui ne cherche pas à se montrer. Ce circuit existe, il est simplement moins visible.

Le week-end, la ville monte vers les collines

Télésiège Libegő, Budapest

Crédit photo : Wikimédia – Christo

Le week-end, une partie de la ville traverse le Danube et se hisse vers les collines de Buda. Le télésiège Libegő part depuis Zugliget et monte sur les hauteurs boisées en une dizaine de minutes. Le train des enfants, le Gyermekvasút, hérite d’un concept symbolique de l’ère communiste. Les aiguilleurs et contrôleurs sont des enfants en uniforme, supervisés par des adultes. Il relie plusieurs points des collines sur quelques kilomètres. Comptez environ 1 800 forints (4,5 €) pour le Libegő en aller simple. Accès depuis le bus 291, départ place Széll Kálmán.

Les Budapestois qui montent dans les collines prennent aussi directement le bus vers Normafa ou János-hegy. Pas de foule, pas de panneau en anglais, pas de snack touristique. Vous croiserez des familles avec des chiens, des joggeurs, des pique-niques sur l’herbe. C’est le Budapest qui récupère de la semaine, qui n’a rien à prouver et ne cherche pas à vous accueillir. Mais vous pouvez quand même y aller !

Un dimanche matin, depuis le haut du Libegő, appréciez la vue sur les deux rives du Danube, Buda d’un côté, Pest de l’autre. Puis, partez explorer Budapest comme un local, loin des circuits pensés par les guides de voyages.

Plus d'inspiration

Depuis ma jeunesse, j'ai toujours été attiré par l'univers du tourisme et l'expérience de vivre à l'étranger. Alors, après avoir visité plus d'une trentaine de pays, j'ai décidé de m'installer dans un village au Sénégal en 2019 où j'ai la chance de vivre de ma passion pour les voyages.

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